Sur la photo: Léon Balcer, député fédéral de Trois-Rivières et solliciteur général, Maurice Duplessis, député de Trois-Rivières et premier ministre du Québec, Étiennette Duplessis Bureau, la soeur du premier ministre, la reine Élisabeth II, Mme Paradis, épouse du maire, Laurent Paradis, maire de Trois-Rivières, et le prince Philip.

Élisabeth II était de passage à Trois-Rivières il y a 60 ans

Trois-Rivières — Il y a 60 ans, Trois-Rivières vivait un événement hors du commun en recevant la visite de la reine Élisabeth II.

La reine s’est arrêtée durant environ une heure dans la capitale régionale le 24 juin 1959, alors qu’elle était en visite au Canada durant 39 jours afin d’inaugurer la voie maritime du Saint-Laurent. Elle s’est rendue notamment à Québec, à Montréal, en Ontario et a fait une escale du côté des États-Unis.

Le premier ministre Maurice Duplessis accueille la reine Élisabeth II et le prince Philip. Le député fédéral, Léon Balcer, est présent.

Afin de marquer le coup, la reine a navigué à bord du yacht Britannia sur la voie maritime et c’est avec ce moyen de transport qu’elle est arrivée en ce matin de la fête de la Saint-Jean-Baptiste.

«Trois-Rivières est une ville-étape importante. Depuis le régime français, quand un grand personnage voyage et passe par Trois-Rivières, il arrête. Traditionnellement, il arrêtait au port parce que la circulation se faisait par le fleuve. À partir du moment où on a la gare, les personnalités arrêtent à la gare pour saluer la foule, des fois pour faire un tour de ville. Quand la dame souveraine arrive ici en 1959, elle renoue avec la vieille tradition d’arriver par voie maritime. C’est normal parce qu’il y a le grand yacht Britannia qui fait partie des ressources de la royauté et elle est ici pour inaugurer la voie maritime du Saint-Laurent. Elle est mieux de donner l’exemple elle-même et d’arriver par bateau», sourit François Roy, vétéran des communications, en rappelant que certains entrepôts du port avaient été maquillés afin de donner un meilleur coup d’œil lors de l’arrivée de la reine.

La reine Élisabeth II est arrivée par bateau au port de Trois-Rivières.

Maurice Duplessis, député de Trois-Rivières et premier ministre du Québec, s’assure d’accueillir la reine en compagnie notamment du maire Laurent Paradis, du député fédéral Léon Balcer et du sénateur Léon Méthot.

La venue du Britannia fera grand bruit, c’est le cas de le dire. Yves Dufresne, neveu par alliance de Maurice Duplessis, se souvient d’avoir assisté à l’arrivée «fracassante» du bateau au port de Trois-Rivières, lui qui habitait sur la terrasse Turcotte, directement en face du port.

La reine Élisabeth II et le prince Philip ont parcouru quelques rues de Trois-Rivières durant leur visite.

«La reine voulait faire les choses en grand, mais le prince Philip ne prenait pas ça au sérieux. Il avait demandé d’accoster le Britannia et il est entré dans le quai! Il a brisé le quai et il a brisé le Britannia assez pour que ça dérange l’arrivée. On était sur le toit du solarium (pour voir arriver le bateau) et la maison a branlé!», raconte, amusé, M. Dufresne.

Jacques Gingras, journaliste retraité du Nouvelliste, a participé à la venue d’Élisabeth II en tant que membre de la marine canadienne. Il était à bord d’un des quatre navires qui escortaient le Britannia sur le fleuve, deux bateaux à sa gauche et deux bateaux à sa droite, et toute l’équipe devait respecter le protocole.

La visite de la reine Élisabeth II a attiré de nombreux curieux.

«Elle n’avait pas le droit de nous voir en habit de travail! Il fallait toujours circuler sur le pont du côté opposé à la reine quand on l’escortait sur le fleuve. Mais quand on est arrivé à Trois-Rivières, on était habillé en blanc, on était sur les ponts et elle est descendue avec une haie d’honneur.»

Yves Dufresne n’a pas assisté à la cérémonie réservée à la reine Élisabeth II. Mais il se souvient que sa belle-mère, Étiennette Duplessis Bureau était très fébrile à l’idée de rencontrer la souveraine.

Yves Dufresne

«Maurice et ma belle-mère recevaient la reine sous un chapiteau, avec le maire, le sénateur et Léon Balcer. De ce que la famille disait, la reine était charmante et resplendissante de jeunesse. Ça avait été un événement important. Il y avait des milliers de personnes, car sa visite avait été annoncée.»

Les 325 ans de Trois-Rivières

Trois-Rivières profite de la présence d’Élisabeth II pour ajouter une inscription au monument du Flambeau soulignant les 325 ans de la fondation de la ville. C’est la reine qui dévoile l’inscription. Une cérémonie entoure cet événement marqué par les discours des politiciens de l’époque.

François Roy

La reine ne fera pas que débarquer du bateau et serrer quelques mains avant de retourner sur le Britannia. Elle effectuera un court périple en passant entre autres par la rue Bonaventure, le boulevard Saint-Louis et la rue Laviolette avant de revenir au port.

Cette visite sera brève, mais beaucoup plus longue que celle effectuée 20 ans plus tôt par le père d’Élisabeth II, George VI.

Jacques Gingras

«Elle va essayer de faire mieux que son père qui avait fait un stop and go. En 1939, il faisait une grande tournée de l’Empire britannique pour préparer ses sujets à la guerre qui était proche. Il avait fait un arrêt de 15 minutes ici à la gare. Les gens étaient restés sur leur appétit», observe François Roy.

Selon ce dernier, cette visite de la reine fait partie des dernières effectuées par des personnalités, si on excepte le pape Jean-Paul II en 1984 et celle du général Charles de Gaulle en 1967.

«Il y a eu plusieurs visites de personnages importants, rappelle M. Roy. Lord Durham s’est arrêté à Trois-Rivières entre les deux insurrections (les rébellions des patriotes en 1837 et en 1838). On a eu ici des gens qui avaient des ambitions sur la couronne de France: le comte de Paris, le duc d’Orléans. La visite de la reine est une visite qu’on peut appeler symbolique. Dans la mesure où la monarchie est un concept un peu creux, ça a eu moins d’impact que quand le général de Gaulle est venu parler de l’ambiance de la libération et a couronné sa tournée à Montréal en disant: "Vive le Québec libre". Il y avait un impact certain sur les consciences et dans l’actualité. Il y avait une intervention à caractère politique.»

Élisabeth II n’a plus visité Trois-Rivières depuis. À vrai dire, ces tournées en sol québécois ont été rares. Elle est à Québec en 1964, en pleine effervescence du mouvement nationaliste québécois. Le 10 octobre, policiers et manifestants s’affrontent devant l’Assemblée nationale en plein cœur d’un discours prononcé par la souveraine. C’est le samedi de la matraque.

La reine Élisabeth II est à Montréal en 1967 afin de visiter l’Exposition universelle et y revient en juillet 1976 afin d’inaugurer les Jeux olympiques. Le dernier passage d’Élisabeth II en territoire québécois remonte à octobre 1987. Elle est depuis revenue au Canada, mais en contournant le Québec.

Une courte visite soulignée en grand

La visite d’Élisabeth II en 1959 est un événement qui sort de l’ordinaire pour Trois-Rivières. La capitale de la Mauricie avait reçu son père, le roi George VI en 1939. Vingt ans plus tard, cette visite sera soulignée à grand trait, notamment par Le Nouvelliste qui en fait une couverture importante durant les jours ayant précédé et ayant suivi la visite du 24 juin 1959.

Plusieurs articles seront publiés sur le sujet, notamment l’horaire complet de la visite royale qui dure environ une heure. Le Nouvelliste publie l’intégralité de l’allocution de bienvenue du maire Laurent Paradis.

«Votre Majesté est témoin de la fierté et de la joie émue de toute notre population, et même de la région, réunie en ce lieu pour souhaiter la plus sincère comme la plus respectueuse bienvenue à notre admirée souveraine, ainsi qu’à son digne époux. Cette terre est ouverte à la civilisation depuis 1535 quand Jacques Cartier en prit possession au nom du Roi de France. Même si notre ville a la réputation d’être la plus française du monde, avec une population de plus de 96 % originaire des provinces de France, nous sommes heureux de pouvoir vous dire, Madame, que vous n’en trouverez peut-être pas de plus fidèle et de plus profondément dévouée à Votre Majesté», déclare M. Paradis, maire de Trois-Rivières de 1955 à 1960.

Dans un style d’écriture qui trahit son époque, un article fait référence au présent offert à Élisabeth II et qui est «partiellement fabriqué de bouleau, l’arbre divin des Peaux-Rouges». En fait, Trois-Rivières remet à la reine un livre portant sur les faits saillants de son histoire. «Chaque page intérieure sera une feuille de la mystérieuse écorce de bouleau sur laquelle seront rappelés l’époque des Indiens et les exploits des coureurs de bois de Trois-Rivières», publie Le Nouvelliste dans son édition du 12 juin 1959.
La Ville de Trois-Rivières et des entreprises d’ici achètent de pleines pages de publicité dans

Le Nouvelliste afin de saluer l’arrivée de la reine et du prince Philip, duc d’Édimbourg. Les caméras de la station CKTM-TV sont sur place pour prendre des images de cette visite royale.