Louise Boisvert et Lynda Mailloux devant le CHSLD Laflèche.

Émouvant cri du coeur

Lorsqu'elle voit le slogan du Centre de santé de l'Énergie, «Être humain», Lynda Mailloux a la rage au coeur. Son père est entré au CHSLD Laflèche du secteur Grand-Mère, au début du mois de février dernier, atteint de maladies chroniques qui lui ont fait perdre son autonomie.
Depuis, rien ne va plus et il n'y a absolument rien d'humain dans ce que vit cet homme. C'est qu'il n'y a pas assez d'employés pour soigner les résidents de l'unité S où il est logé.
«Le personnel fait tout son possible. Je dirais même que le personnel a grandement besoin d'être valorisé», répétera maintes fois Mme Mailloux avec insistance tout au long de l'entrevue. «Le problème, ce n'est pas le personnel. Le problème, c'est qu'il n'est pas assez nombreux.»
La mère de Louise Boisvert, est elle aussi résidente de l'unité S. Encore très lucide, mais prisonnière elle aussi d'un corps qui ne répond plus, la dame menace souvent d'aller se jeter dans la rivière Saint-Maurice, même si elle ne marche plus, parce qu'elle manque de soins, mais aussi parce que la nourriture lui paraît si mauvaise qu'elle n'arrive pas à l'avaler. Et on ne lui offre rien d'autre si elle ne mange pas ce que contient son cabaret. «Je lui fais souvent des repas pour qu'elle mange», raconte Mme Boisvert. «Pourtant, on donne du filet mignon aux gens qui sont en prison», déplore-t-elle avec amertume.
«Ma mère pleure. Je ne l'avais jamais vue pleurer avant. Elle n'est pas bien. Elle veut s'en aller. Elle veut mourir», dit-elle. «Ça fait mal.»
Cette dernière a constaté que si sa mère fait ses besoins vers la fin du quart de travail des employés, on a à peine le temps de la changer, mais on n'a plus le temps d'utiliser le lève-personne pour la faire asseoir.
Les plaies de lit se sont installées. Tout comme M. Mailloux, il lui arrive de passer 24 heures sans être déplacée de son lit.
Visiblement épuisée, Lynda Mailloux, elle, n'arrive plus à dormir, sachant dans quelle situation son père se trouve. Plusieurs membres de la famille se relaient pour aller le faire manger puisqu'il est incapable de porter lui même la nourriture à sa bouche. Si personne de la famille n'y va, le plateau reste intact et son père reste affamé. Étant diabétique, il se retrouve donc souvent en hypoglycémie le matin parce qu'il n'a pas mangé la veille si la famille n'a pas pu y aller.
«Et puis, comment tu fais pour faire tes besoins couché?», questionne-t-elle, révoltée par l'ensemble de l'oeuvre.
«A-t-il droit à un bain par semaine? Les deux semaines d'avant, il n'en a pas eu. Il lui ont dit: M. Mailloux, c'est l'heure de votre bain. Il a dit: Non, non, demain. Ils m'ont dit que mon père refusait. C'est sûr, ça leur enlève de l'ouvrage. Mais je ne les blâme pas. Ils n'ont pas de temps», constate Mme Mailloux.
«Ils n'ont pas le temps de s'obstiner avec eux autres», renchérit Mme Boisvert.
Dans les deux cas, ces femmes constatent que leurs parents ne se plaignent pas, ni eux, ni personne dans l'unité S d'ailleurs. «Ils ont peur», affirment-elles.
Les deux dames sont donc allées rencontrer la commissaire aux plaintes, Suzanne Lévesque, vendredi matin. Au Centre de santé et de services sociaux de l'Énergie, la responsable des communications, Lucie Lemire, indique que l'établissement ne peut commenter lorsque des plaintes sont logées à ce niveau.
Lynda Mailloux est aussi allée rencontrer la députée de Laviolette, Julie Boulet, qui l'a reçue pendant une heure à ce sujet.
La députée et ancienne ministre raconte avoir reçu une autre plainte de ce genre, au cours des derniers jour, pour la même chose.
Mme Boulet affirme n'avoir jamais vu de situation comme celle-là au cours de ses 12 années de carrière politique. «Ma mère est restée sept ans dans un CHSLD et c'est la première fois que je reçois des cris du coeur dans ce sens-là aussi aigus, aussi criants», dit-elle.
«On a coupé, mais on n'a peut-être pas coupé à la bonne place», constate-t-elle. 
«C'est totalement inacceptable, c'est un manque de respect et une atteinte à la dignité de nos personnes âgées sans considérer qu'un jour, ce sera notre tour», fait-elle valoir.
«On me dit que l'année passée, il y a eu des coupures de près d'un demi-milliard $ dans le réseau de la santé. Dans le budget de cette année, Nicolas Marceau a annoncé 3 % d'augmentation dans le réseau de la santé. Mais juste pour maintenir la situation à niveau, juste pour faire ce qu'on fait là, sans ajouter ni plus ni moins, il faut 5 % d'augmentation par année. Donc quand on annonce 3 % par année d'augmentation, ça veut dire qu'automatiquement, il y a des réductions de services», explique la députée. Et ce 3 %, ça représente 600 millions $ de réductions dans le système de la santé», explique-t-elle.
«Il faut qu'on en prenne conscience parce que ça se traduit comme ça sur le terrain», constate la députée libérale.
Très connue dans son milieu, Lynda Mailloux n'entend pas laisser les choses pourrir. Si rien ne change dans un délai raisonnable, elle a la ferme intention d'organiser une manifestation afin d'obliger le gouvernement à investir les ressources nécessaires au bien-être des aînés en CHSLD. Elle souhaite d'ailleurs que les candidats aux élections profitent de leur campagne pour s'engager à agir dans ce sens.