Le maire de Shawinigan, Michel Angers, lors de la rencontre d’information sur les finances publiques de Shawinigan, le 30 octobre.

Exploitation des centrales d’Hydro-Québec à Shawinigan: Angers veut toujours une compensation

SHAWINIGAN — Même si le sujet ne défraie pas souvent les manchettes, les redevances pour l’exploitation des centrales d’Hydro-Québec à Shawinigan font toujours partie de la réflexion du maire, Michel Angers.

Malgré la signature d’un nouveau pacte fiscal, la diversification de sources de revenus représente encore un enjeu pour les municipalités.

Le maire a été entraîné sur ce terrain lors de la dernière rencontre d’information sur les finances publiques, le 30 octobre à l’Auberge Gouverneur. À ce moment, M. Angers dévoilait notamment que 62 % des revenus de 93,7 millions $ perçus à Shawinigan provenaient des taxes foncières. Dans les six villes comparables choisies dans le cadre de cet exercice, la proportion des revenus provenant des taxes foncières variait de 57 % (Rimouski et Saint-Hyacinthe) à 77 % (Châteauguay).

À la période de questions lors de cette assemblée, Gilles Marchand se demandait si la requête maintes fois répétée d’obtenir des redevances d’Hydro-Québec aboutirait un jour, pour aider la Ville à relâcher la pression sur ses contribuables.

«Il me semble que si on n’avait qu’un pour cent de ce qu’Hydro génère avec ses barrages, ça baisserait mon compte de taxes», faisait-il remarquer. Son intervention a même été applaudie par les quelques dizaines de citoyens présents.

La société d’État n’a jamais donné la moindre lueur d’espoir à Shawinigan à ce sujet, mais le maire tente de trouver de nouveaux alliés pour reprendre les discussions.

«Nous avons calculé que les barrages à Shawinigan génèrent au gouvernement du Québec 55 millions $ par année», précise le maire. «Les éoliennes procurent des redevances, les petites centrales aussi, mais pas nos barrages.»

M. Angers a cité l’exemple de Magog, qui remplit 4 % de ses besoins avec sa production électrique et qui touche environ 8 millions $ par année grâce à ses centrales. Il ajoute qu’à Sherbrooke, plus de 20 millions $ s’ajoutent par année dans la colonne des revenus grâce à ses installations hydroélectriques.

«Nous, on n’a rien», déplore M. Angers. «J’ai dit à de nombreuses reprises à Hydro-Québec que si nous n’avions pas de barrages, nous aurions les plus belles chutes du Québec, qui attirent déjà bon nombre de personnes au printemps (lors de l’ouverture des vannes du barrage Almaville). Imaginez les impacts récréotouristiques, si c’était en permanence!»

«Nous avons toujours une fin de non-recevoir complète de la part d’Hydro-Québec», ajoute le maire de Shawinigan. «Nous sommes en train de nous organiser, avec un certain nombre de villes qui sont dans notre situation. On ne veut pas nécessairement avoir 55 millions $. Mais compte tenu que nos rivières sont harnachées, serait-il possible d’avoir un avantage, redevance ou autre? On nous dit qu’on nous porte une attention toute particulière, mais ça s’arrête là. C’est un peu choquant, frustrant.»

En entrevue, M. Angers précise avoir entamé des discussions avec Gatineau à ce sujet.

«Ça se parle partout où il y a des barrages», commente-t-il. «Ça s’est réanimé avec les éoliennes, où des redevances se donnent. On voit l’installation de minicentrales, qui viennent aussi avec des redevances. On se demande alors pourquoi ne pourrait-on pas en profiter nous aussi, d’une certaine façon? On n’est pas contre l’hydroélectricité, mais il me semble qu’aux milliards de dollars qui sont envoyés au gouvernement du Québec, on pourrait reconnaître l’apport de villes comme Baie-Comeau ou Shawinigan.»

M. Angers laisse entendre que les municipalités qui acceptent d’offrir un service public qui profite à une région ou à toute une province obtiennent normalement une compensation. Il cite un exemple qu’il connaît bien, comme président de la Régie de gestion des matières résiduelles de la Mauricie.

«Saint-Étienne-des-Grès obtient des avantages pour avoir un site d’enfouissement, même chose pour Champlain», fait-il remarquer. «Il y a des compensations pour les citoyens, mais dans l’hydroélectricité, il n’y en a pas et c’est dommage.»

Ces redevances sont revendiquées depuis longtemps à Shawinigan. La pression était devenue particulièrement forte en 2007, dans les jours qui avaient suivi l’annonce de la fermeture de la papeterie Belgo par AbitibiBowater. Malgré une mobilisation du milieu, le gouvernement était demeuré de glace.

Les centrales du Rocher-de-Grand-Mère, Shawinigan-2, Shawinigan-3 et Grand-Mère fournissent 691 mégawatts au réseau, ce qui représente tout près de 2 % de toute la production des centrales hydroélectriques d’Hydro-Québec.