Une intervenante du CIUSSS a accompagné des militaires pour rendre visite aux résidents isolés, à Yamachiche, près du chemin Louis-Gatineau.

Entre résilience et essoufflement pour les riverains

Yamachiche — La fin de semaine a de nouveau mis à l’épreuve la patience des riverains inondés ou isolés par la crue du lac Saint-Pierre. Si plusieurs se montrent résilients face à la situation, certains commencent à s’essouffler.

La journée de samedi a été particulièrement pénible pour les résidents vivant en bordure du lac Saint-Pierre, alors que les vagues créées par le vent ont endommagé les digues de sable érigées pour protéger leurs demeures. Les bénévoles de SOS Inondation Mauricie ont travaillé d’arrache-pied, toute la journée, pour les consolider et les reconstruire à Trois-Rivières.

«Les digues ont commencé à lâcher les unes après les autres, c’était vraiment problématique, explique Stéphane Gendron, de SOS Inondation Mauricie. Aujourd’hui (samedi), 80 % des maisons où on est intervenu, c’était pour refaire des digues.»

M. Gendron confie du même souffle qu’il sent un épuisement de la part des riverains affectés.

«Les gens commencent à être à bout de souffle, on sent que certains sont sur le bord de craquer, se désole-t-il. Les deux ou trois premiers jours des inondations, ils étaient souriants, contents de nous voir arriver, mais là, ils en ont assez.»

Porte-à-porte en bateau

Une quarantaine de militaires se sont rendus à Yamachiche, en début d’après-midi. Pendant que plusieurs remplissaient et distribuaient des sacs de sable, d’autres ont accompagné en bateau pneumatique une intervenante du CIUSSS de la Mauricie et du Centre-du-Québec venue rencontrer les sinistrés. Un employé de la municipalité a également accompagné les militaires pour vérifier, notamment, si l’eau avait atteint le compteur électrique des résidences. La Sûreté du Québec était également présente.

«On veut s’assurer que les gens soient bien, que s’ils ont un besoin, une détresse psychologique, on leur amène les ressources nécessaires dans cette situation difficile qu’ils traversent», explique Anne Mathieu, porte-parole de la Sûreté du Québec.

Paul Carbonneau, maire de Yamachiche.

Le maire de Yamachiche, Paul Carbonneau, a préféré rester sur la terre ferme dimanche après-midi, mais assure que la Municipalité est en contact régulier avec les sinistrés.

«On fait des messages automatisés chaque jour pour voir si les gens vont bien, indique-t-il. C’est sûr qu’il commence à y avoir un peu de fatigue, mais dans l’ensemble, ça va bien malgré tout.»

Appel à l’aide à Louiseville

Louiseville est la ville la plus touchée en Mauricie et au Centre-du-Québec, avec 160 maisons inondées et 200 isolées. Vendredi, c’était au tour de Kathleen Déziel d’être touchée: elle a dû quitter sa maison en catastrophe après que l’eau eut monté jusque dans la chambre de ses deux jeunes enfants.

«On était prêt, mais pas pour autant d’eau, déplore-t-elle. J’ai sauvé mon lit et quelques meubles, mais les vêtements des enfants et leurs jouets, tout est fini. J’y suis retournée (dimanche) et l’eau avait encore remonté.»

Craignant que la moisissure ne rende son logement dangereux pour ses enfants, une fois l’eau redescendue, Mme Déziel se retrouve avec un double problème: trouver un nouveau logement et un nouveau mobilier, ainsi que l’essentiel dont ses enfants de quatre et six ans et elle ont besoin. Elle a lancé un appel à l’aide sur Facebook et a heureusement pu compter sur la générosité de plusieurs personnes, dont celle de l’humoriste et auteure Bianca Longpré, la conjointe de François Massicotte. Celle-ci l’a mise en contact avec plusieurs personnes qui lui ont offert leur aide pour se trouver un nouveau logement à Louiseville.

La mère de deux enfants pensait avoir trouvé un appartement, dimanche, mais a indiqué au Nouvelliste, en début de soirée, que celui-ci ne convenait finalement pas. Elle devra donc rester encore quelques jours de plus à l’hôtel, en attendant de trouver chaussure à son pied.

Une campagne de sociofinancement sur le site GoFundMe a été lancée sous le nom Inondation Louiseville pour l’aider notamment à racheter des électroménagers.

Kathleen Déziel a dû quitter en catastrophe sa maison à Louiseville avec ses enfants, Léa et Gabriel, vendredi dernier.

14 000 $ à l’eau

Louise Lemyre et son conjoint, qui demeurent dans le secteur Pointe-du-Lac, à Trois-Rivières, pensaient avoir l’esprit tranquille en achetant un système de barrière anti-inondation Water-Gate. Malheureusement pour eux, le système n’a pas marché comme prévu.

«J’en ai acheté 120 pieds pour 14 000 $, explique-t-elle. C’était livré et installé, mais le système n’a pas fonctionné. L’eau a passé au-dessus et en dessous. Il a fallu appeler l’armée après cinq jours pour nous aider à protéger la maison avec des sacs de sable.»

La résidence de Mme Lemyre n’est pas inondée, grâce aux sacs de sable et aux pompes qu’elle a dû louer pour évacuer l’eau du terrain. Elle déplore toutefois d’avoir déboursé autant.

«En 2017, avec les sacs de sable, on avait été correct. Avoir su, c’est ce qu’on aurait fait cette année, mais on pensait qu’on n’aurait pas besoin. On a perdu cinq jours à cause de ça.»

Mme Lemyre n’avait toutefois que de bons mots pour les différents intervenants qui sont venus lui prêter main-forte au cours des derniers jours, tant la Ville de Trois-Rivières que la Sécurité publique, la police de Trois-Rivières, l’armée et son conseiller municipal, François Bélisle.

Solidarité à l’île Saint-Eugène

Quelques kilomètres plus loin, l’eau a aussi envahi le chemin de l’Île-Saint-Eugène. Des résidents ont les pieds dans l’eau, mais d’autres échappent aux inondations, comme Denis Gévry. Il recevait ses voisins à souper, dimanche, question de leur permettre de se changer les idées, eux qui sont inondés.

«Les gens s’aident beaucoup, ici, on va voir les gens, surtout les personnes âgées, pour leur demander s’ils ont besoin d’aide, témoigne-t-il. Il y en a qui sont plus découragés, qui ne fournissent pas, mais de manière générale, le moral est bon.»

Le système Water-Gate que Louise Lemyre a payé 14 000 $ n’a pas fonctionné lorsque l’eau du lac Saint-Pierre a atteint son terrain.

De bons samaritains transportent même leurs voisins en véhicule tout terrain jusqu’à la boîte aux lettres du quartier, pour qu’ils puissent continuer à recevoir leur courrier.

«On a quand même hâte que l’eau s’en aille», confie M. Gévry.