La santé du lac Saint-Pierre inquiète.

État lamentable du lac Saint-Pierre: les maires lancent un appel à l'action

Les maires des municipalités riveraines du lac Saint-Pierre se sont rencontrés pour la toute première fois, mardi, afin de faire le point sur l'état lamentable du lac Saint-Pierre et exercer un leadership politique visant à prendre les moyens pour remédier au plus vite à la situation.
La rencontre a été initiée par les villes de Trois-Rivières et de Sorel-Tracy dans le cadre des activités de la Table de concertation régionale (TCR) du lac Saint-Pierre qui représente 5 MRC et 53 organismes du milieu.
Treize maires étaient présents, dont ceux de Trois-Rivières, Bécancour et Louiseville, et la rencontre a donné lieu à un consensus immédiat. «Le premier problème qui a été identifié est celui de l'agriculture», résume le maire de Trois-Rivières, Yves Lévesque.
Lorsque les récoltes sont terminées à l'automne, dit-il, les terres riveraines du lac Saint-Pierre sont laissées à nu.
«Différentes études ont démontré que cette pratique nuit à la fraie des poissons du lac Saint-Pierre», explique le maire. C'est que les oeufs de plusieurs espèces de poissons doivent se coller à la végétation pour pouvoir éclore, explique-t-il.
Or, avec les apports d'engrais et de pesticides provenant des terres agricoles qui sont lessivées dans le fleuve, la végétation sous-fluviale est détruite et les poissons n'ont nulle part où se reproduire. «C'est un impact majeur», souligne le maire.
«Tout le monde est d'accord sur le fait qu'il y a un problème et qu'il faut trouver des solutions et parmi ces solutions, c'est de transformer ces terres et y faire une autre sorte d'agriculture», dit-il, qui aurait peu d'impacts sur la faune.
«On s'est rendu compte que la TCR a demandé une rencontre avec les ministères pour arriver à une solution par rapport à ce problème», dit le maire Lévesque, «mais pas de son, pas d'image», déplore-t-il.
«C'est une structure qui a été créée par le gouvernement. On doit être à l'écoute et avoir le respect des gens quand ils demandent une rencontre», fait-il valoir.
«On a un certain problème de bureaucratie», constate aussi le maire de Bécancour, Jean-Guy Dubois.
«Plusieurs ministères sont concernés par la qualité du lac Saint-Pierre. Toute l'eau qu'on boit à Bécancour vient du fleuve Saint-Laurent, du lac Saint-Pierre qui est une sorte de filtre pour la qualité de l'eau du fleuve. Or, on voit ce qui se passe avec la perchaude qui représente l'indice de référence pour établir la qualité du lac. Ça fait cinq ans qu'il y a un moratoire sur la perchaude parce que le lac Saint-Pierre n'est pas en très bon état», illustre-t-il.
Cette rencontre doit donc être accordée au TCR du lac Saint-Pierre et des solutions mises de l'avant au plus vite, plaident les maires.
«Il faut demander aux quatre ministères concernés, Agriculture, Faune, Affaires municipales et Transports, de se rencontrer le plus tôt possible pour analyser la situation», plaide le maire Dubois.
L'idée n'est pas de nuire à l'agriculture, assurent les maires, mais de faire autrement afin d'assurer la santé du lac Saint-Pierre. Comme le fait d'ailleurs valoir le maire de Louiseville, Yvon Deshaies, la situation est délicate. «Les agriculteurs sont tout de même ceux qui nous nourrissent et on ne mord pas la main de celui qui nous nourrit», plaide-t-il.
Malgré tout, le maire Deshaies reconnaît qu'il faut agir. «Il faut que les ministères se parlent», dit-il.
M. Deshaies remarque que la santé du lac Saint-Pierre a beaucoup décliné depuis sa jeunesse. «Avant, il y avait le Canton, à Yamachiche, la plage Auger, à Pointe-du-Lac et le banc de sable, entre Maskinongé et Louiseville. Les gens s'y arrêtaient et s'y baignaient», se souvient-il. C'était il y a 45 ans.
«Il n'y a plus rien maintenant. Même à l'île Saint-Quentin, il n'est pas toujours possible de se baigner quand la qualité de l'eau n'est pas bonne», dit-il.
«Présentement, il y a 5000 hectares (sur les rives du lac Saint-Pierre) qui sont utilisés pour la culture du maïs et du soja», indique le maire Lévesque.
Ce dernier propose que si les changements souhaités à l'agriculture riveraine du fleuve pénalisent financièrement les agriculteurs, le gouvernement devrait «être au rendez-vous pour les subventionner ou faire la transition», dit-il. Une rencontre est prévue au printemps pour poursuivre la mobilisation.