Philippe Couillard a affirmé vouloir tout faire pour préserver le modèle d’agriculture québécois.

«Très mauvaise pour le Québec»

(Guillaume Roy) – Philippe Couillard veut tout faire pour préserver le modèle d’agriculture québécois et empêcher une autre intrusion dans la gestion de l’offre, alors que la nouvelle entente de libre-échange entre le Canada et les États-Unis ouvrira les frontières à 3,58 % de produits laitiers américains. « L’entente du gouvernement fédéral avec les États-Unis est très mauvaise pour le Québec. Nous allons prendre tous les moyens pour empêcher l’exécution de cette entente néfaste en matière agricole », a exprimé Philippe Couillard, lundi après-midi, en pleine journée électorale au Québec, après avoir tenu une téléconférence avec Justin Trudeau et ses homologues des autres provinces canadiennes.

Si le gouvernement canadien a été en mesure de préserver la gestion de l’offre, cette nouvelle entente crée tout de même une brèche, ouvrant la voie à 3,58 % du marché laitier domestique aux producteurs américains, tout en éliminant la classe laitière pour le lait diafiltré, qui créait un avantage pour le lait canadien. 

« La disparition de cette classe va profondément déstabiliser la production laitière, a remarqué Philippe Couillard. En fait, cette classe est essentielle au fonctionnement de la gestion de l’offre. Il n’est donc pas exact de dire que le système, si important pour nos familles et nos régions, a été préservé. Dans les faits, il se retrouve grandement déstabilisé. »

Une brèche de 9 %

Le président de l’UPA du Saguenay-Lac-Saint-Jean, Mario Théberge, abonde dans le même sens. « C’est rendu qu’on a cédé 9 % de la production avec les trois différents accords de libre-échange, a-t-il mentionné en faisant référence aux accords avec l’Europe et le Partenariat transpacifique. C’est comme si on travaillait 28 jours sans être rémunérés. Vous connaissez beaucoup de secteurs qui accepteraient ça ? », a demandé le producteur laitier qui s’inquiète également des différences normatives avec les producteurs américains. 

« Les producteurs américains produisent du lait en utilisant une vingtaine d’antibiotiques, alors que nous on n’en utilise aucun », a-t-il dit avant d’ajouter que les normes environnementales sont bien différentes au sud de la frontière. 

« On a rencontré Justin Trudeau à deux reprises et chaque fois, il nous a donné sa parole qu’il ne toucherait pas à la gestion de l’offre. Je suis déçu et je ne sais plus à qui je peux faire confiance », a rajouté Mario Théberge, qui estime que cette annonce est une véritable « claque dans la face » pour les producteurs. « Le moral des troupes est très bas, et je ne sais pas comment on va le remonter. »

« Nous ne voulons pas du modèle américain de type industriel, qui créerait chez nous une agriculture de locataire », a mentionné Philippe Couillard, qui souhaite préserver le modèle de fermes familiales du Québec, en citant en exemple la ferme Bouchard, dans le rang Saint-Eusèbe, à Saint-Félicien, ou encore la ferme de 5e génération des Leduc en Outaouais. 

Près de 50 % du lait canadien est produit au Québec. Justin Trudeau a affirmé que les producteurs seraient dédommagés pour les pertes subies à la suite de cet accord. 

Contester l’accord

Philippe Couillard s’engage à tout faire pour empêcher l’application de cette entente. D’une part, l’Assemblée nationale peut présenter une motion contre l’entente, même si l’impact d’une telle mesure reste à déterminer. De plus, le gouvernement et les producteurs procéderont à l’examen légal de l’accord pour tenter de trouver des failles. 

Malgré son insatisfaction sur la concession dans le domaine agricole, Philippe Couillard a tenu à souligner que « l’exception culturelle et la mécanique de règlements des différends sont maintenues dans l’entente, tous s’en réjouiront, particulièrement les forestiers. Nos relations avec les États-Unis voient une partie de l’instabilité levée. Pour l’économie du Québec, c’est important, mais à quel prix ? Aujourd’hui, c’est un jour sombre pour nos régions », a-t-il conclu.

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«BEAUCOUP DE CONCESSIONS», DIT KARINE TRUDEL

(Denis Vilelneuve) – La députée de Jonquière et porte-parole adjointe du NPD en matière de Commerce international, Karine Trudel, soutient que le Canada a fait beaucoup de concessions dans la négociation de la nouvelle entente de libre-échange avec les États-Unis et le Mexique, en plus de n’avoir pu faire tomber les droits prélevés sur les exportations d’aluminium et d’acier. 

Mme Trudel a déplore que le premier ministre Justin Trudeau n’ait pas tenu sa parole afin de préserver dans son intégralité le système de gestion de l’offre, une demande unanime faite par les partis politiques au Québec. Elle rappelle que la brèche s’élargit avec une ouverture de 3,59 % sur le marché laitier qui s’ajoute aux parts de 2 %, 3,25 % et 3,59 % du marché laitier canadien dans le cadre des ententes avec l’Europe, les pays du Pacifique et les États-Unis ainsi que l’élimination de la classe 7. « Le gouvernement n’a pas réglé l’entente qui était intervenue entre les producteurs et les transformateurs en 2016 », expose la députée qui a questionné le gouvernement en Chambre, lundi, concernant la surtaxe sur l’aluminium, dont l’élimination n’est pas garantie dans ce nouvel accord. Le président américain a d’ailleurs confirmé aujourd’hui que les taxes seront maintenues tant que le nouvel accord ne sera pas en vigueur.