L'élève de l'école secondaire Champagnat, à La Tuque, qui a reçu un résultat positif au dépistage de la COVID-19 craint d'être ostracisée par ses camarades lorsqu'elle reviendra en classe, une fois guérie.
L'élève de l'école secondaire Champagnat, à La Tuque, qui a reçu un résultat positif au dépistage de la COVID-19 craint d'être ostracisée par ses camarades lorsqu'elle reviendra en classe, une fois guérie.

Élève porteuse de la COVID-19 à La Tuque: «Ce n'est pas de sa faute»

Matthieu Max-Gessler
Matthieu Max-Gessler
Le Nouvelliste
La Tuque — Vendredi, le CIUSSS de la Mauricie et du Centre-du-Québec prévenait les parents des élèves et les membres du personnel de l'école secondaire Champagnat, à La Tuque, qu'une élève de 3e secondaire avait contracté la COVID-19. En conséquence, l'ensemble des autres élèves de sa classe, trois autres élèves de classes différentes et les membres de sa famille ont été confinés chez eux pour 14 jours et doivent se faire dépister. Un événement que vit mal l'élève en question, qui craint d'être montrée du doigt par ses camarades une fois qu'elle reviendra à l'école.

«On s'attendait à tout sauf à ça. Ç'a été comme de recevoir une brique sur la tête. Elle n'avait pas eu de symptômes, ce n'est pas quelqu'un qui sort, on n'a pas été à l'extérieur. On a été dévasté par ça», raconte la mère de l'adolescente, qui préfère demeurer anonyme.

La famille a dû contacter l'école rapidement pour l'aviser du résultat du test, afin que celle-ci puisse prendre les mesures appropriées, de concert avec la santé publique. La mère a aussi dû gérer l'angoisse de sa fille, qui craint d'être identifiée comme ayant amené la COVID-19 dans l'école, et comme le troisième cas confirmé en Haute-Mauricie depuis le début de la pandémie.

«Elle a peur d'être le cas de COVID dont tout le monde allait parler à La Tuque, que ses amis allaient dire que c'est à cause d'elle qu'ils ont dû être retirés de l'école. Des amis l'ont textée, certains étaient fâchés et voulaient savoir si c'était elle qui avait reçu un résultat positif. Elle a dit qu'elle voulait déménager, que si on vivait à Montréal, tout le monde s'en ficherait parce qu'il y a beaucoup plus de monde», témoigne sa mère.

Or, cette dernière rappelle que ce n'est pas par inattention ou par négligence que l'adolescente a contracté la COVID-19. Au contraire, elle a passé un test de dépistage par prévention, pour s'assurer de ne pas être porteuse du virus avant de visiter ses grands-parents.

«Elle n'aime pas les hôpitaux, et après avoir lu en quoi consistait le test, ça ne lui tentait vraiment pas. Mais elle ne voulait vraiment pas prendre de chance. Je la trouve très courageuse d'avoir voulu passer le test», insiste la mère de l'adolescente.

Aussi du soutien

Heureusement, l'élève a aussi reçu des messages de soutien par Facebook, des gens partageant même leur solidarité et leur empathie pour la famille. Des gens ont même déposé des cadeaux devant la porte de la famille, en soutien avec l'élève confiné. Car à l'angoisse du qu'en-dira-t-on s'ajoute le poids de la solitude. Pour éviter de contracter eux aussi la maladie, les membres de la famille de l'élève ont dû passer un test de dépistage, dont ils attendent encore les résultats, et doivent éviter tout contact avec la jeune fille.

«On ne peut pas la coller, on ne peut pas aller dans sa chambre et quand elle va à la salle de bain, il faut tout désinfecter après. Je trouve ça dur, j'aimerais ça la prendre dans mes bras pour la réconforter, mais je ne peux pas. Ce n'est pas le fun. Mais on essaie de rester forts. Hier (vendredi), on a fait un Facetime avec elle, alors qu'elle était dans sa chambre. Le fait d'être seule, ce n'est pas aidant non plus à se sortir de ça, à penser à autre chose. Mais ça aide de voir que beaucoup de gens l'appuient», souligne sa mère.

Cette dernière ajoute que même si elle n'a pas répondu aux nombreux messages de soutien qu'elle a reçu, ceux-ci sont très appréciés. Elle précise également que malgré quelques symptômes désagréables et ses appréhensions, sa fille se porte bien.

La mère voit également cette mésaventure comme une occasion de rappeler l'importance d'être prudents et de respecter les mesures sanitaires et de distanciation. Et de ne pas hésiter à passer le test de dépistage, même si les symptômes sont peu nombreux et légers.

«Ce qui me console, c'est que beaucoup de dépistage va se faire dans les prochains jours et ça va peut-être sauver des gens, empêcher la propagation. J'espère juste qu'à son retour à l'école, ça va bien aller. Elle a reçu plusieurs messages d'amis qui essaient de dédramatiser la situation et c'est ce que j'essaie de faire moi aussi», mentionne-t-elle.

La dame indique par ailleurs qu'il n'est pas impossible qu'un autre élève de l'école ou de sa classe ait transmis la COVID-19 à sa fille, puisque cette dernière n'a été en contact avec personne d'autre à l'extérieur de l'établissement.

«Elle n'a pas été dans des partys, et on n'a aucune culpabilité à avoir sur notre comportement: on n'a rien fait de déconseillé par la santé publique, on n'est pas allé à l'extérieur de la région, on ne sort pas sauf pour faire l'épicerie. Ce n'est pas parce que c'est une ado que c'est arrivé. Ça montre plutôt que ça peut arriver à n'importe qui», prévient-elle.

Les autres classes pas affectées

Dans le message envoyé aux parents et membres du personnel de l'école Champagnat, vendredi, le CIUSSS indiquait qu'outre la classe de l'élève, les autres groupes de l'établissement pourraient poursuivre leurs activités normalement. Le CIUSSS estimait que les mesures mises en place par l'école correspondaient à celles recommandées par la santé publique. Ce verdict tenait toujours, samedi. Le CIUSSS indique cependant qu'un suivi sera fait avec l'école.

Pour sa part, le maire de La Tuque, Pierre-David Tremblay, ne s'affole pas devant l'apparition d'un nouveau cas de COVID-19 dans ce secteur. Il appelle cependant ses concitoyens à redoubler de prudence.

Pour le maire de La Tuque, Pierre-David Tremblay (sur la photo), il n'est pas question de revenir à des mesures drastiques pour limiter la propagation de la COVID-19, comme les barrages routiers érigés ce printemps pour contrôler les entrées et les sorties de l'agglomération de La Tuque.

«S'il y a d'autres cas, il faudra suivre la situation de près. Mais j'ai compris que ce cas a été circonscrit assez rapidement, l'enquête détermine que les gens ont pris rapidement des mesures et ça me rassure. Par contre, ça montre qu'on n'est pas à l'abri. Il faut être prudent, ça nous rappelle que le virus se promène», souligne-t-il.

Le premier magistrat n'envisage donc pas de retourner à des mesures plus musclées pour protéger le secteur de La Tuque, comme des barrages routiers, ce qui avait été fait ce printemps.

«La population a doublé ou plus que doublé cet été, puisque tout le monde voulait aller en nature, ce sont peut-être les effets de ça. Là, c'est la période de la chasse, mais les gens s'isolent pour pratiquer cette activité. La période de grande activité est finie, alors ça me rassure davantage. On a moins de gens qui vont à l'extérieur, c'est pour des besoins essentiels, comme des rendez-vous médicaux, mais c'est assez circonscrit», conclut-il.

Julie Michaud, agente d'information au CIUSSS, abonde dans le même sens.

«Le secteur de La Tuque a été épargné pendant plusieurs mois, mais on sait que le virus est présent partout. Ça nous rappelle de respecter les mesures sanitaires et de ne pas se relâcher pour éviter la propagation du virus, notamment à cette période-ci de l'année», indique-t-elle.

Quinze nouveaux cas

Le CIUSSS rapporte 15 nouveaux cas de COVID-19 dans la région, dans son bilan de samedi. On en compte six dans la MRC d'Arthabaska, trois à Drummondville, un dans l'agglomération de La Tuque, un à Shawinigan et quatre à Trois-Rivières.

Un cas déclaré positif à Trois-Rivières au cours de la dernière semaine s'est par ailleurs avéré négatif, indique le CIUSSS. Le nombre total de cas déclarés dans la région depuis le début de la pandémie est donc de 2254, dont 1982 personnes rétablies. Dans son bilan de samedi, le CIUSSS n'a pas précisé le nombre de cas actifs de COVID-19.