Marie-Josée Tardif, coordonnatrice adjointe de COMSEP.
Marie-Josée Tardif, coordonnatrice adjointe de COMSEP.

Élèves en difficulté: 1000 heures à rattraper

Brigitte Trahan
Brigitte Trahan
Le Nouvelliste
TROIS-RIVIÈRES — Mille heures. En termes de stimulation, c’est ce que reçoivent les enfants, en moyenne, à la maison, avant leur entrée à la maternelle. Ils savent déjà reconnaître bien des choses, comme des lettres et des chiffres et savent même que l’on écrit de gauche à droite. Malheureusement, ce n’est pas le cas des enfants auxquels l’organisme COMSEP vient en aide, raconte la coordonnatrice adjointe, Marie-Josée Tardif.

En se basant sur les chiffres de Statistique Canada, Mme Tardif souligne que pas moins d’une personne sur cinq éprouve de sérieuses difficultés à lire ou ne comprend même pas ce qu’elle lit. «Les enfants avec qui je travaille ne se font pas lire d’histoire, le soir», raconte-t-elle. Ils ne voient pas leurs parents lire le journal le matin non plus, dit-elle.

Ces parents ne parleront pas non plus à leurs enfants des métiers ou professions qu’ils pourraient exercer plus tard, quand ils seront grands, constate Mme Tardif. «Les parents sont à l’aide sociale depuis toujours. Ils ne se projettent pas dans l’avenir», dit-elle. «Les enfants ne savent même pas à quoi ça sert de lire et que ça peut servir, par exemple, quand tu fais l’épicerie.»

Voici qu’arrivent soudainement la COVID-19 et le confinement qui suspend la présence des enfants à l’école. Pour ceux qui ont déjà 1000 heures de retard dans leur développement, c’est la tempête parfaite qui pourrait avoir des conséquences sur le reste de leur vie. Et c’est ce que l’organisme COMSEP a voulu éviter à tout prix.

Des données recueillies par Le Nouvelliste auprès des commissions scolaires de la région démontrent que le 11 mai dernier, entre le tiers et la moitié seulement des élèves en difficulté, ceux qui ont le plus besoin de l’école pour assurer leur développement, étaient retournés en classe.

Les raisons sont multiples. Certains, pour des raisons de santé de l’enfant ou des parents, ont voulu éviter de s’exposer à la COVID-19. Il y a également le fait «qu’ils n’ont simplement pas d’intérêt pour l’école», explique Marie-Josée Tardif. «C’est un passage obligatoire, l’école, pour eux.»

«On est allé voir la TREM» (Table régionale de l’éducation de la Mauricie), raconte Mme Tardif. COMSEP avait besoin de près de 5000 $ pour déployer d’urgence de quoi aider les enfants de 113 familles à continuer leurs apprentissages par le biais de trousses éducatives adaptées pour eux.

«Les trousses que le ministère a envoyées, ce n’était vraiment pas adapté à notre monde», raconte la coordonnatrice adjointe. «Depuis qu’il n’y a plus de trousses, ce sont les enseignants qui envoient les choses à faire et c’est bien plus adapté aux enfants», fait-elle valoir.

De son côté, COMSEP a également fait parvenir à chaque famille du matériel pour les petits, comme des blocs pour apprendre à compter, des livres de Caillou, des petits jouets en forme de chiffres et de lettres pour le bain, des napperons avec des lettres et des images associées, des crayons de couleur et du papier ainsi que des livrets de jeux. Dans ces foyers, les enfants n’avaient rien de tout ça. En 2020, il y a des familles, en Mauricie, où il n’y a ni livre, ni papier, ni même des crayons de couleur «parce que les parents sont peu scolarisés», fait valoir Mme Tardif. Certains de ces parents ont de la difficulté à comprendre les accents aigus et les accents graves, illustre-t-elle.

COMSEP travaille en collaboration avec les enseignants et les parents. Il œuvre auprès de 16 classes de maternelle où le travail avec les enfants se fait en collaboration avec les parents. «Durant la première heure, on ne prend que les parents et on leur explique ce que les enfants sont en train d’apprendre et voir ce qui peut être fait chez eux», indique Mme Tardif.

Depuis le 11 mai, COMSEP reçoit dans ses locaux, une journée par semaine, les élèves qui sont le plus en difficulté «et on travaille avec les profs», ajoute-t-elle et même les orthopédagogues. «Ils viennent plus chez nous qu’à l’école», remarque Mme Tardif. «Ici, ce n’est pas menaçant. On n’est pas une école.»

«On est dans toutes les classes de maternelle 4 ans et 5 ans de Trois-Rivières pour faire des activités parents-enfants. Sur le lot, j’en ai qui sont de la classe moyenne. Cette année, avant la COVID, on a eu un taux de participation de 90 %. C’est ce qui a permis qu’on cible une centaine de familles durant le confinement», indique Mme Tardif.

COMSEP aimerait poursuivre son travail auprès des enfants en difficulté, cet été, afin de leur donner une chance de rattraper tout le retard perdu.