Les puits de gaz de schiste refont surface à Bécancour.

Relance du gaz de schiste dans Bécancour: «Une déclaration de guerre»

Alors que la société Questerre évoque des projets d'extraction de gaz de schiste dans Lotbinière et Bécancour, les groupes citoyens attachés à la protection de l'environnement montent aux barricades pour dénoncer vivement un tel scénario.
«C'est une déclaration de guerre. Les gens sont prêts. Ça va sortir dans les rues. Fini le jasage. Ça va passer à l'acte si jamais ils viennent sur le territoire», a clairement indiqué au Nouvelliste le porte-parole du Collectif moratoire alternative vigilance et intervention (CMAVI), Serge Fortier.
Celui-ci craint même des dérapages. «À force de pousser des gens à bout et d'aller à l'encontre de leurs valeurs, cela peut amener certains citoyens à poser des gestes malheureux qu'on ne pourra pas empêcher. Il y a des loups solitaires qui courent des chances de faire ce que nous, qui sommes modérés, ne voulons pas faire», a-t-il ajouté.
Le porte-parole du CMAVI, Serge Fortier.
Une colère partagée par le Regroupement vigilance hydrocarbures Québec (RVHQ). «L'obstruction physique n'est qu'un des moyens que nous utiliserons pour bloquer le passage aux foreuses. Questerre trouvera les groupes citoyens sur son chemin», a fait savoir le coordonnateur général adjoint, Jacques Tétreault. 
Pour cet organisme, cette annonce «explosive» du retour du gaz de schiste dans la vallée du Saint-Laurent sonne le ralliement de ses 130 groupes citoyens autour d'actions solidaires dans toutes les régions du Québec ciblées par cette «industrie invasive».
«On souhaiterait que ça se règle de façon démocratique en se parlant. Mais on se rend compte qu'on parle dans le vide. On n'a pas une oreille attentive à nos besoins et à un développement sensé. On songe sérieusement à aller chercher de la formation en désobéissance civile», a laissé entendre Serge Fortier.
Or, à la veille de l'adoption sous bâillon de la Loi sur les hydrocarbures, le RVHQ avait justement annoncé la mise en place d'un programme de préparation à la résistance pacifique à l'intention des groupes membres qui voudraient s'en prévaloir.
«Il n'est pas question que cette industrie s'installe ici, même si elle tente de s'incruster en passant par des projets pilotes dans des zones isolées, à l'abri des regards», prévient la coordonnatrice générale, Carole Dupuis. «Ils veulent venir faire ça ici sous prétexte qu'il n'y a pas beaucoup de population. Même s'il n'y avait qu'un habitant, il ne mérite pas de mourir empoisonné», renchérit le représentant du CMAVI.
Depuis que le Québec a «catégoriquement» rejeté le gaz de schiste en 2012, les liens entre la fracturation hydraulique et la contamination de l'eau potable ont été prouvés «de manière irréfutable», soutient le RVHQ.
Du même souffle, la porte-parole du Regroupement dénonce la démarche systématique et «sournoise» que le gouvernement Couillard a suivie pour dérouler le tapis rouge devant cette industrie tout en se défendant de le faire.
Tout d'abord, le Règlement sur le prélèvement des eaux et leur protection, adopté en août 2014, empêche les municipalités d'imposer des distances raisonnables entre les puits de forage et les sources d'eau potable. Plus de 300 municipalités ont officiellement demandé une dérogation à ce règlement sans que le gouvernement l'ait permise.
La deuxième étape a été l'adoption de la Loi sur les hydrocarbures dans la nuit du 9 au 10 décembre 2016, malgré l'opposition généralisée. Finalement, le projet de loi 102 révisant la Loi sur la qualité de l'environnement, présentement à l'étude, vise, entre autres, à faciliter la réalisation de projets pilotes en permettant au ministre de délivrer des autorisations «à certaines conditions».
«L'eau contaminée est-elle moins contaminée quand le projet est pilote? La roche fracturée va-t-elle se receler parce c'est un projet pilote? Une compagnie lance-t-elle des projets pilotes sans avoir l'intention de passer à la production à grande échelle? Ce gouvernement semble vraiment sous-estimer l'intelligence des Québécoises et des Québécois», se questionne Mme Dupuis.
Accusant le gouvernement de «continuer à manger dans les mains des gazières», Serge Fortier croit que les citoyens deviennent «de plus en plus écoeurés du type de politique qu'on vit actuellement au Québec». «Tu sais à quoi t'en tenir avec Trump alors que nos politiciens sont hypocrites, ce qui est plus dangereux», a-t-il conclu.
Prudence chez les élus
Échaudé par les débats passés, le milieu politique accueille avec prudence la nouvelle d'une relance des projets de gaz de schiste sur la rive sud.
«On ne pensait pas qu'ils nous reviendraient aussi rapidement que ça. J'ai un peu de misère à croire qu'ils vont s'en venir vite de même. Je reste surpris. Ça va être un gros dossier», a avoué le préfet de la MRC de Bécancour, Mario Lyonnais.
Celui-ci dit ne pouvoir prédire la réaction des municipalités aux intentions de la société Questerre, surtout en année électorale. «Il y a un potentiel économique, mais le jeu en vaut-il la chandelle?», se demande-t-il tout en rappelant que le moratoire est privilégié par les élus.
Pour le maire de Bécancour, Jean-Guy Dubois, rien de neuf ne permettrait de dire oui au promoteur. «Dans les conditions actuelles, on n'agrée pas à tout ça», a affirmé celui qui, à l'instar des sites d'enfouissement, aimerait bien disposer d'un répertoire des puits de gaz de schiste.
Même s'il ne voit pas le moratoire d'un mauvais oeil, le député de Nicolet-Bécancour, Donald Martel, a toujours été ouvert à un projet pilote, mais dans le parc industriel, «loin des maisons». «Je ne peux pas aller à l'encontre de la population. Les conditions n'ont pas changé depuis une couple d'années», a-t-il fait savoir.
Du côté de la Chambre de commerce et d'industrie du Coeur-du-Québec (CCICQ), on se dit favorable à la fracturation, «mais avec le respect des normes au niveau sécuritaire et environnemental». «On n'est pas contre l'idée parce que ce sont des bonnes retombées économiques pour la région», explique la directrice générale, Martine Pépin, opposée au moratoire «pour que ça avance».
Finalement, au cabinet du ministre responsable de la région du Centre-du-Québec, on assure que Laurent Lessard est sensible à l'acceptabilité sociale d'un tel projet, «une valeur primordiale qui a été mise de l'avant par le premier ministre dans tout le débat sur l'exploitation des hydrocarbures au Québec». Et après vérification auprès du bureau du ministre de l'Énergie et des Ressources naturelles, Pierre Arcand, on confirme que le projet de Questerre n'a encore fait l'objet d'aucune demande.
«On veut s'assurer que les citoyens du Centre-du-Québec, principalement de Bécancour dans ce projet-là, aient l'information nécessaire et soient au courant de ce qui arrive», indique l'attaché de presse du ministre Lessard, Mathieu Gaudreault.