Luc Désaulniers, directeur général du Parc de l’Île-Melville, Sylvie Gervais, directrice générale de la coopérative Enfant Nature et Marie-Louise Tardif, députée de Laviolette - Saint-Maurice.

Enfant Nature poursuit sa croissance

SHAWINIGAN — Comme directrice générale du Parc de l’Île-Melville, Marie-Louise Tardif fait partie des premiers partenaires qui ont cru à la mission d’Enfant Nature. Elle poursuit son soutien à titre de députée de Laviolette - Saint-Maurice, en annonçant une aide financière de 15 500 $ pour développer du matériel éducatif et défrayer un nouveau lieu d’entreposage.

La plus importante partie de cette subvention provient du budget discrétionnaire du ministre des Forêts, de la Faune et des Parcs, Pierre Dufour. À titre d’adjointe parlementaire, Mme Tardif a sensibilisé son collègue à l’importance et à l’originalité de la mission d’Enfant Nature. M. Dufour a répondu avec une subvention non récurrente de 15 000 $ et la députée de Laviolette – Saint-Maurice a ajouté 500 $ à même son budget discrétionnaire pour compléter l’enveloppe.

La coopérative Enfant Nature existe depuis 2015. Grâce à la collaboration de la Commission scolaire de l’Énergie, du Parc de l’Île-Melville et de centres de la petite enfance comme Le Pipandor, pas moins de 1300 jeunes ont connu les bienfaits de l’immersion au grand air depuis près de cinq ans.

«Quand Sylvie (Gervais) est arrivée à mon bureau du Parc de l’Île-Melville il y a environ cinq ans, elle avait un rêve un peu fou», raconte Mme Tardif. «Elle voulait reconnecter les jeunes enfants avec la nature. Je voulais bien qu’elle vienne au parc, mais je voulais que les enfants apprennent dans la forêt, qu’un transfert de connaissances scientifiques soit fait.»

Le projet a évolué, les besoins se sont accentués, d’où le soutien annoncé jeudi matin. Pendant l’année scolaire en cours, pas moins de 23 écoles ont embarqué avec Enfant Nature.

«Nous voulons devenir le noyau central de formation, le modèle de la province», s’enthousiasme la députée.

Initiatrice du projet, Sylvie Gervais peut discourir pendant des heures sur les bienfaits de ces classes au grand air. Le Parc de l’Île-Melville lui offre un environnement exceptionnel, très accessible en raison de sa proximité avec le centre urbain. Elle s’est associée à des chercheurs de l’Université du Québec à Trois-Rivières pour documenter les bénéfices de son initiative.

«Plus on part tôt les enfants dans cette approche, plus les transferts d’apprentissage sont faciles», fait remarquer Mme Gervais. «Nous avons commencé avec les 4-6 ans et depuis un an, nous avons un projet pilote avec les 2-3 ans et les 7-8 ans.»

Depuis deux ans, des éducateurs et des enseignants sont formés à l’approche d’expérience en interaction avec la nature.

«C’est plus que jouer dehors», explique Mme Gervais. «Il y a tout un apprentissage. Nous allons de l’éveil à la lecture à l’éveil en mathématique. Ils apprennent beaucoup de mots, ils sont curieux en nature. Le langage se développe!»

L’initiative vise aussi à contrer l’attitude de plus en plus sédentaire des jeunes et les risques pour la santé qui s’ensuivent.

«L’approche en plein air aide au développement moteur», assure Mme Gervais. «Dans ses fonctions exécutives, l’enfant apprend d’abord parce qu’il est en mouvement. L’idée où les enfants peuvent se dépasser à leur rythme fait en sorte qu’ils apprennent sur eux et sur les autres de façon très différente.»

La directrice générale de la coopérative s’avance plus loin sur les conséquences de cette immersion dans la pensée critique de ces petits êtres en développement.

«Scientifiquement, il est prouvé que si les enfants n’ont pas cette connexion avec la nature, ça ne fera pas de sens, pour eux, de la protéger», fait-elle remarquer. «C’est grave!»

Le développement du matériel passera par divers objets recyclés pour en faire une boîte éducative. La collaboration de la Ville de Shawinigan devrait également permettre à Enfant Nature de bénéficier d’un nouveau pavillon sur l’île Melville, du côté de la Cité de l’énergie. Jusqu’à maintenant, Mme Gervais se débrouillait avec les anciennes installations pour les chevreuils.

«Ce n’est plus assez grand et un peu désuet», mentionne-t-elle. «Nous avons déposé au gouvernement une demande de subvention pour créer un nouveau pavillon Enfant Nature.»

La coopérative développe également de nouveaux volets culturels, avec les autochtones et des enfants immigrants de l’école Immaculée-Conception.

Luc Désaulniers, actuel directeur général du Parc de l’Île-Melville, n’a pas réfléchi bien longtemps sur la pertinence de poursuivre cette association à son arrivée, en 2019. «C’est essentiel de connecter les jeunes avec la nature», déclare-t-il. «Au secondaire ou même tard au primaire, on dirait qu’il est trop tard. Ça amène aussi une relève pour la protection de l’environnement. Nous sommes très fiers à nous associer au projet pour encore de longues années.»

Un retour un peu émotif pour la députée

Officiellement inauguré en décembre, le nouveau pavillon de la Station plein air Val-Mauricie n’avait toujours pas été visité par la députée de Laviolette - Saint-Maurice avant jeudi, elle qui a pourtant passé tous ses hivers sur ce site entre 2006 et 2017.

Les lieux sont gérés par le Parc de l’Île-Melville, dirigé par Marie-Louise Tardif pendant une douzaine d’années. Dès son arrivée à l’Assemblée nationale, elle a vu la commissaire à l’éthique et à la déontologie du Québec procéder à une vérification, à la demande du Parti libéral du Québec, sur deux éléments. 

Le PLQ voulait savoir si Mme Tardif pouvait combiner sa fonction d’élue avec sa volonté d’accompagner le conseil d’administration dans la transition vers la nouvelle direction générale, en étant rémunérée comme consultante. Une histoire d’entreposage de meubles de l’ancien bureau du comté de Laviolette au Parc de l’Île-Melville alimentait aussi les suspicions. Mme Tardif n’a finalement reçu aucune sanction de la commissaire à l’éthique. Ariane Mignolet réitérait toutefois l’importance de l’existence d’une «frontière étanche en présence de l’exercice d’une fonction parallèle à la charge de député».

Dans ce contexte, Mme Tardif garde une saine  distance avec le Parc de l’Île-Melville. Mais jeudi, la conférence d’information de la coopérative Enfant Nature était présentée au nouveau pavillon du centre de glisse Val-Mauricie. 

«Ça fait un petit quelque chose», avoue Mme Tardif. «Il y a une partie de moi qui est ici. J’étais ici à toutes les fins de semaine de ma vie pendant l’hiver durant douze ans. Combien de parents m’ont demandé de donner des cours de ski? C’est touchant. C’est un bel endroit, où j’ai de beaux souvenirs.»

Mme Tardif ne cache toutefois pas une petite réserve au sujet de cette reconstruction.

«Personnellement, je trouve que c’est un très beau chalet, mais qu’il est trop petit par rapport aux besoins que nous avions, quand nous recevions 400 enfants. Avec deux étages, nous étions complets.»