La pêche blanche est commencée depuis peu au lac Saint-Pierre, mais cet hiver encore, toutes les perchaudes doivent être remises à l'eau, ce qui prive les pourvoyeurs d'une manne importante.

Perchaude: «La guerre va prendre si le gouvernement ne lève pas le moratoire»

La pêche blanche est commencée depuis peu au lac Saint-Pierre, mais cet hiver encore, toutes les perchaudes doivent être remises à l'eau, ce qui prive les pourvoyeurs d'une manne importante.
Le moratoire de cinq ans imposé par le gouvernement du Québec sur la pêche à la perchaude, tant sportive que commerciale au lac Saint-Pierre, devrait se terminer en mai.
La pêche blanche bat son plein sur le lac Saint-Pierre.
«Les pourvoyeurs en arrachent», constate Jean Lévesque, président de l'Association des pêcheurs du lac Saint-Pierre.
Le moratoire de cinq ans imposé par le gouvernement du Québec sur la pêche à la perchaude, tant sportive que commerciale au lac Saint-Pierre, devrait se terminer en mai, confirme le député Marc H. Plante.
«C'est sûr que la guerre va prendre si le gouvernement ne lève pas le moratoire», promet M. Lévesque. «Il y a beaucoup d'attentes», dit-il.
En cinq ans, la perchaude a-t-elle retrouvé sa vitalité? Est-ce que les jeunes perchaudes sont arrivées à survivre en assez grand nombre? L'état de la ressource s'est-elle améliorée au point où le ministère de la Faune pourrait lever l'interdit, même partiellement? «On est en attente du rapport du comité scientifique», répond le député Marc H. Plante qui suit ce dossier.
Les divers intervenants interrogés par Le Nouvelliste semblent pessimistes et s'entendent plutôt pour dire que si l'on veut voir la perchaude se multiplier, c'est tout un écosystème malade, le lac Saint-Pierre, qu'il faudra soigner d'urgence et il faudra que le gouvernement y mette de la volonté... et de l'argent.
Malgré cinq années de moratoire, «les dangers sont encore présents», estime Samuel Dufour-Pelletier, biologiste au bureau Environnement et terre du Conseil des Abénakis d'Odanak où la situation est suivie de près par des biologistes depuis cinq ans.
Les divers intervenants qui collaborent dans ce dossier ne détiennent pas les données finales prélevées par le ministère dans les diverses stations d'échantillonnage géoréférencées du lac Saint-Pierre.
Ils s'entendent toutefois tous pour dire que la pression de pêche n'est pas le seul problème qui affecte la perchaude et que le moratoire «en place depuis 2012, est une mesure temporaire qui, seule, n'aura comme effet que de retarder le moment de la disparition de la perchaude au lac Saint-Pierre en protégeant une génération de poissons vieillissants qui n'ont au plus que 10 ans à vivre», résume un rapport publié récemment par le Grand conseil de la nation Waban-Aki.
Le cormoran, rappelons-le, avait été pointé du doigt comme un des principaux coupables. Or, il appert que malgré une diminution presque des deux tiers de la population de cette espèce envahissante depuis le moratoire, le problème de la perchaude demeure entier.
Une des principales raisons, c'est qu'il «y a une perte d'habitats», explique Hugo Mailhot-Couture, biologiste et chargé de projet pour le Grand conseil de la nation Waban-Aki, à Wôlinak.
Dans leur rapport, les experts de la Nation Waban-Aki indiquent que les nouvelles petites perchaudes n'arrivent même pas à survivre à un premier hiver.
«La fertilisation agricole cause un déséquilibre dans l'écosystème», indique le document en précisant qu'une trentaine de pesticides utilisés en agriculture atteignent le lac Saint-Pierre.
Il y a aussi les entraves, comme les ponceaux et autres ouvrages humains, qui empêchent la perchaude d'aller frayer. Tous ces obstacles diminuent la connectivité, c'est-à-dire, la possibilité de voyager aisément du fleuve aux herbiers pour aller se reproduire et se nourrir. Il y a malgré tout beaucoup de pression, du côté des pêcheurs sportifs.
Ces derniers maintiennent que la ressource est là, abondante et compte une bonne quantité de relève de moins de trois ans, mais qu'elle a simplement migré dans des secteurs du fleuve plus propices à son alimentation et à sa reproduction.
Jean Lévesque, président de l'Association des pêcheurs du lac Saint-Pierre.
«La décision (de mettre fin au moratoire) va être politique», croit le président de l'Association des pêcheurs du lac Saint-Pierre, une véritable patate chaude pour le gouvernement puisque dans un article scientifique paru dans Le Naturaliste canadien, le principal biologiste au dossier, Philippe Brodeur et son équipe rappelaient, en 2014, que «la situation ne s'améliorera que lorsque les espèces pourront se reproduire et se développer dans un milieu sain, ce qui nécessitera la restauration d'habitats ainsi que l'amélioration de la qualité de l'eau.»
La tâche semble colossale. L'organisme GROBEC, de la zone Bécancour, est en action depuis un an dans ce dossier. L'an dernier fut une année de caractérisation et cette année, des aménagements fauniques seront faits. 
«Il se peut que les aménagements prennent plus d'une année avant d'être productifs», indique le directeur général, Simon Lemieux. L'organisme est donc en quête de données pour son propre secteur et ses tributaires au fleuve. «Nous ne sommes pas en mesure de dire si le moratoire doit être levé ou pas. Le ministère a des données qu'on n'a pas», dit-il.
«La décision sera difficile», reconnaît le député Plante. D'un côté, le gouvernement reconnaît la perchaude comme un acteur économique important, dit-il. De l'autre, il faut s'assurer de préserver l'espèce.
Le ministère en charge de ce dossier n'a pas donné suite à notre demande d'entrevue.