Des ambulanciers de la Coopérative des ambulanciers de la Mauricie ont évacué 12 résidents de la Maison Niverville atteints de la COVID-19.
Des ambulanciers de la Coopérative des ambulanciers de la Mauricie ont évacué 12 résidents de la Maison Niverville atteints de la COVID-19.

Évacuation de la Maison Niverville: les ambulanciers témoignent

Trois-Rivières — La routine ambulancière – une telle chose existe! – est faite de missions d'urgence que l'on reçoit sous forme de «cartes d'appel électroniques» relayées par le Centre de communication santé. Or, le 16 avril dernier, c'est plutôt le téléphone qui a sonné à la Coopérative des ambulanciers de la Mauricie (CAM). C'est que la commande n'avait rien d'un appel de routine: 12 aînés atteints de la COVID-19 devaient être transférés de la Maison Niverville vers le Centre hospitalier affilié universitaire régional (CHAUR). Les ambulanciers au cœur de l'opération témoignent d'une expérience hors du commun, où le sang-froid sera de mise.

Stéphane Juteau jouit de 19 ans d'expérience comme ambulancier. Depuis deux ans, il agit comme chef aux opérations. C'est lui et un autre collègue que l'on dépêche pour diriger les six paramédics qui verront à évacuer les résidents malades de la Maison Niverville. Une mesure, on se le rappellera, visant à éviter la propagation dans l’ensemble de la résidence. L'équipe travaillera avec Jean-Robert Rupp-Nantel, autre vieux routier et directeur aux opérations à la CAM, resté en retrait dans un rôle de coordination.

Tant M. Juteau que M. Rupp-Nantel relatent une opération où, en plus de gérer le stress propre à cette intervention hors norme, il faudra rassurer les patients que l'on prendra en charge. L'opération marathon s'amorce vers 15 h et s'échelonnera jusqu'à 22 h. Trois équipes se relaient, s'offrant de rares pauses. Mille précautions doivent être prises afin d'assurer la sécurité de tous les intervenants. «D'avoir tout bien chorégraphié, c'est ce qui va faire le succès d'une opération comme ça», expliquent les dirigeants de l'intervention.

Si la situation sort de l'ordinaire, les ambulanciers doivent d'autant plus agir avec sang-froid et être méthodiques dans leur approche. Dès leur arrivée sur les lieux, une première évaluation est faite des patients à prendre en charge afin d'établir des priorités d'évacuation. Des protocoles de triage que l'on révise souvent, mais que l'on applique rarement dans des cas réels, sont déployés. La rigueur est de mise, le centre hospitalier attend à l'autre bout au rythme d'un patient toutes les trente minutes.

Les équipes vont travailler et s'épauler jusqu'à ce que l'on puisse dire «mission accomplie». S'il ne s'agissait pas de la première intervention d'une équipe de la CAM avec des patients atteints de la COVID-19, une telle opération d'évacuation n'avait jamais été effectuée. «Le niveau de difficulté était plus élevé. On devait s'assurer que tout soit fait dans une séquence pour ne pas que nos intervenants se contaminent et éviter les habillages et les déshabillages excessifs», explique M. Rupp-Nantel.

Bien que la pandémie commence à faire partie du quotidien et d'un contexte auquel les ambulanciers tendent à s'habituer, elle n'en demeure pas moins la source d'un certain stress. «On est tous des humains, c'est sûr que c'est un peu anxiogène», concède ainsi Jean-Robert Rupp-Nantel. Or, la chose n'est pas prise à la légère et on assure avoir tout mis en place pour traverser la crise en toute sécurité. «On a mis plusieurs mécanismes en place à la CAM pour s'assurer que nos intervenants aient la bonne information au bon moment et qu'ils aient les moyens nécessaires pour bien se protéger», relate encore le directeur aux opérations.

Pour Joël Magny, ambulancier depuis moins de deux ans, l'expérience qu'il a vécue le 16 avril marquera son imaginaire de manière indélébile. «On fait le saut! C'est sûr que commencer une carrière avec une pandémie, c'est quelque chose de gros», image-t-il. Il se réjouit que le plan de match du 16 avril ait été établi et suivi de manière serrée tout au long de l'intervention. Chacun avait son rôle, raconte-t-il. Les chefs des opérations avaient les choses bien en main, les ambulanciers étaient protégés de manière adéquate et les chauffeurs des ambulances étaient confinés dans leur cabine, sans contact avec les autres, énumère-t-il.

Bien que le stress soit inhérent à pareille intervention, le jeune ambulancier explique que la préparation et l'attitude professionnelle font foi de tout. Son discours revient d'ailleurs rapidement vers le patient, qu'il importe de protéger et de rassurer. «Pour eux non plus, ce n'est pas drôle, surtout ceux qui sont atteints», maintient-il.

«Ce qui amène l'anxiété, c'est souvent l'inconnu. On essaie donc de diminuer cet élément-là pour que les gens soient capables de maîtriser leur environnement de travail», termine M. Rupp-Nantel. L'opération du 16 avril, conduite avec diligence, a quand même été précédée d'un brieffing exhaustif et chacun savait ce qu'il avait à faire en arrivant sur les lieux, fait-il valoir.

Stéphane Juteau et Joël Magny, respectivement chef aux opérations et paramédic à la Coopérative des ambulanciers de la Mauricie, étaient de l'intervention du 16 avril à la Maison Niverville.

De manière générale, les protocoles d'intervention d'urgence ont été revus à quelques reprises depuis le début de la pandémie. De plus en plus, en cas de doute, les ambulanciers vont revêtir les combinaisons de protection avant d'intervenir. Les appels au 9-1-1 sont filtrés une première fois pour déterminer si des mesures de protection supplémentaires doivent être mises en place. À leur arrivée sur les lieux, les ambulanciers vont à nouveau soumettre les patients à un questionnaire visant à évaluer le niveau de risque à la contamination. On ne lésine pas sur la sécurité de personne, ni celle des intervenants, ni celle du public, assurent les gens de la CAM.