Si les visiteurs ont été plus nombreux que jamais à venir au parc national de la Mauricie, le Mouvement Vert Mauricie craint que l'environnement du parc ne soit menacé par la surutilisation des sites.

L'affluence au parc national inquiète

Alors que le parc national de la Mauricie accueille un nombre record de visiteurs, le Mouvement Vert Mauricie s'inquiète de l'impact que peut avoir une telle affluence sur la faune et la flore. L'organisme reproche notamment à l'administration du parc d'encourager la surutilisation touristique du site, et somme les gestionnaires de mettre en place des mesures de réduction de l'affluence.
Depuis le début de l'année, l'accès gratuit aux sites de Parcs Canada a attiré de nombreux visiteurs dans les parcs nationaux du pays. Cette mesure, mise en place par le gouvernement fédéral, s'inscrit dans les célébrations du 150e anniversaire du Canada. Certains estiment cependant qu'il n'y a pas de quoi fêter, puisque la nature souffrirait de la hausse d'affluence dans les parcs. En entrevue avec Le Nouvelliste, le président du Mouvement Vert Mauricie, Patrick Rasmussen, a indiqué que la situation au parc national de la Mauricie était critique.
«Le parc a déjà dépassé sa capacité d'accueil. On a ouvert les valves toutes grandes, mais on a dépassé la capacité de support des écosystèmes. Il faut réduire la présence humaine, et donc l'affluence de la clientèle», déplore M. Rasmussen. 
Le président du Mouvement Vert Mauricie croit ainsi que des mesures draconiennes doivent être appliquées pour rétablir la situation. Il propose en effet de fermer les barrières dès que la capacité du parc atteint sa limite. Il conseille également aux administrateurs du parc d'appliquer un plan de contingence.
Appelée à commenter la sortie du Mouvement Vert Mauricie, le service des communications du parc national de la Mauricie a plutôt abordé l'aspect statistique du taux de fréquentation, sans toutefois élaborer sur son impact. Les données fournies confirment par ailleurs l'achalandage exceptionnel de la saison.
Au début de la saison touristique, la fréquentation du parc national de la Mauricie avait augmenté de 50% par rapport à l'an dernier. Cette augmentation a atteint son point culminant en juillet, alors qu'environ 96 000 visiteurs ont visité le parc. Cela représente une augmentation de 96 % par rapport à l'an dernier, où environ 49 000 visiteurs s'étaient présentés aux entrées du parc. Le mois d'août a lui aussi enregistré une forte augmentation, passant d'environ 44 000 visiteurs l'an dernier à plus de 68 000 visiteurs cette année, pour une augmentation de 55 %. Au total, les seuls mois de juillet et d'août auront attiré plus de 164 000 visiteurs, alors qu'il y avait eu environ 181 000 visiteurs pour toute l'année en 2015-2016.
«Nous sommes pour l'utilisation responsable du parc national de la Mauricie, mais actuellement c'est une utilisation qui a pris un virage économique et récréotouristique, ce qui fait en sorte que le parc a complètement perdu sa mission première, qui était de préserver les habitats pour les générations futures», se désole M. Rasmussen.
Les conséquences reliées au nombre de visiteurs peuvent être dramatiques pour la faune et la flore du parc national de la Mauricie. Le président du Mouvement Vert de la Mauricie a expliqué que leur habitat naturel était en perte de vitalité, et a donné comme exemple la tortue des bois, dont les touristes piétinent l'environnement. M. Rasmussen a également expliqué que trois indices existaient pour évaluer l'intégrité écologique du parc, soit l'état de l'écosystème forestier, la santé des ruisseaux et des rivières, et la condition des milieux humides. Considérant ces facteurs, il constate que l'environnement du parc ne semble pas au mieux de sa forme. «L'écosystème n'est pas en mesure de reproduire ses cycles naturels et de contribuer au maintien de la biodiversité», affirme-t-il.
En fait, le Mouvement Vert Mauricie est préoccupé par la compétence des gestionnaires du parc. «Nous nous demandons si le parc national est en mesure d'assurer une saine gestion de son territoire. Pour l'instant, nous avons de sérieux doutes là-dessus», lance M. Rasmussen.
Ambiguïté dans le message
Dans le plan directeur du parc, on peut lire que les administrateurs souhaitent «favoriser la découverte du parc par de nouvelles clientèles et mieux répondre aux attentes des visiteurs actuels». Sans l'ombre d'un doute, cette phrase témoigne de la volonté du parc d'attirer les visiteurs. Toutefois, il ne faut pas en conclure que les gestionnaires sont insensibles à l'état de l'environnement. Le même plan directeur fait foi du souci du parc de «restaurer l'écosystème aquatique afin d'améliorer l'intégrité écologique du parc». On peut également y lire que «les actions à mettre en place visent la sensibilisation des visiteurs à la fragilité du milieu, et le rétablissement de la structure et du fonctionnement naturel des écosystèmes aquatiques détériorés».
Le Mouvement Vert Mauricie indique cependant que les actions du parc sont contraires à cette volonté. D'ici deux semaines, les employés du parc doivent en effet utiliser la roténone au lac la Pipe. «La roténone, c'est le missile patriote des milieux aquatiques. Ce produit détruit toute la vie, afin que l'humain puisse réintroduire une espèce désirée, dans ce cas-ci l'omble de fontaine», alerte M. Rasmussen. Évidemment, le Mouvement Vert Mauricie s'oppose à ce processus, et demande à ce qu'il soit annulé. De son côté, le parc national de la Mauricie n'a pas voulu expliquer son intention de recourir à la roténone.
M. Rasmussen était aussi indigné que la population ait été exclue du processus de décision. Le plan directeur du parc prévoit en effet «la mise en place d'un comité consultatif composé d'intervenants régionaux, représentants de multiples perspectives, qui permettra un dialogue continu avec ceux-ci». Or, ni les organismes de la société civile, ni les communautés locales n'ont été consultés concernant l'utilisation de la roténone. «Il y a un vice démocratique dans le processus global, et un vice scientifique au niveau de l'étude d'impact pour la roténone. C'est de la désinformation», s'est plaint le président du Mouvement Vert Mauricie.
M. Rasmussen a en outre soutenu que les premières nations avaient aussi leur mot à dire sur l'utilisation de la roténone puisque les Atikamekw revendiquent le Nitaskinan, un vaste territoire à l'intérieur duquel est situé le parc national de la Mauricie.