Le conseiller Luc Martel (à gauche), qui a déposé une plainte à la Commission municipale du Québec visant la conduite du maire de La Tuque, Normand Beaudoin (à droite), a refusé la médiation dans le dossier.

Enquête en éthique visant le maire de La Tuque: le conseiller Luc Martel refuse la médiation

La Commission municipale du Québec (CMQ) enquête toujours sur le dossier en éthique et déontologie visant le maire Normand Beaudoin. Le conseiller Luc Martel, qui a déposé la plainte, a récemment reçu une demande de médiation. Une offre qu'il s'est empressé de refuser. Il veut que la population ait des réponses. Il a d'ailleurs accepté d'en parler pour mettre la population au courant des procédures.
«Dans le cadre d'un projet pilote, la Commission municipale du Québec offre la médiation dans certaines demandes d'enquête en éthique et déontologie qui s'y prêtent. La demande d'enquête déposée concernant l'élu visé, monsieur Normand Beaudoin, maire de la Ville de La Tuque, a été identifiée comme pouvant faire l'objet d'une médiation», peut-on lire dans la lettre adressée à M. Martel.
Cette demande, repoussée du revers de la main, est un non-sens pour le conseiller municipal en raison, entre autres, de ses éléments de confidentialités. 
«Il a essayé de me faire taire en m'envoyant une mise en demeure, ça n'a pas fonctionné. Il a essayé en me menaçant en pleine séance exécutive de me faire perdre ma maison devant les autres conseillers, et c'est inscrit dans le procès-verbal, ça n'a pas fonctionné non plus. Là, il demande un huis clos, on ne sait pas si ça va lui être accordé. Puis là, une demande de médiation?», lance Luc Martel.
Ce dernier a d'ailleurs expliqué son refus en long et en large dans une lettre de deux pages envoyée à la CMQ.
«Ce n'est pas une chicane de voisin. Ai-je le droit de négocier une entente au nom de la population qui deviendrait confidentielle alors que toute la population est au courant du dossier et attend des réponses tout comme moi ?», se questionne-t-il.
Il explique dans sa correspondance qu'il ne s'agit pas d'un dossier d'ordre personnel, mais bien d'un «dossier public pour lequel la population est en droit, tout comme moi, d'avoir des réponses». Il estime être de bonne foi dans tout le processus.
Luc Martel n'en démord pas. La lumière doit être faite sur les comptes de dépense du maire Beaudoin. Rappelons que le conseiller municipal s'est retiré du comité des finances de la ville en décembre dernier pour cette raison.
«J'ai posé des questions pour lesquelles je n'ai jamais eu de réponses claires. [...] Je suis conseiller municipal depuis 2005, et j'ai toujours cru qu'il fallait qu'un élu municipal soit au-dessus de tout soupçon, qu'il devait donner l'exemple et inspirer la confiance», explique le conseiller municipal.
Dans sa lettre, M. Martel rappelle également qu'il avait même tenté une rencontre avec la direction générale de la Ville pour régler la situation. 
«Ce fut une fin de non-recevoir», assure-t-il.
Cette demande de médiation soulève plusieurs questions dans l'esprit du conseiller qui assure qu'il désire poursuivre le processus en cours avec tout ce qui vient avec.
«On s'entend qu'il a tout intérêt d'étouffer ce dossier avant les élections, et surtout que je suis redevable envers la population et non envers l'image du maire», note Luc Martel dans sa lettre.
«Je n'ai rien à gagner moi. C'est mon intégrité», a-t-il ajouté.
Le maire de La Tuque, Normand Beaudoin, soutient pour sa part avoir accepté l'offre de médiation offerte par la CMQ. Il souhaite que le dossier se règle le plus rapidement possible, et la médiation permettrait de sauver des frais supplémentaires.
«On est rendu à plusieurs milliers de dollars de dépense. C'est pour une facture de 89$ tout ça. C'est la ville qui me défend. J'ai accepté la médiation. Je ne ferai pas plus de commentaires», a-t-il affirmé.
Normand Beaudoin a également confirmé qu'il avait demandé le huis clos s'il devait y avoir une audience. 
«Je ne veux pas qu'il sorte n'importe quoi là-dessus. Je ne veux pas perdre ma réputation pour une facture de 89$», a-t-il lancé.
«C'est carrément illogique»
«Le simple citoyen en perd certainement son latin là-dedans». Le conseiller municipal Luc Martel estime que bien des gens n'osent pas dénoncer des situations qui pourraient faire l'objet d'enquête à la Commission municipale du Québec en raison de la bureaucratie et des frais encourus par le plaignant. Il s'est adressé par écrit au ministre des Affaires municipales et de l'Occupation du territoire et ministre de la Sécurité publique, Martin Coiteux, afin que la situation change.
«J'ai payé de ma poche pour faire ma job de conseiller municipal pour dénoncer une situation grave. C'est carrément illogique. La personne qui n'est pas fortunée ne peut rien faire et je vous le dis, la personne est toute seule dans cette aventure comme dans mon cas. Je pense qu'il devrait sincèrement avoir un outil pour corriger cette situation qui ne donne sûrement pas aux gens l'envie de dénoncer. Ça fait juste mettre les citoyens encore plus en colère», écrit-il dans sa lettre.
Luc Martel va même plus loin, il propose concrètement des pistes de solutions «qui inciterait les gens à dénoncer des situations qui sont présentement impunies».
Il recommande une procédure en cinq points. La plainte écrite devrait être faite et documentée par le plaignant. Elle devrait par la suite être analysée par un conseiller en éthique. Si la plainte tient la route, elle devrait être assermentée et envoyée à la commission municipale. Si après l'analyse de la commission municipale, la plainte est recevable, la ville devrait payer le plaignant pour la facture de la consultation auprès du conseiller en éthique. Finalement, si le défendeur, «qui se fait payer un avocat aux frais des contribuables» est sanctionné par CMQ, il devrait rembourser tous les frais de sa défense à la municipalité.
«Si j'ai besoin d'un avocat, moi je dois le payer de ma poche, quand lui c'est un avocat de la Ville. C'est aberrant, non ?», a commenté M. Martel.
La lettre a été remise en copie conforme à la députée de Laviolette, Julie Boulet, et la ministre de la Justice, Stéphanie Vallée. Elle est datée du 28 avril, et Luc Martel attend toujours un accusé de réception.
Un combat difficile
Le combat est difficile pour Luc Martel, et ce, même s'il sent un appui de la population.
«Il n'y a pas beaucoup de ressource. Ça affecte ma femme, mes enfants, tout mon entourage. Je suis seul là-dedans, je n'ai pas d'appui mis à part mes amis proches et ma famille. Ce n'est pas évident. On n'est pas à Montréal ni à Québec ici. Tout le monde se connaît. Depuis le mois de décembre que ça dure...  Il n'y a pas une journée que je ne me fais pas parler de cette histoire-là».
Luc Martel se sent même par moment le mouton noir parmi les élus, mais pas question de lâcher le morceau. La lumière doit être faite.
«Je l'ai déjà dit quand tu rentres à l'hôtel de ville tu deviens amnésique. À l'heure actuelle, moins je me présente à l'hôtel de ville, mieux c'est pour moi parce que je veux me rappeler de ce que j'ai fait et de ce que j'ai dit».
Audience en septembre
La date de l'audience n'a toujours pas été fixée dans le dossier de Normand Beaudoin. Toutefois, on apprend dans une lettre de la CMQ que les audiences pourraient avoir lieu en septembre que la décision devrait pouvoir être transmise le 21 décembre 2017.