«Tu m'excuseras, mais il n'y aura pas de réponse» - Alain Lord

Une cinquantaine d’années d’expérience parties en fumée

Shawinigan — Les électeurs de deux districts de Shawinigan ont biffé d’un trait une cinquantaine d’années d’expérience au conseil municipal dimanche, lorsqu’ils ont décidé de ne plus renouveler leur confiance envers Alain Lord et Serge Aubry.
«C'est une nouvelle étape qui commence» - Serge Aubry

Ces deux monuments de la politique locale ont réagi bien différemment à leur défaite, la colère alimentant l’un alors que l’autre tente de faire contre mauvaise fortune bon cœur.

Élu sans interruption depuis 1994, M. Lord a particulièrement mal digéré le verdict populaire. Après plusieurs tentatives, il a finalement été joint mardi matin, simplement pour dire avec humeur qu’il ne donnerait pas d’entrevue.

«Même si j’en donnais une, tu vas l’écrire à ta manière», a-t-il vociféré à l’endroit de l’auteur de ces lignes. «Tu m’excuseras, mais il n’y aura pas de réponse. C’est trop tard. Quand tu te couches le soir, te sens-tu bien? À ta place, je me sentirais mal. Tu prends plus pour ceux qui ne sont pas en poste que pour nous autres.»

L’ex-conseiller a perdu par seulement 35 voix devant Jacinthe Campagna, dimanche soir. Depuis la fusion, il avait été élu sans opposition en 2001 et en 2013 et avec des majorités de 691 voix en 2005 et de 441 voix en 2009. À la fin de la dernière campagne électorale, un groupe de gens d’affaires du district de la Cité avait publiquement lancé un appel à un changement de garde.

Serge Aubry a également vu son règne politique être brusquement interrompu dimanche. Depuis 1978, il comptait 28 années d’implication à titre de conseiller ou maire à Saint-Gérard-des-Laurentides, puis conseiller à Shawinigan. Il a aussi siégé sur de nombreux comités. Bien que la dernière bataille ait laissé des cicatrices, M. Aubry tourne sereinement la page.

«C’est une nouvelle étape qui commence», philosophe-t-il. «Ça fait douze ans que je suis à la retraite et je travaillais la semaine longue, avec douze comités. Ça fait 40 ans que j’ai été élu la première fois. À un moment donné, la population a décidé que ça prenait un changement. C’est la démocratie! Je me suis présenté, j’ai fait une bonne campagne et ça n’a pas fonctionné. Je vais faire autre chose.»

M. Aubry a perdu pas moins de 639 votes par rapport à l’élection de 2013, pavant la voie à une victoire claire et nette de Claude Grenier dans le district des Montagnes.

«C’est sûr que si ça avait été une course à trois, comme dans certains autres districts, j’aurais passé facilement», fait-il remarquer. «Mais nous n’étions que deux, le bureau du député (Pierre) Giguère travaillait contre moi, de même que les anciens candidats que j’avais déjà battus, comme Robert Dupont et Alain Boisvert. Mais c’est correct, ça ne me pose pas de problème. Je vais jouer au hockey et au golf!»

M. Aubry est d’autant plus étonné du résultat qu’il ne sentait pas une telle vague de mécontentement sur le terrain. «J’avais une bonne impression», assure-t-il. «J’ai fait les 3400 portes de mon district, je suis retourné quand personne n’était là. J’étais bien reçu partout! Je trouvais que j’avais fait une belle campagne, mais le résultat n’est pas là.»

L’ex-conseiller croit que quelques dossiers ont pu lui mettre des bâtons dans les roues, comme l’emplacement de l’usine de traitement d’eau potable du lac à la Pêche, la reprise du projet de développement domiciliaire Versant UN et les travaux pour l’aménagement d’un nouveau chemin d’accès pour l’entreprise Fer & Métaux Garand, par exemple.

À 69 ans, M. Aubry serait étonné qu’il sollicite à nouveau la confiance de la population. La fin un peu cruelle de son implication politique n’entache pas les précieux souvenirs qui seront attachés à ses nombreuses années de service, assure-t-il. 

«J’aimais beaucoup ce que je faisais. J’ai participé à beaucoup de formation, j’ai toujours travaillé fort. J’ai particulièrement été impliqué dans le développement économique et j’ai l’impression qu’on a beaucoup avancé sur ce plan. J’ai eu beaucoup de plaisir, mais il est temps de passer à autre chose.»