Il existe 880 ressources intermédiaires au Québec, notamment la Maison Mava de Trois-Rivières dont on aperçoit ici la propriétaire, Manon Charpentier.

Exode inquiétant des employés dans les ressources intermédiaires

Trois-Rivières — Rien ne va plus entre le gouvernement du Québec et l’Association des ressources intermédiaires d’hébergement du Québec. Faute d’un financement adéquat, ces résidences qui accueillent des personnes semi-autonomes assistent, impuissantes, à un exode graduel de leur personnel.

«La différence est de 10 $ l’heure» entre un employé qui travaille en ressource intermédiaire et celui qui travaille en CHSLD, au public, souligne Manon Charpentier, propriétaire de la Maison Mava inc. située dans le secteur Cap-de-la-Madeleine.

Depuis un an et surtout depuis le printemps dernier, Mme Charpentier a vu quatre de ses employés s’en aller afin d’aller chercher de meilleures conditions salariales ailleurs. La Maison Mava compte 41 lits, dont 35 en ressource intermédiaire financés à 100 % par le gouvernement. La propriétaire ne cache pas sa profonde inquiétude face à l’avenir.

Le travail des préposés aux bénéficiaires consiste à aider les résidents dans les activités de la vie quotidienne comme s’habiller, offrir des soins d’hygiène et des traitements. 

«Ils font la même chose qu’à l’hôpital, mais en plus, ils donnent des soins», explique Mme Charpentier. «Ils vont donner de l’insuline. Ils vont prendre des glycémies, mettre des patches et des crèmes», illustre-t-elle.

«Ce sont des actes qui sont normalement faits par des infirmières auxiliaires», dit-elle, mais ils peuvent poser ces actes délégués, selon la loi «et ils ont une formation pour le faire», précise-t-elle. Leur niveau de responsabilité est donc supérieur, fait-elle valoir, mais le salaire, lui, n’est pas conséquent. 

«Leur responsabilité est beaucoup plus élevée pour un salaire beaucoup moindre» par rapport aux préposés aux bénéficiaires en CHSLD, souligne-t-elle.

«Dans la région, les CHSLD et les hôpitaux font toutes sortes de programmes pour attirer des préposés aux bénéficiaires parce qu’ils manquent de monde eux-mêmes», rappelle Mme Charpentier. «Alors imaginez nous» fait-elle valoir.

L’entente nationale régissant les conditions de ressources intermédiaires est échue depuis deux ans. Les négociations sont au point mort au point où le ministre de la Santé, Gaétan Barrette «ne daigne même plus retourner les appels», déplore l’Association des ressources intermédiaires d’hébergement du Québec.

Mme Charpentier confie que pour la première fois en neuf ans d’existence, la Maison Mava a dû faire affaires avec des agences pour combler les postes vacants.

«Même si le personnel est qualifié, ces personnes ne connaissent pas notre clientèle, elles ne connaissent pas notre façon de fonctionner. Ça désorganise tout le monde. Ça fait en sorte, aussi, que les résidents les connaissent peu ou pas du tout», explique la propriétaire.

«C’est difficile parce que le lien entre nos résidents et nos préposés, c’est important», plaide-t-elle.

«Il faudrait augmenter de façon importante le salaire de nos préposés», insiste-t-elle. «Je le fais depuis quelques années, mais ma limite est atteinte», confie-t-elle.

Les ressources intermédiaires du Québec estiment à 15 millions $ par année pour les cinq prochaines années la somme que le gouvernement devrait ajouter pour assurer des services de qualité aux 13 000 personnes semi-autonomes dont elles prennent soin.

L’idée n’est pas seulement de retenir les employés, explique Mme Charpentier. «Il faut en attirer aussi» fait-elle valoir, inquiète de voir la marge énorme qui sépare les ressources intermédiaires des services publics en termes de salaire.

«Ce que le gouvernement offre ne comble même pas l’augmentation du salaire minimum», déplore-t-elle.

Le gouvernement propose en effet une hausse de 8 % sur 5 ans aux ressources intermédiaires et pendant la même période, le salaire minimum augmentera de 18 %. 

«C’est complètement insensé», déplore l’Association.

«On est tous inquiets. On a de la difficulté à prévoir ce qui va se passer dans les prochaines années à court terme», indique Mme Charpentier. «Est-ce que je vais être capable d’offrir le même type de service dans un an, dans deux ans? Il n’y a rien de sûr», déplore-t-elle.

«Par rapport aux soins, j’ose espérer que jamais on ne touchera à ça, mais par rapport au temps attribué à chacun des résidents, par rapport aux toilettes partielles, par rapport aux bains et tout ça, clairement, à un moment donné, on ne pourra pas fournir», craint-elle. «Il va falloir diminuer le personnel pour mieux payer ceux qui sont là. Et ce n’est pas ce qu’on souhaite. Ce qu’on souhaite, c’est l’augmenter.»