Le ministre François-Philippe Champagne retire la 100 000e bille en compagnie de Marc-André Valiquette, coordonnateur du projet.

100 000 billes de bois retirées des lacs

Shawinigan — Des travaux de restauration des écosystèmes aquatiques entrepris il y a 15 ans dans le parc national de la Mauricie ont franchi un cap important, cet été, alors que la 100 000e bille de bois a été retirée des lacs, lundi. La somme de ces vestiges du temps de la petite drave et des barrages de drave, dans les années 1800, peut paraître énorme, mais seulement 20 barrages de drave ont pu être enlevés et il en reste une trentaine encore, indique Marc-André Valiquette, coordonnateur du projet de restauration des écosystèmes aquatiques.

Il aura donc fallu 15 ans pour enlever un peu de ces cicatrices du passé. Cet exercice s’inscrit dans le programme de conservation et de restauration des écosystèmes aquatiques qui bénéficient d’un budget de 6 millions $ visant à restaurer les lacs du PNLM. La 100 000e bille a été symboliquement retirée des eaux, lundi matin, par le ministre et député fédéral de Saint-Maurice-Champlain, François-Philippe Champagne. «Cet événement est l’occasion de mettre en valeur les efforts de conservation et de restauration de Parcs Canada en plus de démontrer l’importance accordée au rétablissement de l’intégrité écologique par le gouvernement canadien», a indiqué le ministre.

Ce nettoyage est devenu incontournable parce que la présence de tout ce bois, dans les lacs, nuit à la qualité de l’eau, à son pH et à la faune aquatique, explique M. Valiquette. Au lac Reid, par exemple, pas moins de
37 000 billes de bois ont été retirées.

Il faut noter que les billes de bois ont été enlevées une à une à l’ancienne, c’est-à-dire à l’aide de gaffes et de pics.

«Il y a des endroits où l’on a des accumulations très importantes. L’habitat riverain était essentiellement disparu. Si l’on avait des frayères en zones peu profondes, elles étaient assurément recouvertes de billes de bois. Il y a des endroits où l’on n’avait pas seulement une couche de billes, au fond du lac. On avait des accumulations de 2, 3, 4 voire 5 épaisseurs. La végétation s’implante très mal au travers de tout ça. On perd une partie des écosystèmes entre la forêt et le milieu aquatique», plaide le coordonnateur du projet.

«Chaque bille crée une barrière, dans la zone de marnage où varie le niveau d’eau par ruissellement, par les particules organiques et les particules de sol qui sont acheminées par ruissellement vers le lac. Ça provoque une accumulation de boue sur les rives, à certains endroits. Il y a des endroits où les plages avaient complètement disparu», explique-t-il.

Le fait d’éliminer tous ces troncs d’arbres des lacs provoque déjà des effets positifs, dit-il. L’eau, par exemple, devient plus claire.

Cet effort permet de ramener les lacs au niveau où ils étaient avant 1800 et ce faisant, un phénomène inattendu est survenu. Divers sites archéologiques autochtones ont été en effet révélés.

M. Valiquette raconte que des vestiges de campements amérindiens ont été trouvés aux lacs Dauphinais et Isaïe Ouest. Divers objets, comme des pointes de flèches ou de lances, des éclats de débitage et des bifaces font partie des objets trouvés et analysés par les archéologues.

Le but des travaux est de retirer au moins 90 % des billes échouées ou coulées dans la zone des rives jusqu’à au moins deux mètres de profondeur.

«Il y a des mentions historiques permettant de savoir à quand remonte la drave sur le territoire du parc national de la Mauricie. Quand on se fie aux vieilles cartes, aux carnets d’arpentage, aux vieux écrits, les plus vieux barrages de drave qu’on trouve sur le territoire, c’est aux lacs La Pêche et Isaïe sur une carte de 1857», indique M. Valiquette.

À l’aide de la dendrochronologie (étude des cernes de croissance), il est possible de savoir l’âge des billes de bois qui formaient les anciens barrages.

«Le plus vieux barrage de drave qu’on a daté, jusqu’à maintenant, est sous les eaux du Wapizagonke. Il date de 1827», précise-t-il. Il s’agit d’un «barrage de très grande envergure.» Caractérisé par les archéologues l’an dernier, il est situé à un bon deux mètres sous l’eau. Bref, ces travaux permettent de recréer l’histoire du parc, dit-il.

Fait pour le moins intéressant, c’est que tout ce bois sous l’eau n’est pas très dégradé puisqu’il est privé d’oxygène. Un projet de recherche a permis de découvrir que certaines billes de bois étaient sous l’eau depuis 100 ans. Certains ont encore leur écorce, ce qui permet de connaître l’année où ils ont été abattus. «On a constaté qu’on perd 10 cernes de croissance par siècle», signale M. Valiquette.