Francis Desrochers, épicier propriétaire du IGA des Chenaux Famille Paquette.

Élimination des sacs en plastique: un IGA en Mauricie a pris les devants

Trois-Rivières — Le détaillant Sobey’s annonçait cette semaine l’élimination des sacs en plastique de ses 255 magasins d’ici janvier 2020. À Trois-Rivières, le nouveau IGA des Chenaux famille Paquette a pris le taureau par les cornes avant sa maison-mère lors d’un projet-pilote qui s’est amorcé le 22 avril dernier, Jour de la Terre. L’épicier propriétaire, Francis Desrochers, parle d’un franc succès de cette opération qui se poursuit depuis, au plus grand plaisir de sa clientèle.

Cette clientèle, composée principalement de jeunes familles, n’est pas laissée à elle-même face à cette initiative, toutefois, indique le propriétaire du IGA de la rue des Alpes.

Il arrive en effet trop souvent qu’on oublie nos fameux sacs réutilisables à la maison ou dans la voiture. Au moment de passer à la caisse, des sacs de papier, donc compostables et recyclables, sont offerts pour dépanner les oublieux. Pour les sacs ordinaires, c’est 5 sous, un montant que l’on paierait de toute façon pour un sac en plastique. «On a pensé également à faire venir des sacs en papier avec des poignées pour les gens à vélo ou à pied», précise le commerçant. Dans ce cas, c’est 25 sous.

Grâce à cette simple mesure, pour ce seul magasin, rien de moins que 360 000 sacs en plastique ne se retrouveront plus dans l’environnement ou dans les lieux d’enfouissement. L’autre IGA de la famille Paquette, boulevard des Forges, s’apprête également à faire doucement le virage.

Anne-Hélène Lavoie du service des communications chez Sobey’s a indiqué au Nouvelliste que pour l’île de Montréal, la mesure environnementale qui s’amorcera dans un mois permettra d’éliminer 12 millions de sacs de plastique, soit l’équivalent en poids de 242 tonnes. Pour tous les commerces Sobey’s, cela représente 225 millions de sacs.

La chose arrive à point, car il y a quelques jours, la Régie de gestion des matières résiduelles de la Mauricie annonçait qu’elle n’était plus en mesure de conserver les sacs de plastique dans la liste de matières admises dans notre bac de recyclage domestique. Dans la région, cette pellicule représentait 3 % du contenu du bac bleu.

Les sacs en plastique ne trouvent pas preneurs sur le marché du recyclage en ce moment et cette problématique dépasse largement la Mauricie. Ce n’est pas tout de récupérer, en effet, il faut aussi des industries capables de donner un second souffle à la matière. Or, la Régie affirme avoir fait, mais sans succès, «de nombreuses tentatives pour trouver une filière de recyclage ou même de valorisation énergétique.»

Les sacs de plastique à la caisse ne sont toutefois qu’une partie du problème. Il y a aussi ces fameux sacs à usage unique qui se trouvent au rayon des fruits et légumes.

À ce chapitre, Sobey’s a lancé, il y a quelque temps, des filets réutilisables pour les remplacer au coût de 8 $ pour un paquet de quatre.

Francis Desrochers constate que la question environnementale préoccupe de plus en plus de gens. «Il n’y a pas une semaine sans que des clients me parlent de suremballage», dit-il.

L’homme d’affaires avoue que son commerce étudie de près, en ce moment, ce qui pourrait être fait pour remédier à la situation. C’est que l’idée de laisser les clients apporter leurs propres contenants pour y faire mettre des produits comme du poisson frais, par exemple, pourrait poser un problème de salubrité autant pour le client que pour le commerce si les contenants en question ne sont pas aussi propres que nécessaire.

Il existe aussi une problématique, celle du gaspillage alimentaire, souligne Francis Desrochers, que les épiceries essaient de contourner en emballant les légumes dans des pellicules de plastique afin d’en préserver la fraîcheur.

Par exemple, des courgettes offertes aux clients à l’air libre, dans des paniers, se conservent deux fois moins longtemps que lorsqu’elles sont mises en vente à l’abri de l’air dans une pellicule de plastique, dit-il.

Au cours du récent Forum Innovation sur la bioéconomie, en juin, à Trois-Rivières, le directeur d’Innofibre, Jean-Philippe Jacques, est venu donner à son auditoire un avant-goût de solutions innovantes et efficaces qui permettront de remplacer le plastique. Ces nouveaux emballages seront faits à partir de fibre cellulosique, la même fibre qu’on emploie pour faire du papier.

La création d’agents barrières au gras et à l’eau fait partie de ces recherches qui apportent des solutions, sans jeu de mots, emballantes pour l’environnement. Innofibre, ce centre collégial de transfert technologique où œuvrent des chercheurs du Cégep de Trois-Rivières et de l’Université du Québec à Trois-Rivières, travaille également à la création de papiers d’emballage alimentaires plus performants que leur contrepartie en plastique.