L’industrie de la récupération est inquiète de la perte d’un aussi vaste marché comme la Chine et c’est aussi le cas de Récupération Mauricie où l’on attache sa ceinture puisque le choc de cette décision pourrait frapper fort... ou pas.

Récupération Mauricie est inquiète

Saint-Étienne-des-Grès — La Régie de gestion des matières résiduelles de la Mauricie et son principal partenaire, Récupération Mauricie, attendent, non sans inquiétude, les effets de la fermeture du marché chinois, prévue d’ici la fin de l’année, à l’importation de certaines matières récupérées recyclables.

En juillet dernier, la Chine avait annoncé à l’Organisation mondiale du commerce qu’elle fermait désormais ses frontières à l’importation de papiers mixtes, de polyéthylène, PVC et polystyrène, de textiles et de scories de vanadium.

Selon Resource Recycling, la Chine a procédé à des inspections minutieuses des deux tiers de ses compagnies de recyclage et constaté de nombreuses infractions environnementales. Certaines de ces entreprises ont dû fermer leurs portes. 

Il appert que de grandes quantités de déchets, voire de matières dangereuses, ont été trouvées dans les matières recyclables importées par ce pays. Ces matières, a indiqué le gouvernement chinois, menacent la santé de sa population de même que son environnement.

L’industrie de la récupération est inquiète de la perte d’un aussi vaste marché et c’est aussi le cas de Récupération Mauricie où l’on attache sa ceinture puisque le choc de cette décision pourrait frapper fort... ou pas. 

«Il y a eu des impacts concrets au cours des derniers mois», constate le directeur général de Récupération Mauricie, Daniel Cassivi, mais personne ne sait encore jusqu’à quel point ils s’aggraveront. Même les courtiers n’en sont pas encore certains, dit-il.

Daniel Cassivi indique qu’il entend en effet deux discours différents émanant du milieu. Premier son de cloche: un coup dur surviendrait en 2018 qui pourrait être semblable à la crise de 2008, voire pire, alors que les récupérateurs furent obligés d’enfouir leurs matières ou même de payer pour s’en départir. Cette crise avait frappé la région durement.

L’autre écho qui vient aux oreilles de Récupération Mauricie est beaucoup plus positif. Il y a des courtiers qui sont en effet à la recherche d’autres marchés en Asie, principalement en Corée, en Malaisie et en Turquie.

S’il y a espoir de s’en tirer avec ces marchés, il n’est toutefois pas garanti que le prix sera aussi bon qu’avec la Chine, nuance le directeur général.

Récupération Mauricie ne vend fort heureusement pas toutes ses matières en Chine. Certaines matières plastiques trouvent preneurs localement, chez Soleno Recyclage d’Yamachiche, par exemple, ou ailleurs en Amérique du Nord indique M. Cassivi. «Pour le papier journal, on fait affaire avec des courtiers», dit-il, de même que pour les fameux sacs de plastique.

L’exportation demeure donc le noyau dur de la survie de RM puisque 60 % des matières qu’elle récupère, du carton et du papier pour la plupart, s’en vont à l’étranger, ce qui représente rien de moins que 50 % de ses revenus.

RM a traité entre 38 000 et 40 000 tonnes de matières par année, depuis 2014, dont 7000 tonnes vendues par année de carton, entre 2015 et 2017 et 20 000 tonnes de papier.

Les récupérateurs du Québec sont en discussion depuis plusieurs mois au sujet des impacts de la décision chinoise. «On attend. On essaie de voir venir les coups», indique M. Cassivi

On se met aussi en mode solution en améliorant la qualité des matières qui sont exportées. Depuis août, «on a remarqué que nos courtiers devenaient plus exigeants au niveau de la qualité. Ils nous ont rendu visite pour nous expliquer la situation», dit-il.

On sait que RM est sur le point d’annoncer un projet de modernisation de 2,7 millions $ dans son centre de tri de Saint-Étienne-des-Grès. Récupération Mauricie, rappelons-le, appartient à 49 % à la Régie de gestion des matières résiduelles de la Mauricie et à 51 % au Groupe RCM. Cet investissement, qui était prévu depuis plusieurs années, permettra d’améliorer grandement la qualité des matières triées sur place.

Depuis qu’il a commencé à sentir les impacts de la décision de la Chine, en août, RM est allé au-devant des coups en ajoutant des postes de triage et des postes de contrôle de la qualité afin d’améliorer la qualité de ses matières exportées.

M. Cassivi souhaite que des discussions s’amorcent avec Éco Entreprises Québec et Recyc-Québec «pour voir comment ils peuvent nous aider dans cette période-là.» «Pour nous, c’est important que le recyclage continue. Si l’on arrêtait, ce serait beaucoup d’années d’efforts de perdues.»