Le réseau de la santé a besoin de personnel.
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Étudiants et soins de santé: «Ce n’est pas une passe gratuite pour le diplôme»

Trois-Rivières — «On est tous synchronisés sur l’urgence d’agir. Mais contribuer, ce n’est pas une passe gratuite pour le diplôme.»

Quand Louis Gendron parle de contribuer, il fait référence au soutien que peuvent apporter des finissants en programmes d’études collégiales au réseau de la santé qui a besoin de bras formés en cette pandémie de COVID-19. Mais ces mêmes étudiants doivent aussi comprendre que s’ils laissent les bancs d’école à quelques semaines de la fin de leur formation, ils devront revenir au collège pour la compléter, précise le directeur général du Cégep de Trois-Rivières.

M. Gendron se fait le porte-parole des Cégeps de la Mauricie et du Centre-du-Québec qui offrent de la formation technique dans le domaine de la santé pour corriger le tir concernant la compréhension du message lancé par le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, afin de mobiliser ces étudiants. Certains de ces étudiants contactés par Le Nouvelliste au cours des derniers jours se sentent pris en otage par le Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux de la Mauricie et du Centre-du-Québec et la direction générale de leur établissement. D’un côté, ces étudiants en soins infirmiers sont contraints de terminer leur dernière session s’ils veulent être diplômés, et de l’autre, ils aimeraient soutenir le réseau de la santé.

Le message du ministre Roberge indique entre autres que «s’il vous reste au plus l’équivalent d’une session à temps plein pour terminer votre formation, un accès direct à votre profession est possible, sous certaines conditions, si vous devez joindre l’un des ordres professionnels (…) pour exercer».

Louis Gendron est le directeur général du Cégep de Trois-Rivières.

«Le message du ministre est mal compris par des étudiants. Ce qui est dit, ce n’est pas que la session est finie et que vous avez votre diplôme. Ce qui est dit, c’est que la session est sur pause. Il reste quatre ou cinq semaines à la session. Il faut diplômer les étudiants pour que, lorsqu’ils débarqueront au CIUSSS, ils soient en mesure de s’investir et de vivre positivement une aventure professionnelle», dit M. Gendron, tout en affirmant être en contact constant avec la direction du CIUSSS.

Ces infirmiers et infirmières en devenir affirment que le reste de leur formation est principalement consacré à de la révision. De plus, ils avancent que des collègues inscrits dans d’autres programmes de santé ont obtenu leur diplôme avant la fin de la session et sont déjà sur la ligne de front.

Une nuance doit être apportée à cette affirmation, estime Louis Gendron.

«En travail social, des étudiants pourraient donner un coup de main plus rapidement, car ils sont actuellement en stage. Les professeurs peuvent transformer le stage et les étudiants peuvent aller au CIUSSS. Mais dans d’autres situations, il reste des notions académiques à apprendre. Pour certains étudiants en soins infirmiers, des professeurs peuvent dire qu’ils peuvent y aller, qu’ils pourraient terminer leur session plus tôt et obtenir leur diplôme au printemps 2020. Mais pour d’autres étudiants, on pense que les semaines qui restent sont essentielles, car après, il y a un examen de l’Ordre des infirmières et infirmiers du Québec. Si un étudiant veut contribuer, on met le programme sur pause pour certains. Après la contribution, tu viendras compléter ta formation.»

Julie Michaud, agente d’information du CIUSSS régional, répète que l’organisation invite les étudiants à travailler au sein du réseau. Mais à l’instar de Louis Gendron, elle rappelle que la situation particulière ne donne pas une passe gratuite pour la diplomation.

«Les maisons d’enseignement doivent voir comment ils s’organisent pour les diplômes. Ces gens peuvent donner un coup de main en étant accompagnés par des seniors et ils vont parfaire des connaissances sur le terrain. Avec l’arrêté ministériel du 15 avril, il y a un statut temporaire d’employé pour la COVID-19 pour certaines tâches d’infirmiers, mais ça prend les connaissances requises pour poser les actes. Après la COVID-19, ils retournent aux études. Comme établissement, on veut engager des gens diplômés.»