De gauche à droite: la petite Estelle Lamontagne, Marie-Ève Montplaisir et sur ses genoux, sa fille, Rose Massicotte, Geneviève Côté, Joannie Rouleau et Zacharie Plourde.

Enseignement à la maison: projet de règlement inquiétant

NOTRE-DAME-DU-MONT-CARMEL — Le ministre de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur, Jean-François Roberge, a récemment déposé un projet de règlement visant à modifier l’encadrement de l’enseignement à la maison.

Les parents qui font la classe à leurs enfants à la maison sont inquiets. Ils craignent que les modifications que s’apprête à imposer le ministre «enlèvent le plaisir d’apprendre» et briment le rythme d’apprentissage de leurs enfants.

C’est ce que croient Marie-Ève Montplaisir, Joannie Rouleau et Geneviève Côté, trois mères de la région qui enseignent à la maison. «Il ne faut pas qu’on en vienne à trop réglementer et trop encadrer pour protéger certains enfants. Ça ne les protégera pas davantage», plaide Mme Côté. «Il a été évoqué quelques fois les écoles religieuses illégales. Par contre, depuis l’application du règlement par l’ancien ministre Sébastien Proulx (en juillet 2018), il n’y a pas eu de cas de dénonciation. Ils n’ont pas trouvé d’écoles religieuses illégales. Il n’y a eu aucune enquête», rappelle Mme Rouleau. «On se demande donc sur quoi ça repose, pourquoi il souhaite modifier le règlement. Ça ne fait même pas un an que le précédent règlement a été adopté», plaide-t-elle. «On n’a même pas pu voir encore les résultats de ce règlement-là.»

L’Association québécoise pour l’éducation à domicile, dans un communiqué émis le 8 mai dernier, indique qu’elle «comprend que le gouvernement ait à coeur la qualité de l’éducation de tous les enfants du Québec.» Toutefois, dans son mémoire soumis ce jour-là au ministre, l’AQED estime que le projet de Jean-François Roberge «brûle beaucoup d’étapes» et n’aborde pas concrètement le problème des ‘écoles illégales’.

«Plusieurs études scientifiques sur l’impact d’interventions sur l’éducation à domicile nous font croire que ce règlement n’augmentera pas le taux de réussite éducative», plaide également l’organisme.

Aux yeux de Mmes Montplaisir, Rouleau et Côté, donner l’éducation des six premières années scolaires dans le confort du foyer, «c’est un mode de vie». Les enfants finissent par apprendre tout ce qu’il y a à apprendre, mais de façon plus naturelle, quand ils sont prêts à faire un apprentissage, estiment-elles.

Le projet de règlement du ministre risque de tout chambarder, car le contenu que pourront enseigner les parents à la maison devra respecter une progression des apprentissages équivalente à celle qui est appliquée à l’école.

Les enfants devront aussi voir le même programme que celui dispensé à l’école dans les matières de base comme le français, l’anglais et les mathématiques, la science et la technologie et l’univers social. Ils devront aussi se soumettre aux examens du ministère comme les autres et participer à des rencontres avec des chargés de suivis.

L’imposition des examens du ministère, «vient nous ébranler», indique Mme Côté. «Il y a des enfants qui n’ont jamais passé d’examen. Et là, on va leur demander de venir en contexte scolaire, leur faire subir un stress auquel ils ne sont pas exposés habituellement et leur faire passer un examen. J’imagine qu’il s’attend à ce qu’il y ait de bons résultats. Quelle est la raison pour laquelle il veut faire passer ces examens-là?», se questionne-t-elle.

L’Association québécoise pour l’éducation à domicile, dont les trois femmes font partie, s’inquiète également. «L’imposition d’examens va à l’encontre des meilleures pratiques en éducation et l’imposition de la progression des apprentissages du programme de formation de l’école québécoise n’est pas la seule façon valable d’offrir une éducation de qualité», fait-elle valoir en ajoutant qu’il «est donc très probable qu’il (le nouveau règlement à venir) mènera à plus de conflits, de dossiers à la DPJ, de judiciarisation des cas et d’échecs éducatifs», craint l’Association dans un exposé publié sur son site web.

Geneviève Côté croit que les résultats obtenus par les enfants aux examens du ministère «ne seront pas représentatifs de ce que les enfants sont capables de faire. Ça ne sera pas représentatif de ce qu’ils ont appris», prévoit-elle.

Les trois femmes reprochent au ministre Roberge de ne pas avoir fait de consultations avant d’entreprendre des modifications au règlement. L’AQED demande d’ailleurs au ministre d’instaurer à nouveau la Table de concertation qui existait lorsque le règlement avait été modifié par l’ancien ministre Proulx, en juillet 2018, après consultations.

À la mi-mai, la protectrice du citoyen, Marie Rinfret, a adressé une lettre au ministre Roberge dans laquelle elle se dit «préoccupée par certains enjeux soulevés par les modifications proposées.»

«Depuis l’entrée en vigueur du Règlement, le Protecteur du citoyen n’a reçu aucune plainte concernant la Direction de l’enseignement à la maison. Toutefois, depuis la publication du projet de règlement, il en a reçu plus d’une centaine», peut-on lire sur le site du Protecteur du citoyen.