Simone Garo doit porter un bandage sur son œil gauche afin de la protéger à la suite d’une des 28 opérations qu’elle a subies pour reconstruire son visage.

Elle reste sur ses gardes face à la SAAQ

Trois-Rivières — La sortie publique de Simone Garo, qui peine à être indemnisée après avoir été victime d’un accident de la route en 2004, a fait réagir la Société de l’assurance automobile du Québec (SAAQ), lundi, qui lui a promis un traitement rapide de son dossier. Des paroles que la femme de 32 ans peine à croire.

«J’ai parlé à la coordonnatrice, qui m’a demandée comment j’allais. Elle m’a dit qu’on allait tout faire pour faire avancer le dossier et regarder avec l’agent pour avoir une réponse cette semaine. Le ton était différent qu’à l’habitude, mais je me méfie. La SAAQ a vu ma sortie dans les médias. La dame avec qui j’ai parlé avait l’air plus sensible, c’est la première personne avec qui je parle qui l’est. J’aimerais être heureuse, mais je reste sur mes gardes.»

L’expérience passée de Mme Garo la force en effet à émettre de sérieux doutes quant à la possibilité d’un règlement rapide. En 2004, à l’âge de 18 ans, elle s’était endormie au volant sur l’autoroute 55 à Saint-Wenceslas, Un accident qui a failli lui coûter la vie. Son visage a été fracturé en de multiples endroits. Depuis, 28 chirurgies ont été nécessaires afin de reconstruire son visage, un processus qui n’est pas encore terminé. Sous la recommandation de ses médecins, elle n’a pas été en mesure de recommencer le travail, mais la SAAQ refuse toutefois de l’indemniser depuis un an et demi.

C’est le délai d’attente entre la dernière chirurgie, effectuée le 4 décembre, et un règlement qui a poussé Simone Garo à effectuer sa sortie dans les pages du Nouvelliste, lundi. Le porte-parole de la SAAQ, Mario Vaillancourt, explique toutefois qu’il était impossible pour la Société de rendre un verdict pour l’instant. «Nous devons faire un lien entre les changements de la santé de la personne et de l’accident. Une visite médicale était prévue aujourd’hui (lundi), alors nous sommes en attente de ce suivi pour analyser la demande par la suite. Elle a été rejointe par nous aujourd’hui pour parler du suivi de son dossier. À ce jour, dans le dossier de madame, une somme de 341 000 $ a été versée.»

Des propos que ne partage pas Mme Garo. «Ce rendez-vous a rapport avec l’accident, mais la SAAQ n’avait pas à attendre après, ce n’était qu’un suivi. Ils avaient déjà les rapports principaux en main. C’est du gros n’importe quoi. Ils n’essaient que de se défendre. Ça n’a aucun sens et ils sentent que la soupe est chaude. Je sais qu’ils vont se revirer pour m’attaquer et trouver une faille, mais moi aussi, je vais en trouver.»

C’est cette lourdeur bureaucratique que Mme Garo dénonce. Chaque année, les agents d’indemnisation se succèdent et tout est à recommencer, ce qui cause des délais interminables dû à l’épaisseur de son dossier. «On se fait poser plein de questions qui sont pourtant dans les rapports. Je trouve qu’ils cachent beaucoup de choses parce qu’ils veulent sauver de l’argent. Encore lundi, la SAAQ ne savait pas si c’était un homme ou une femme qui allait s’occuper de mon dossier. Je ne peux pas croire que ç’a encore changé. On arrive en février. Ça n’a pas de sens. Je garde espoir, mais j’ai beaucoup de misère à croire ce que l’on me dit.»

Le processus juridique se poursuit

Malgré la main tendue par la SAAQ lundi, Simone Garo n’a pas l’intention de mettre de côté les procédures juridiques entamées afin de récupérer le salaire qui ne lui a pas été versé depuis le 29 juillet 2016, quand on lui a indiqué qu’elle pouvait travailler comme téléphoniste. La cause devant le tribunal administratif a été remise en 2018 après une demande de report de la partie demanderesse à la suite d’un changement d’avocat à l’été 2017. 

«C’est sûr et certain qu’il n’est pas question que j’arrête mes démarches. Il faut que ça change. Ce n’est pas juste pour moi. J’ai eu beaucoup de messages aujourd’hui d’accidentés de la route qui sont passés par ce que je vis. Ils me comprennent parce qu’ils ont été obligés de se battre eux aussi. Il y a quelque chose qui doit changer», conclut celle qui subira une 29e opération au visage dans quelques semaines, afin de soulager ses nombreuses migraines qui pourraient être causées par les multiples plaques et vis utilisées pour la reconstruction.