Enquête publique sur le décès de Lyndia Hamel à la Maison Carignan: «Je n’aurais jamais pris ça à la légère»

Trois-Rivières — «Je n’aurais jamais anticipé un événement comme celui-là. Je n’aurais jamais pris ça à la légère». C’est en ces mots que la directrice clinique de la Maison Carignan, Audrey Alarie, a expliqué mercredi qu’elle n’avait pas eu toutes les informations en main lorsqu’est venu le temps de prendre une décision éclairée, le 26 décembre 2016 en soirée, à savoir s’il fallait expulser ou non la jeune Lyndia Hamel, qui venait de consommer des stupéfiants à l’intérieur de la maison de thérapie. Ce témoignage clé a notamment marqué cette deuxième journée de l’enquête publique du coroner sur la mort par surdose de la jeune femme, enquête qui se déroule jusqu’à vendredi au palais de justice de Trois-Rivières.

On se souviendra que les intervenants en charge ce jour-là, Anthony Dessureault et Fannie Lampron, avaient été informés par un autre résident que Lyndia Hamel lui avait confié avoir consommé durant l’après-midi, une information reçue par les intervenants vers 18h. Or, ce n’est qu’à 22h25 que la directrice clinique, alors en congé, a été contactée chez elle par Anthony Dessureault afin de discuter du cas de Lyndia Hamel. Entre temps, a-t-on compris mercredi, Fannie Lampron est demeurée un long moment avec la jeune femme, en attente de son collègue afin de faire l’intervention en duo et de pouvoir obtenir des aveux de la part de la jeune femme.

Lorsqu’elle a reçu l’appel d’Anthony Dessureault, à 22h25, Audrey Alarie dit être restée sur l’impression que l’intervenant avait besoin de valider ses interventions. Selon les informations fournies, tout semblait désormais sous contrôle, Lyndia n’était plus en état d’intoxication, elle était émotive et repentante du geste qu’elle venait de poser et collaborait bien.

La coroner Andrée Kronström préside les audiences publiques, qui se tiennent au palais de justice de Trois-Rivières.

Or, contrairement à ce qu’a mentionné Anthony Dessureault lors de son témoignage mardi, Audrey Alarie affirme qu’il n’a jamais insisté auprès d’elle pour expulser la jeune femme. Mme Alarie s’est d’ailleurs dite outrée de lire le compte-rendu de ce témoignage dans les médias, elle qui insiste sur le fait qu’elle est reconnue comme une personne très professionnelle et rigoureuse dans le respect des protocoles en place. Mme Alarie, bien qu’ayant livré avec aplomb son témoignage durant plusieurs heures, est à ce moment devenue très émotive.

La directrice clinique, qui occupe aujourd’hui un emploi de coordonnatrice dans une autre ressource de la région, soutient d’ailleurs qu’en apprenant le décès de la jeune femme, le 27 décembre, elle a aussitôt rencontré les deux intervenants pour repasser en détail les événements de la soirée. Mme Alarie dit avoir été estomaquée de constater les informations qui se trouvaient dans le rapport de la veille, où il était notamment question de convulsions et de surveillance nécessaire. «Ce qu’il y avait dans le rapport du 26 décembre était complètement déphasé avec l’information que j’avais eue au téléphone», relate-t-elle.

Par ailleurs, Audrey Alarie a confirmé qu’il avait été convenu que Lyndia Hamel soit envoyée dans la chambre d’une autre résidente, Julie Austin. Or, contrairement à ce qui avait été rapporté dans le témoignage des deux intervenants la veille, cette décision n’avait pas été prise parce que Mme Austin avait une expérience professionnelle d’infirmière, mais bien en support moral pour Lyndia, alors que cette résidente en possédait les qualités selon la directrice. Mme Alarie a par ailleurs insisté sur le fait que jamais un autre résident ne se serait vu donner un mandat de surveillance dans de pareilles circonstances. D’ailleurs, si l’intervenant au téléphone lui avait dit que Lyndia nécessitait une surveillance de la part d’une infirmière, elle aurait tout de suite posé davantage de questions sur la nécessité de la transporter à l’hôpital, insiste Audrey Alarie.

Cependant, durant son témoignage tenu plus tôt mercredi, l’intervenante Fannie Lampron indique ne jamais avoir reçu cette instruction précise de la part de son collègue Anthony Dessureault, mais plutôt d’avoir reçu l’instruction de «faire dormir Julie et Lyndia dans la même chambre», ce qui expliquerait la raison pour laquelle Lyndia Hamel est finalement demeurée dans sa chambre en compagnie de Julie Austin. Une chambre qui n’a d’ailleurs pas fait l’objet d’une fouille puisque selon Audrey Alarie, les informations reçues au téléphone lui laissaient croire que tout le matériel de consommation avait été remis.

Protocoles

Les protocoles en place à la Maison Carignan lorsque Lyndia Hamel y était résidente ne stipulaient pas l’expulsion automatique du bénéficiaire qui consommait entre les murs. Selon les explications fournies par Audrey Alarie, il y avait dénonciation automatique pour un résident en thérapie sous ordre de la cour, soit auprès du procureur de la Couronne au dossier ou encore de l’agent de probation. Par contre, son expulsion était jugée au cas par cas, généralement liée à divers facteurs aggravants ou atténuants, dont le comportement et la collaboration à l’intérieur de la thérapie.

Ce protocole a toutefois changé après les événements survenus en décembre 2016. Audrey Alarie est d’ailleurs à l’origine d’un nouveau protocole d’intervention en matière de consommation et possession de substances interdites dans le centre. Un travail colossal qu’elle dit s’être imposé après avoir notamment développé une hypervigilance à la suite des événements.

Désormais, en plus de la consommation à l’intérieur du centre ou sur les terrains de la Maison Carignan, la simple possession ou tentative de faire entrer des stupéfiants dans la maison entraîne une expulsion automatique du bénéficiaire. Une information qui a également été ajoutée aux règlements généraux du centre, et approuvée par le conseil d’administration.

Les audiences doivent se poursuivre jeudi, avec notamment les témoignages d’anciens résidents, dont celui de Julie Austin, qui a partagé la chambre de Lyndia Hamel et découvert la jeune femme inanimée le 27 décembre au matin.