Daniel Béliveau
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Entre reconnaissance et questionnements: Daniel Béliveau a perdu son père au CHSLD Laflèche

Nancy Massicotte
Nancy Massicotte
Le Nouvelliste
Trois-Rivières — Pendant que Daniel Béliveau se démène professionnellement pour soutenir les entreprises de Bécancour durement affectées par la crise économique, il doit également faire face à l’ennemi sur une base personnelle avec le décès de son père survenu au CHSLD Laflèche.

Rejoint jeudi matin, le directeur général de la MRC de Bécancour et En+reprendre Bécancour demeure résilient dans le drame qu’il vit. «D’entrée de jeu, quand ton père entre dans un CHSLD, on sait qu’il n’en ressortira pas sur ses deux pieds. On commence dès lors à lâcher prise», a-t-il indiqué.

La réalité s’est toutefois avérée plus déchirante que prévu puisqu’il n’a pas été capable de voir ou de communiquer avec son père Gilles, âgé de 88 ans, avant qu’il ne soit emporté par la COVID-19 le 22 avril dernier.

Lorsque la pandémie a commencé à faire des ravages auprès des personnes âgées, il ne cache pas qu’il anticipait de recevoir un jour un coup de fil du CHSLD pour lui annoncer des mauvaises nouvelles. Le 5 avril, le médecin traitant de son père l’a d’ailleurs appelé pour lui dire que celui-ci avait été testé positif mais qu’il était asymptomatique. Le 18 avril, on l’a informé cette fois-ci que l’octogénaire faisait un peu de fièvre. Au fil des jours qui ont suivi, la situation s’est détériorée. Finalement, trois jours plus tard, son père, un ancien directeur d’école, était décédé.

Dans le contexte actuel, M. Béliveau n’a jamais pu aller le voir. Impossible non plus de l’appeler en l’absence de téléphone dans les chambres. Devant cette situation, il soutient éprouver des sentiments partagés. «Depuis des années, il y a des hommes et des femmes qui ont très bien pris soin de lui au Laflèche et qui sont encore présents pour la majorité. Dans ma tête à moi, je savais qu’ils ne pouvaient pas le laisser tomber. La douceur et le lien qu’ils ont su créer au fil du temps ne pouvaient pas s’être estompés. Dans le cadre de mon travail, j’ai la chance d’avoir une compréhension rationnelle de ce qui se passe dans le milieu et pour moi, c’était apaisant et sécurisant», a-t-il raconté.

D’un autre côté, le fait de ne pas avoir vu son père mourir ou son corps après le décès suscite des questionnements irrationnels. «Est-il vraiment mort? Je ne l’ai pas vu; j’ai reçu un appel téléphonique du médecin, c’est tout. Va-t-il être incinéré? Est-ce qu’il faudra une autopsie? Je connais les vraies réponses mais c’est comme un accident d’avion. Surtout qu’il est disparu alors que je n’avais pas eu de contact avec lui depuis un mois et demi. Puis, mon fils a reçu un message sur Facebook. Un collègue lui a appris que c’est lui qui avait accompagné mon père toute la nuit. Au début, il ne savait même sur qui il veillait. Il a été en mesure de garantir que le personnel en avait pris soin jusqu’à la toute fin. Ça vaut de l’or!», a-t-il confié avec émotions.

Il désire d’ailleurs saluer et remercier le personnel du CHSLD Laflèche. «Mon père a été très bien accompagné, et ce, dans le plus grand respect. Je sais que mon père était heureux là-bas», a-t-il ajouté.

M. Béliveau soutient n’entretenir aucune amertume par rapport à son décès. Ce qu’il a du mal à digérer par contre, c’est la morgue extérieure stationnée sur le terrain du CHSLD. «Un conteneur tout rouillé!», s’exclame-t-il avec colère. «J’ai peur que mon père se retrouve là-dedans. Pour moi, c’est un manque de respect total. Si je ne me retenais pas, j’irais là-bas pour m’assurer qu’il ne se retrouve jamais là-dedans. Mon père ne mérite pas de se retrouver dans un conteneur tout rouillé», a-t-il déploré.

En ce sens, il réitère que le personnel du CHSLD a fait un bon travail et qu’il est important de l’encourager. La même chose s’applique dans son travail auprès des entrepreneurs de la région, surtout en cette période de crise. «Nous avons des entreprises à sauver. Elles ont besoin de monde pour les aider et les accompagner; elles ont besoin elles aussi de la petite tape dans le dos et de savoir que le milieu est prêt à les supporter. Ce n’est pas juste une question de prêts d’argent et de financement», a précisé le directeur général de la MRC et d’En+reprendre.

La tâche est cependant énorme. «Des contacts ont été établis avec une centaine d’entreprises en un mois et demi afin de les supporter. En temps normal, quand on fait 10 à 12 financements par année, c’est bon», a-t-il ajouté. C’est pourquoi il rappelle l’importance de prendre soin de nous tous. «Plus que jamais», a-t-il conclu.