Le CIUSSS MCQ a fait le point, lundi, relativement au décès nébuleux d’un octogénaire à la suite d’une chute au CHSLD Roland-Leclerc. On voit sur la photo, Carol Fillion, président-directeur général du CIUSSS et Sébastien Rouleau, directeur du programme de soutien à l’autonomie de la personne âgée.

Enquête du CIUSSS sur la mort de Guy Bastien: «Un événement malheureux»

TROIS-RIVIÈRES — Sous le feu des critiques à la suite de la mort d’un octogénaire cette fin de semaine, le Centre intégré universitaire de la santé et des services sociaux de la Mauricie et du Centre-du-Québec (CIUSSS MCQ) est venu s’expliquer devant les médias, lundi après-midi. S’il n’a pas précisé la trame des événements pour une question de confidentialité, son président et directeur général, Carol Fillion, a assuré que toute la lumière sera faite sur ce drame.

«Pour moi, c’est vraiment un événement malheureux qui s’est produit cette fin de semaine, et nous allons mettre tout en place pour que de tels événements ne se produisent pas, et qu’on puisse connaître réellement ce qui s’est passé ce week-end dans notre CHSLD. Je veux aussi vous assurer de toute la transparence et de la collaboration avec l’ensemble des intervenants qui viendront faire enquête chez nous», a affirmé M. Fillion.

Rappelons que Guy Bastien, 82 ans, est mort, cette fin de semaine, à la suite d’une chute survenue, vendredi soir, au Centre d’hébergement de longue durée (CHSLD) Roland-Leclerc de Trois-Rivières. Sa famille soutient qu’il est tombé après une altercation avec un agent de sécurité, ce que nie son employeur. L’homme atteint d’Alzheimer aurait subi une fracture du crâne et une hémorragie cérébrale. Informé de l’accident, son fils, Marc Bastien, l’a retrouvé couvert de sang et de vomi dans sa chambre. Il a alors contacté le 911 pour que son père soit amené à l’hôpital.

Tous les événements entourant ce décès seront analysés, soutient le CIUSSS, que ce soit les actions posées sur le plan clinique ou les protocoles prévus dans ce genre de situation. «Je suis convaincu que tout le monde devrait mourir en tenant la main de quelqu’un qu’il aime [...]. C’est donc avec beaucoup, beaucoup de sérieux qu’on a commencé à analyser la situation actuelle. Je tiens à vous dire que chaque personne qui a été soit un acteur ou un témoin des événements qui se sont produits cette fin de semaine sera rencontrée», soutient M. Fillion.

Des changements seront ensuite apportés si cela est jugé nécessaire. «Cette analyse va nous permettre d’établir un plan d’action promptement, s’il y a lieu d’apporter des correctifs et de bien connaître ce qui s’est passé», explique le pdg.

Guy Bastien a été transféré au CHAUR à la suite des événements survenus vendredi et est décédé dimanche matin.

En plus de l’enquête interne du CIUSSS, la coroner va se pencher sur ce dossier.

Des enquêtes qui permettront sans doute de faire la lumière sur bien des questions qui sont pour l’instant sans réponse notamment celles sur l’intervention de l’agent de sécurité et sur sa formation. «Il y a une formation de base. Est-ce que cette formation est suffisante? Est-ce qu’elle donne suffisamment d’outils pour faire le travail avec la population qui habite aujourd’hui dans nos CHSLD? Grâce à notre analyse, on sera en mesure de répondre à cette question. Ça fait partie des interrogations pour lesquelles on souhaite obtenir des réponses», mentionne M. Fillion.

Pourquoi M. Bastien n’a-t-il pas été conduit au centre hospitalier avant l’intervention de son fils? Ne pouvant commenter ce cas précis, M. Fillion explique que de façon générale, les gens en situation de fin de vie veulent habituellement demeurer dans le milieu où ils habitent et que le CHSLD est un lieu où les soins de confort peuvent être prodigués. «Un CHSLD est aussi un endroit où on peut prodiguer les soins de confort et les soins d’accompagnement à la fin de la vie. Le centre hospitalier est vraiment un endroit où on va pour des soins aigus.»

Mais le fils de Guy Bastien a retrouvé son père seul dans sa chambre et en piètre état. Sa mère a été appelée vendredi soir pour l’informer de la chute. Un médecin lui aurait indiqué de ne pas s’en faire et que M. Bastien allait être surveillé de près. Il n’était pas question de fin de vie à ce moment-là. Est-ce que la famille a eu l’heure juste? «C’est justement ce que l’analyse va nous révéler: qu’est-ce qui a été fait avec la famille», précise M. Fillion.

En plus de la sortie du CIUSSS, la ministre de la Santé et des Services sociaux, Danielle McCann, a commenté l’événement à Radio-Canada, en marge d’une conférence de presse. Elle a insisté sur l’importance de la formation. «Il faut s’assurer que tout le monde a la formation pour intervenir auprès d’une clientèle qui, par exemple, souffre d’Alzheimer.» Les propos sont les mêmes du côté de sa collègue Marguerite Blais, ministre responsable des Aînés et des Proches aidants. «Nous prenons la situation très au sérieux. Une enquête interne est déjà en cours et si des correctifs doivent être apportés, soyez assurés qu’ils le seront. Nous sommes bien au fait que 80 % de la clientèle qui est hébergée en CHSLD est atteinte de la maladie d’Alzheimer ou de troubles neurocognitifs majeurs, et qu’il est essentiel que les intervenants soient formés pour interagir avec ces personnes», a-t-elle indiqué par écrit. Une politique d’hébergement et de soins de longue durée est d’ailleurs en train d’être élaborée par le gouvernement. Pour ce qui est de l’embauche de personnel, Mme McCann assure que des avancées ont été faites cette année.

Quant aux proches de M. Bastien, ils espèrent que les enquêtes mèneront à des mesures concrètes pour que personne d’autre ne vive le cauchemar dans lequel ils sont plongés depuis vendredi soir. «Est-ce que réellement ça va être fait? Je le souhaite. [...] Je le souhaite réellement non pas pour ma famille parce qu’il est trop tard, mais pour au moins les autres», confie Marc Bastien.

Ce n’est pas la première fois que le réseau de la santé est sous le coup d’une enquête à la suite d’un décès qui amène bien des questions. «On n’est pas les premiers. Il faut que ça arrête», espère M. Bastien.