Le matin du 17 avril 2019, l’Aluminerie de Bécancour a subi deux explosions, ce qui a forcé les gens présents à évacuer les lieux. La CNESST a ensuite démarré une enquête visant à déterminer les causes de l’accident.

Explosion à l'ABI: Alcoa prévenue des risques un an auparavant

BÉCANCOUR — Un rapport d’enquête de la Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité du travail (CNESST) dont Radio-Canada a obtenu copie affirme que les risques de déflagration étaient bien connus d’Alcoa qui en avait été prévenue une année auparavant.

C’est la firme d’ingénierie BBA, engagée par Alcoa en mai 2018 pour faire état des risques présents dans l’usine, qui a constaté que le secteur du compacteur à copeaux risquait une déflagration ou une explosion presque un an avant que l’accumulation de poussières combustibles ne cause l’incident. La firme a, entre autres, conseillé à l’aluminerie de procéder au nettoyage des différents secteurs dont la présence de ces poussières combustibles représentait un risque non négligeable. Le secteur où s’est produite l’explosion avait même été identifié comme prioritaire par le rapport émis par BBA. Le nettoyage recommandé n’aurait d’ailleurs pas été effectué puisque, en date de l’explosion, la masse de poussières combustibles atteignait un niveau critique à plusieurs endroits.

Avec cette révélation, il est possible de supposer que l’explosion survenue, le 17 avril dernier, dans la fonderie de l’Aluminerie de Bécancour aurait pu être évitée. «L’employeur ne s’est pas assuré que des mesures de sécurité soient prises pour prévenir tout risque d’incendie ou d’explosion», stipule le rapport de la CNESST.

Toujours selon le rapport obtenu par Radio-Canada, Alcoa aurait transgressé la Loi sur la santé et la sécurité du travail. Elle aurait effectivement fait fi des recommandations de la firme BBA de munir le cyclone du secteur du compacteur à copeaux de dispositifs prévenant les explosions. Cette négligence rendait donc le secteur dangereux pour les travailleurs y œuvrant.

À ces accusations, Alcoa a cependant répondu que la santé et la sécurité de ses employés étaient prioritaires pour elle et qu’elle a toujours accompagné la CNESST dans sa démarche. Les mesures correctives requises auraient ainsi été mises en place par l’employeur.

Le rapport de la CNESST donne d’ailleurs des détails précis sur le déroulement des événements du 17 avril dernier. Deux jours avant l’explosion, des travaux avaient été entrepris pour remplacer une conduite d’aspiration en acier. Dès lors, du meulage et de la soudure avaient lieu dans le secteur du compacteur à copeaux de la fonderie. La journée de l’incident, l’entreprise a reçu ses permis de travail et de feu. Un soudeur a donc commencé à travailler lorsqu’un autre travailleur a aperçu un point rouge. Il a tenté de régler lui-même la situation à l’aide d’un extincteur, mais en vain. Les deux employés ont donc évacué rapidement pour laisser place aux pompiers de l’usine.

C’est à ce moment que la première explosion, située à l’intérieur du secteur du compacteur, s’est fait entendre. Les personnes présentes à l’intérieur ont ensuite juste eu le temps d’évacuer avant que la deuxième explosion ne survienne, quelques secondes après leur sortie. C’est cette dernière explosion qui a provoqué l’effondrement des murs.

Par ailleurs, Alcoa demeurera impunie si elle dernière se conforme aux exigences de la CNESST dans un délai prescrit. Dans le cas contraire, la compagnie sera passible des sanctions établies par la Loi sur la santé et la sécurité du travail.

Rappelons que l’explosion n’avait fait aucun blessé parmi les employés-cadres présents sur place. La scène avait d’ailleurs pu être observée par plusieurs travailleurs de l’ABI situés à l’extérieur de l’usine. À ce moment, ils en étaient à leur quatrième mois de lock-out.