L’entreprise Excavations R.M.G. a connu des moments difficiles au cours des dernières années.

Excavation R.M.G. poursuit un ancien cadre pour 150 000 $

SHAWINIGAN — L’entreprise Excavations R.M.G. de Shawinigan réclame plus de 150 000 $ à un ancien cadre, qui aurait profité de sa position stratégique dans l’organigramme pour refiler des contrats à une firme qu’il avait lui-même créée en 2016. Selon la poursuite, le défendeur aurait articulé son plan après que la famille Ricard eut traversé un deuil qui avait bouleversé la gouvernance de cette PME du secteur Grand-Mère.

Éric Provencher avait été embauché en avril 2012. Il avait été nommé directeur, construction et environnement, déneigement municipal et autoroutier. Il agissait également comme porte-parole d’Excavations R.M.G., particulièrement dans le fameux dossier d’exploitation d’une sablière dans le quartier Sainte-Flore.

Quelques mois après son embauche, M. Provencher a vécu de très près une crise à l’interne provoquée par une terrible nouvelle: Steve Ricard, fils du fondateur de l’entreprise, René Ricard, recevait en octobre 2012 un diagnostic de cancer fulgurant. Le jeune homme est décédé en décembre 2012. Un très dur coup pour la famille et l’entreprise, puisque Steve Ricard était pressenti pour prendre les commandes d’Excavations R.M.G. en 2013.

Les plans ont donc été perturbés et à partir de ce moment, M. Provencher a commencé à prendre du galon. Le défendeur avait accès à des informations sensibles, telles que les listes de prix, les analyses de coûts, la liste de clients. Tous les nouveaux contrats obtenus par Excavations R.M.G. lui passaient entre les mains. Dans la requête, René Ricard avoue qu’il avait «pleinement confiance» en M. Provencher.

Or, ce dernier crée, en janvier 2016, la société Environnement et construction Élémand. La famille Ricard n’en saura rien avant février 2018, alors que le comportement de M. Provencher suscite des doutes chez Nancy Ricard, fille du fondateur qui s’implique aussi davantage dans Excavations R.M.G. depuis le décès de son frère.

La requête cite cinq contrats dans lesquels elle présume que l’ex-cadre jouait un double jeu. Environnement et construction Élémand s’infiltrait dans des mandats d’Excavations R.M.G. et facturait des clients à son insu.

«Il est donc manifeste que le défendeur Éric Provencher a profité de sa position privilégiée pour s’approprier des sommes d’argent qui devaient nécessairement revenir à la demanderesse», exprime la requête.

Autres découvertes

Le défendeur a finalement été congédié le 8 décembre 2018. Depuis ce temps, Excavations R.M.G. a procédé à une vérification de factures présumées annulées. Or, la requête avance que dans six dossiers totalisant 23 343 $, le client avait payé comptant, à l’insu de l’employeur de M. Provencher. Excavations R.M.G. lui impute également la responsabilité d’un jugement défavorable à la Cour du Québec et une plainte déposée par un employé à son endroit pour un comportement condamné par la Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité du travail.

À ce sujet, la requête avance que «plusieurs employés de la demanderesse ont démissionné ou quitté en conséquence directe du comportement du défendeur. Des employés et préposés de la demanderesse ont eu connaissance que le défendeur avait défié certains autres employés, les incitant même à se battre.» En juin 2018, M. Provencher aurait eu un comportement «extrêmement déplacé» envers Mme Ricard.

«Les impacts sont encore négatifs à ce jour», précise Me Benoit Galipeau (Archer Avocats), retenu par Excavations R.M.G. dans ce litige. «Mes clients font les démarches pour rétablir leur réputation. Il y a deux étapes dans un dossier: on arrête d’abord l’hémorragie et après, on essaie d’avoir une transfusion pour récupérer ce qu’on a perdu. Est-ce qu’en cours de chemin, d’autres informations viendront aux oreilles de mes clients sur les conséquences des gestes qui ont été posés? C’est possible et à ce moment, on rajustera le tir.»

Pour le moment, Excavations R.M.G. estime à 136 526 $ la perte de revenus ou les frais encourus par le comportement du défendeur. Cette somme inclut également 35 000 $ pour troubles et inconvénients. De plus, elle réclame 25 000 $ à titre de dommages exemplaires.

Fait intéressant, la requête précise que «le défendeur ayant reconnu un comportement illégal à l’endroit de la demanderesse a effectué un paiement de 8000 $ à la fin février 2019». Excavations R.M.G. juge ce montant insuffisant, d’où la demande introductive d’instance en dommages signifiée à la fin juin. La partie demanderesse déduit toutefois ce montant de la réclamation, qui s’établit ainsi à 153 526 $, en incluant les dommages exemplaires.

«Effectivement, un versement sommaire a été fait», confie Me Galipeau. «Nous avons jugé pertinent de l’évoquer, parce qu’on tient à être clair et franc en disant que nous avons reçu un montant sur le total réclamé, mais que ce montant est nettement insuffisant pour compenser les pertes réelles subies par Excavations R.M.G.»

M. Provencher n’a pu être joint au cours des derniers jours. Son avocat, Me Roger Leblanc, affirme que son client «nie formellement tout ce qui est invoqué dans la requête».

Un procès dans cette affaire n’est pas attendu avant l’an prochain. Les parties viennent d’obtenir le calendrier des étapes à venir, dont les interrogatoires des principaux témoins.