La rivière Bécancour fait des siennes

Bécancour — Le redoux et les fortes pluies de vendredi ont fait monter le niveau de plusieurs cours d’eau du sud du Québec. Des inondations soudaines ont forcé l’évacuation d’une vingtaine de résidences du secteur Sainte-Gertrude, à Bécancour. L’eau de la rivière Bécancour et d’imposants morceaux de glace ont entouré les maisons et les chalets.

L‘opération de sauvetage nautique a été menée par les pompiers de Bécancour. Ceux-ci ont été assistés de la Sûreté du Québec et de la Sécurité civile. «Les résidents sont isolés. Ils sont évacués pour des raisons de sécurité», soutenait alors le directeur régional de la Sécurité civile, Sébastien Doire. 

Les maisons touchées sont situées essentiellement sur la rue des Haies, en bordure de la rivière Bécancour. Il s’agit d’un secteur de Sainte-Gertrude appelé Belle-Vallée apprécié pour sa tranquillité et sa proximité avec la nature.

Le directeur du service de sécurité incendie de la Ville de Bécancour, Luc Desmarais, indique qu’une douzaine de pompiers ont participé à l’opération de sauvetage. Au plus fort des inondations soudaines, l’eau montait tellement rapidement que le nombre de résidents isolés augmentait constamment. «Au début, nous avons été appelés pour 4 résidences entourées d’eau et de glace. Mais plus ça allait, plus on recevait d’appels de détresse. Certains résidents n’ont pas eu le temps de quitter leur maison», précise le directeur du service de sécurité incendie. «L’eau montait terriblement vite.»

De nombreux intervenants sont sur place pour secourir les résidents isolés par les inondations.

C’est donc avec l’aide de deux zodiacs que les pompiers ont pu évacuer les résidents coincés. Certaines personnes ont alors été prises en charge par la Croix-Rouge. 

À l’instar du maire de Bécancour Jean-Guy Dubois, tous les citoyens rencontrés sur place dimanche n’avaient que de bons mots pour les pompiers. En plus de venir en aide aux résidents coincés par la montée soudaine des eaux et de la glace, les pompiers ont aidé plusieurs propriétaires à pomper l’eau de leur sous-sol jusqu’à très tard dans la nuit. «Les pompiers ont vraiment fait une belle job. Ils ont pris le temps de venir nous aider lorsque l’eau s’est retirée. C’est extrêmement apprécié», soulignait Francis Comeau, un des résidents du secteur touché par les inondations. 

Jean-Louis Massé est un des doyens du secteur. Il est propriétaire d’une résidence à cet endroit de Sainte-Gertrude depuis 55 ans. Il connaît très bien la rivière Bécancour et avoue ne jamais avoir été témoin d’une telle situation. 

«C’est la première fois que je vois ça en janvier. On voit des mouvements de glaces et des inondations au printemps à l’occasion, mais jamais en hiver comme ça», affirme-t-il. «J’étais en train de pelleter dans la cour et soudainement ma femme me dit que la rivière s’en allait. Durant environ une heure, l’eau et la glace circulaient. Un moment donné, ç’a bloqué et l’eau s’est mise à monter.»

M. Massé explique qu’il a alors eu le temps de prendre des vêtements pour quitter l’endroit  avant que l’eau monte jusqu’à recouvrir l’ensemble du secteur. «J’ai eu seulement le temps de sortir l’auto que l’eau était déjà au niveau des roues», ajoute M. Massé qui ajoute que les inondations, même printanières, ne sont pas fréquentes à cet endroit. 

Dimanche, alors que les résidents s’affairaient au nettoyage, on pouvait toujours voir jusqu’où l’eau avait monté sur les maisons. Les résidents du secteur soutiennent que le niveau d’eau de la rivière a monté d’environ 20 pieds. 

D’imposants blocs de glace sont toujours présents sur les terrains des résidents. Réjean Desrochers a d’ailleurs craint que les blocs de glace, qui se déplace avec une force inouïe, n’entraînent d’importants dommages sur sa maison. «Une chance que j’ai un gros arbre juste devant ma galerie, parce que je crois qu’elle serait partie sans lui», avouait-il. 

Lorsqu’on se rend sur place, on constate aussi que des motoneiges, des embarcations et de nombreux objets entièrement submergés sont maintenant entièrement glacés. «Il n’y a pas grand-chose que l’on peut faire, à part attendre que ça dégèle», notait Réjean Desrochers. 

Le maire de Bécancour était lui aussi étonné de constater la rapidité à laquelle l’eau est montée samedi. Heureusement, elle s’est retirée aussi rapidement. «De façon globale, on va s’en sortir pas si mal. Je pense bien qu’on va être capable de conserver toutes les maisons et les gens vont pouvoir y retourner», estime Jean-Guy Dubois, qui faisait état bien sûr d’un bilan provisoire. 

La Sécurité civile étudiait dimanche la possibilité de demander un décret de Québec pour venir en aide financièrement aux sinistrés de Sainte-Gertrude. 

D’autres secteurs inondés

Un autre embâcle s’est créé plus au nord sur la rivière Bécancour, non loin de son embouchure. D’imposants blocs de glace entremêlés étaient toujours visibles dimanche. La route 132 et le boulevard du Danube étaient fermés à la circulation à certains endroits.  

«Sur l’avenue du Danube, c’est historique. Il y a des inondations tous les printemps», précise le maire de Bécancour.  

La rivière est aussi sortie de son lit à cet endroit pour atteindre les terrains sportifs du parc de la Rivière-Bécancour, au même titre que les champs bordant le boulevard du Danube. Il est très rare de voir à cette période de l’année de la vapeur s’échapper des champs inondés, comme c’est le cas sur un cours d’eau en période de grand froid.  

De plus, l’avenue Montesson a aussi été inondée, particulièrement samedi. La circulation a été interdite une bonne partie du week-end. 

Le maire de Bécancour ainsi que le directeur régional de la Sécurité civile estiment que ces situations exceptionnelles sont influencées par les changements climatiques.  «Il y a des changements climatiques qui se passent. Ceux qui n’y croient pas encore vont finir par le croire. Il y a beaucoup trop d’événements qui se produisent et qui n’arrivaient pas auparavant», note le maire Jean-Guy Dubois.

Un embâcle à Nicolet

La rivière Nicolet a aussi fait des siennes samedi. Un embâcle s’est même formé samedi matin sur ce cours d’eau durant une courte période, entraînant toutefois des conséquences à l’embouchure de la rivière. Une dizaine de cabanes de pêcheurs ont été emportées par les glaces.

Le directeur régional de la Sécurité civile précise que l’embâcle s’est formé près de la centrale de traitement des eaux de Nicolet. «Le niveau de l’eau est monté d’environ 10 centimètres en une heure. On surveillait la situation de très près», expliquait samedi Sébastien Doire. 

Sachant qu’une dizaine de cabanes de pêcheurs se trouvent normalement à l’embouchure de la rivière quelques kilomètres plus au nord, la Sécurité civile a demandé à la Sûreté du Québec de s’assurer qu’aucun pêcheur n’était présent. Heureusement qu’il n’y avait personne, car la dizaine de cabanes installées pour la pêche blanche ont été emportées par les glaces après la rupture de l’embâcle en fin d’avant-midi. 

«Nous avons aussi avisé la garde côtière de cette situation. Les cabanes sont maintenant dans le fleuve ou à la dérive», ajoute Sébastien Doire. 

Du côté de Daveluyville, le niveau de la rivière Bécancour avait monté d’environ 4 mètres samedi par rapport à vendredi. 

Une résidence a aussi été inondée samedi à Saint-Louis-de-Blandford et huit autres maisons ont été évacuées en raison des risques d’inondations. 

La Sécurité civile continue de surveiller les cours d’eau de la région, mais les plus récentes données indiquent que la situation semble revenir à la normale.

En Mauricie, les cours d’eau ont été moins influencés par le redoux et la pluie de vendredi. La Sécurité civile rapportait toutefois samedi la présence d’un peu d’eau de la rivière Mékinac sur le chemin Saint-Joseph, à Trois-Rives. L’eau n’empêchait toutefois pas la circulation.

La rivière Nicolet après le passage d'un embâcle.

Des motoneigistes secourus

En plus de l’opération de sauvetage nautique menée dans le secteur de Sainte-Gertrude, les pompiers de Bécancour ont dû secourir dans la nuit de samedi à dimanche 

trois motoneigistes pris dans les champs inondés près du boulevard du Danube. Les trois personnes pour le moins téméraires avaient décidé malgré les conditions particulières d’emprunter le sentier de motoneiges. Le directeur du service de sécurité incendie de Bécancour, Luc Desmarais, affirme que deux des trois motoneigistes ont dû être transporté à l’hôpital. Un d’entre eux avait notamment extrêmement froid. Les autorités 

demandent bien sûr aux automobilistes et aux motoneigistes de bien respecter les interdictions de circuler.