Sur la photo: Geneviève Hardy, associée d’Entreprise Prémont, porte le masque Humask-Pro Vision dont la production a commencé à Louiseville.
Sur la photo: Geneviève Hardy, associée d’Entreprise Prémont, porte le masque Humask-Pro Vision dont la production a commencé à Louiseville.

Entreprise Prémont lance un masque chirurgical à fenêtre pour aider les personnes malentendantes

Matthieu Max-Gessler
Matthieu Max-Gessler
Le Nouvelliste
Trois-Rivières — Entreprise Prémont a annoncé le lancement d’un nouveau modèle de masque chirurgical avec fenêtre, dans le but de faciliter la vie des personnes malentendantes qui ont besoin de lire sur les lèvres ou de voir le visage de leur interlocuteur.

Entreprise Prémont avait été contactée préalablement par Audition Québec, un organisme qui se veut «le porte-flambeau des personnes malentendantes et devenues sourdes qui [...] utilisent le langage oral comme principal moyen de communication avec leurs interlocuteurs». Cependant, un des associés de l’entreprise, Luc Girard, était déjà sensibilisé au problème que vivent les personnes qui doivent absolument lire sur les lèvres ou voir la bouche des gens pour comprendre ce qu’ils leur disent. 

«Ma fille a un déficit auditif et quand le port du masque a commencé à devenir populaire, ça m’a inquiété de savoir que si son professeur doit porter un masque, elle n’arriverait plus bien à le comprendre. Rapidement, on a commencé à réfléchir, chez Entreprise Prémont, à comment on pourrait développer un masque qui permettrait de faciliter la vie aux personnes malentendantes. Ça a pris beaucoup d’essais-erreur, mais on y est arrivé», a-t-il déclaré fièrement en conférence de presse, mercredi matin. 

Pour mettre au point ce masque, baptisé Humask-Pro Vision, l’entreprise louisevilloise s’est alliée à PolyExpert, de Laval, qui a créé la pellicule plastique qui permet de voir la bouche des personnes qui portent le masque. Selon M. Girard, cette pellicule est antibuée et antireflet. Par ailleurs, elle a été soudée par ultrasons, ce qui assure que le masque demeure hermétique, pour respecter les normes exigées par Santé Canada pour les masques chirurgicaux. 

«Il y a un espace plus grand entre la bouche et la fenêtre, ce qui fait qu’il n’y a pas de barrière au son quand on parle. Et le masque est léger et très mince, tout en étant très efficace en matière de filtration», a-t-il soutenu. 

Ce partenariat a été rendu possible avec l’aide de TechniTextile Québec, qui regroupe les acteurs de l’industrie des matériaux textiles techniques de la province. 

Le Humask-Pro Vision utilise la même technologie et respecte la norme ASTM F2100, exigée par Santé Canada pour qu’il puisse servir notamment dans les hôpitaux et les CHSLD. Les tests pour obtenir cette certification ont été menés par le Groupe CTT de Saint-Hyacinthe, un autre partenariat facilité par TechniTextile Québec. Selon Luc Girard, il n’est pas impossible que ce masque puisse obtenir la certification pour d’autres niveaux de la norme ASTM F2100. 

La production a déjà débuté à l’usine de Louiseville; M. Girard indique que des centres de services scolaire en ont déjà reçu. Des masques ont par ailleurs été envoyés gratuitement à l’école que fréquente sa fille. Entreprise Prémont souhaite automatiser sa chaîne de production pour lui permettre de fabriquer plusieurs millions de Humask-Pro Vision par semaine. L’entreprise a par ailleurs terminé récemment un agrandissement de 8000 pieds carrés de ses locaux. Elle indique être en recrutement de personnel pour répondre à la demande pour ses masques. 

M. Girard promet également que ce masque sera abordable, davantage que ceux du même genre qui sont déjà disponibles sur le marché international.

«Avec l’automatisation, on va essayer de le rendre le plus abordable possible. Je ne peux pas dire à quel prix encore, mais ce sera moins de 2 $. On sait qu’il doit être le plus disponible possible pour qu’il serve à quelque chose», a-t-il relevé. 

Une partie des profits des ventes du masque sera remise à Audition Québec. 

Réjouissances chez Audition Québec

La présidente d’Audition Québec, qui organisait la conférence de presse de mercredi avec Entreprise Prémont et TechniTextile Québec, était naturellement ravie de cette annonce. L’organisme avait déjà milité pour que les couvre-visage avec fenêtre soient davantage utilisés par la population, dès le printemps dernier, rappelant leur importance pour les personnes malentendantes. 

«Les masques opaques nous posent beaucoup de problèmes, à nous qui lisons sur les lèvres. Moi-même, je porte des implants cochléaires et j’entends mieux que la moyenne des personnes malentendantes, mais quand je vais à l’épicerie, avec tous les bruits ambiants des réfrigérateurs, la musique et les autres personnes qui conversent, j’ai du mal à bien entendre la personne qui me sert», a rappelé Jeanne Choquette. 

Tout en vantant le confort de ces masques, qu’elle a déjà eu l’occasion de tester, Mme Choquette a rappelé que le besoin pour ce produit ne se limite pas aux personnes malentendantes. 

«Les orthophonistes et les audiologistes disent que c’est très important que les enfants voient la bouche de leur interlocuteur. C’est aussi important pour les immigrants qui apprennent le français. Et en sachant que le taux de surdité est très élevé dans les CHSLD, quand les préposés vont parler aux patients qui entendent mal, ça va être pas mal mieux», a-t-elle mentionné. 

Audition Québec a déjà commencé à contacter les différents milieux ou le port du couvre-visage a été remplacé par celui du masque chirurgical, afin de les inciter à se munir d’un modèle avec fenêtre, comme celui développé par Entreprise Prémont.