Les élections qui devaient avoir lieu le 11 août à Wôlinak ont été reportées.

Élections à Wôlinak: un conflit au cœur de la controverse?

WÔLINAK — La suspension des élections à Wôlinak fait couler beaucoup d’encre dans la communauté autochtone du Centre-du-Québec. D’un côté, le Conseil des Abénakis de Wôlinak affirme que cette situation est due à la liste des membres de la communauté qui n’a pas été mise à jour par la registraire. De l’autre côté, un groupe d’opposants représenté par Stéphan Landry, candidat aux élections, est en désaccord avec cette raison donnée par le conseil.

Alors que le Conseil des Abénakis de Wôlinak invoque l’incompréhension de Linda Landry, registraire, quant à son mandat concernant la liste des membres de la communauté pour expliquer la suspension des élections, Stéphan Landry explique plutôt cette saga par une stratégie du chef du conseil, Michel R. Bernard, afin que les élus qui siègent actuellement restent en poste le plus longtemps possible.

Les deux hommes sont vraisemblablement aux antipodes quant aux raisons qui ont mené à la suspension des élections, qui devaient avoir lieu le 11 août. Une demande d’injonction avait été remplie par des membres de la communauté pour que l’élection qui met en jeu quatre postes de conseiller ait lieu à cette date. Toutefois, la Cour n’a pas donné suite à cette demande en raison de la complexité du dossier.

Au cœur de ce litige se trouve la liste des membres de la communauté qui doit, selon M. Bernard, être révisée et mise à jour par la registraire avant la tenue des élections. La liste, comme elle l’est présentement, contiendrait des informations erronées. «Le travail de Mme Landry, c’était de prendre la liste des 540 noms, de vérifier les adresses, de vérifier s’ils ont le droit de voter, parce qu’il y a des membres associés qui n’ont pas le droit de voter [...] Il y a des morts sur la liste, des noms qui se dédoublent», explique M. Bernard. Le Conseil des Abénakis de Wôlinak considère donc que la registraire n’a pas fait son travail comme il le fallait pour que les élections aient lieu.

M. Landry a par contre une tout autre perception de la problématique relativement à cette liste. Ce dernier mentionne, premièrement, que ce n’est pas le rôle de Mme Landry de recueillir les informations sur les membres de la communauté, mais bien aux membres de communiquer avec elle. «S’il y a des problèmes d’adresse, c’est aux gens à aviser Linda Landry que l’adresse n’est pas bonne. S’il y a des gens qui sont décédés, c’est aux familles à fournir le certificat de décès. Ce n’est pas à elle de courir après eux autres», dit-il. M. Landry indique également que la registraire, élue au printemps dernier, n’a pas reçu assez d’informations du conseil pour mettre à jour la liste des membres à temps pour l’élection. «On [le conseil] l’accuse, elle, de ne pas avoir fait son travail correctement, alors qu’on n’a jamais collaboré à ce qu’elle puisse le faire correctement.»

Le besoin même de réviser cette liste cause un désaccord entre les deux hommes. Alors que M. Bernard affirme que les membres associés, qui sont des personnes mariées à un autochtone statué de la communauté, n’ont pas le droit de voter aux élections, M. Landry dit le contraire. «Ces gens-là ont voté dans les élections antérieures depuis des années», affirme le candidat au poste de conseiller. De son côté, le chef du conseil n’est pas en mesure de confirmer ou d’infirmer que ces personnes ont pu voter à Wôlinak auparavant.

Même si les deux hommes semblent représenter la rivalité entre les familles Bernard et Landry dans ce dossier, tous deux affirment que ce litige n’a rien à voir avec leurs noms de famille. «Ce n’est pas une guerre de clans», commente M. Bernard. «Je ne me bats pas pour la famille Landry», lance pour sa part Stéphan Landry.

Une pétition a été lancée afin que les élections, qui sont reportées depuis juin 2018, aient finalement lieu à Wôlinak. Vendredi soir, on y comptait 72 signatures.

Stéphan Landry considère que Michel R. Bernard a des avantages à retarder les élections afin de faire avancer certains projets, comme celui d’un salon de jeux. M. Bernard affirme cependant que ce projet est déjà lancé et qu’il souhaite que les élections aient lieu le plus rapidement possible, tel qu’il l’a écrit dans une lettre publiée sur le site Web du Conseil des Abénakis de Wôlinak.

Ce dernier est d’ailleurs confiant que cela pourrait arriver plus rapidement qu’on le croit, puisqu’il dit avoir reçu un courriel de Mme Landry disant qu’elle réviserait la liste correctement dès lundi prochain. «Je pense que tout le monde a mis de l’eau dans son vin [...] Je pense que ça va se régler la semaine prochaine, et que la semaine d’après, il va y avoir les élections.»