Les points rouges montrent les 16 stations où la carpe asiatique a été repérée, dont deux aux portes du lac Saint-Pierre.

Carpe asiatique: une menace pour le lac Saint-Pierre

Très mauvaise nouvelle pour le fleuve Saint-Laurent et le fragile écosystème du lac Saint-Pierre. Le ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs a confirmé hors de tout doute, mardi, que la redoutable carpe asiatique est bel et bien présente dans le fleuve Saint-Laurent.
La carpe de roseau, une des quatre espèces de carpes asiatiques envahissantes.
Selon une carte de 110 stations d'échantillonnage présentée aux médias, l'ADN d'une des quatre espèces de ce redoutable poisson envahissant, la carpe de roseau, est présent dans 16 stations, dont deux aux portes du lac Saint-Pierre.
La carpe asiatique pourrait causer des milliards $ de dommages puisqu'elle contribue de façon importante à la destruction des herbiers, un habitat essentiel à la reproduction des espèces indigènes du fleuve, dont la perchaude, dont le statut est extrêmement précaire en ce moment au lac Saint-Pierre.
C'est un poisson «très vorace, qui grandit rapidement, qui est très fécond. C'est un parfait envahisseur», résume la biologiste Véronik de la Chenelière du ministère de la Faune.
«Il a la capacité de transformer l'écosystème et d'occuper un peu toutes les niches», ajoute-t-elle.
Dans le bassin du Mississippi, aux États-Unis, où la carpe asiatique est déjà bien implantée, «à certains endroits, elle représente jusqu'à 90 % de la biomasse», illustre-t-elle. Les carpes «prennent toute la place», dit-elle.
Le président de l'Association des pêcheurs commerciaux du lac Saint-Pierre, Roger Michaud, ne cachait pas une certaine colère, face à la nouvelle. 
«C'est ça qui arrive quand des gens donnent des permissions pour implanter des espèces dévastatrices. Ce sont ces personnes-là qui sont à blâmer», dit-il.
«Elles ne voient pas plus loin que le bout de leur nez. Après ça, il est trop tard», fait-il valoir, peu surpris d'être témoin du début de cette catastrophe annoncée depuis quelques années.
«C'est la plus mauvaise nouvelle qu'on espérait ne pas avoir», a déclaré pour sa part le président de l'Association des pêcheurs du lac Saint-Pierre, Jean Lévesque, qui croit que c'est le début de la fin pour la pêche sportive, d'autant plus que pour tenter de freiner la course de la carpe asiatique vers le lac Saint-Pierre et l'aval du fleuve, le ministère a choisi l'approche par vecteurs, explique Mme de la Chenelière.
En simple, cela veut dire qu'au fleuve, le ministère va sous peu interdire d'utiliser des appâts vivants pour pêcher, que ce soit en été ou en hiver. Seuls les appâts morts seront permis et seulement en hiver.
C'est que les carpes juvéniles ressemblent beaucoup aux poissons-appâts, explique-t-elle et le ministère veut prévenir la confusion et éviter que des carpes juvéniles soient disséminées accidentellement par les pêcheurs.
Jean Lévesque indique que cette décision concernant les menés vivants signe tout simplement l'arrêt de mort d'une industrie récréotouristique de 10 millions $. La pêche au doré, pour une, ne peut se faire sans menés vivants, en hiver, assure-t-il. Plusieurs pourvoyeurs songeraient déjà à fermer leurs portes à la suite de cette décision annoncée mardi, dit-il.
C'est qu'ils ne croient pas que le fait d'utiliser des menés vivants va aggraver le problème de la carpe asiatique. «Elle est déjà au lac Saint-Pierre de toute façon», fait remarquer M. Lévesque en rappelant qu'un spécimen a été pêché l'été dernier à Contrecoeur. «Et il n'y a pas eu de branle-bas de combat au ministère à ce moment-là», fait-il remarquer.
La question d'imposer l'utilisation de poissons-appâts morts faisait déjà l'objet de rumeurs depuis un bon bout de temps, dit-il. «Ce n'est pas une mesure sérieuse. Ils viennent de mettre l'industrie à terre» se désole-t-il. «La déception est totale.»
La Fédération québécoise des chasseurs et pêcheurs parle elle aussi d'une «action vaine» du ministère et estime que la restriction sur les menés engendrera des pertes économiques «désastreuses».
La FédéCP parle d'une «décision maladroite» et déplore aussi que le gouvernement ait choisi de joindre en conférence de presse les dossiers de la carpe asiatique et des poissons-appâts. Toujours selon l'organisme, la crainte du poisson-appât comme vecteur facilitant la dissémination des carpes asiatiques «est non fondée». La Fédération invite les pêcheurs à exprimer leur désaccord à leur député respectif.
«On se sert de la détection de la présence de la carpe de roseau dans le fleuve Saint-Laurent pour justifier ce que le ministère cherchait à mettre en place depuis des années», estime l'organisme.
De son côté, le président Michaud rappelle qu'on ne sait pas à quel rythme la carpe asiatique va progresser dans notre climat et si les prédictions des biologistes vont vraiment se réaliser.
«Ils avaient annoncé une grosse invasion du gobie à taches noires et ils avaient dit que le chevalier cuivré était disparu», rappelle-t-il. Or, il semble que ses filets de pêche prouvent le contraire. La carpe asiatique aura-t-elle de l'opposition dans le fleuve? Voilà qui reste à voir, dit-il.