L'hôtel de ville de Shawinigan.

Une campagne rêvée pour Angers

Shawinigan — Comme en 2013, il n’existe pas beaucoup de doutes sur l’issue de la course à la mairie de Shawinigan. Pour une deuxième élection consécutive, Michel Angers affrontait deux adversaires qui ont abordé le défi de le renverser avec bien peu de moyens pour le faire basculer de son socle. Pour un politicien qui veut se faire réélire, c’est le pied.

Une fois de plus, le maire sortant a jugé qu’il ne valait pas la peine d’investir le moindre dollar en affichage électoral, ce qui donnait un premier indice de la mesure indiquée à son baromètre d’anxiété. Dans le cadre de sa campagne, M. Angers a convoqué les médias à trois reprises: au lancement officiel de sa candidature, le 22 septembre, puis à deux autres occasions, pour présenter ses priorités sur différents thèmes. Quelques annonces sont venues compléter le tableau. Il s’est aussi plié aux deux débats organisés par la Chambre de commerce et d’industrie de Shawinigan et le Collège Shawinigan, un exercice toujours un peu laborieux pour quelqu’un qui doit défendre un bilan. Surtout lorsqu’il affronte des adversaires qui s’en tiennent à des généralités ou qui proposent des solutions simplistes à des enjeux complexes.


Michel Angers

M. Angers est demeuré plutôt discret lors de la dernière semaine. Inutile de déranger des électeurs qui, en général, n’ont pas affiché un degré d’insatisfaction tonitruant à son endroit. Après huit ans, les Shawiniganais savent à quoi s’attendre de lui et dans quelle direction il s’oriente. 

Michel Angers demande à nouveau un «mandat fort» aux électeurs. Il souhaite qu’ils se dirigent nombreux aux urnes afin qu’il puisse mesurer le plus fidèlement possible la satisfaction de la population à son endroit. En 2009, lors d’une féroce course à trois, M. Angers avait convaincu 11 912 électeurs de voter pour lui. Quatre ans plus tard, ses appuis passaient à 15 180 personnes. Il sera intéressant de voir, dimanche soir, si ce nombre se maintiendra, augmentera ou diminuera.

François Bonenfant

François Bonenfant ne s’est pas embourbé dans les stratégies de communication ou les plans détaillés pour convaincre les électeurs. Depuis l’annonce de sa candidature en juin, il a simplement voulu incarner le ras-le-bol des payeurs de taxes, une poignée de main à la fois. Du mécontentement, M. Bonenfant assure en avoir entendu au cours des dernières semaines. Tannés des taxes, tannés de l’omniprésence du maire, tannés des conseillers qui s’effacent de leur district au profit de la ville, tannés de la poudre aux yeux, tannés des «petits amis», des noms de rues, du déneigement...

Sur le terrain, M. Bonenfant a donc senti beaucoup de frustration. C’est évidemment de bonne guerre de vider son sac devant la personne qui illustre l’opposition au pouvoir établi, mais cet exutoire se transformera-t-il automatiquement en vote? C’est le plus grand défi de François Bonenfant: convaincre les électeurs mécontents de se rendre à leur boîte de scrutin. Surtout ceux qui croient que le maire sortant sera réélu ou ceux qui se disent que de toute façon, leur voix ne changera rien à la gestion de leur ville et qu’en ce sens, mieux vaut s’emmitoufler dans le confort de l’indifférence.


Judeline Corriveau

Judeline Corriveau s’est présentée comme étant la candidate de l’audace dans cette campagne. Lors de son point de presse pour expliquer sa fameuse plainte au Directeur général des élections, elle reconnaissait qu’elle n’avait pas le profil de l’électeur type de Shawinigan: c’est une femme, elle est noire et elle est âgée de moins de 65 ans! Elle souhaite personnifier la nouvelle énergie de sa ville d’adoption, mais son manque de notoriété et son équipe limitée rendent ses chances de succès très minces cette fois-ci.

Dans les districts

Le bulletin du maire sortant s’exprimera non seulement par le nombre de votes qu’il obtiendra, mais aussi par le choix des électeurs dans les huit districts. Les conseillers ont formé une équipe tissée tellement serrée avec Michel Angers au cours des quatre dernières années que l’analyse sous cet angle prendra toute sa pertinence. Ils se présentent à nouveau dans leur district respectif et ils ont tous manifesté leur appui tacite au maire sortant en venant l’applaudir lors du lancement officiel de sa campagne.

Si on pouvait sentir une intense rivalité dans les districts de la Rivière et des Hêtres en septembre et en octobre, la bagarre de rue du district de la Cité a beaucoup attiré l’attention au cours de la dernière semaine. On ne peut que s’étonner de voir des gens d’affaires souhaiter publiquement le départ d’un élu qui compte 23 ans d’expérience. Cette exaspération reflète-t-elle l’opinion majoritaire dans ce district? La réponse dimanche soir.