Transport collectif: Québec solidaire investirait 7,6 milliards $ supplémentaires

MONTRÉAL — Au sixième jour de la campagne électorale, Québec solidaire a présenté son plan pour éliminer les véhicules à essence des routes de la province d'ici 2050.

En point de presse dans un bistro montréalais, mardi matin, la porte-parole de la formation de gauche, Manon Massé, a proposé un système temporaire de bonus-malus pour électrifier le parc automobile du Québec.

En vertu de l'échéancier du parti, les acheteurs de véhicules à essence seraient pénalisés dès un premier mandat solidaire et dans 12 ans, les concessionnaires auraient l'obligation de ne vendre que des véhicules hybrides ou électriques.

En 2040, seule l'acquisition de véhicules électriques serait autorisée et le bannissement des véhicules à essence suivrait dix ans plus tard.

Québec solidaire prévoit en contrepartie des incitatifs financiers, qui seraient bonifiés pour les familles et pour les personnes établies en région, de même que selon le revenu des automobilistes.

«Actuellement, le bonus que donne le gouvernement du Québec est pareil pour tout le monde — ben, pour tout le monde qui est capable de s'acheter un char à ce prix-là», a raillé Manon Massé, en entrevue avec La Presse canadienne.

Questionné sur la proposition solidaire, le premier ministre sortant, Philippe Couillard, a dénoncé son caractère «punitif».

«Moi, je ne suis pas en guerre contre les automobilistes. J'ai plutôt l'intention de les convaincre, et ça s'en vient bientôt, que l'acquisition d'un véhicule électrique est le meilleur choix», a exposé le chef libéral.

«C'est l'essence même de notre idéologie politique: laisser les gens faire leurs choix», a-t-il enchaîné.

Manon Massé rétorque que les libéraux accusent un grave retard, alors que plusieurs pays européens ont déjà adopté un virage semblable.

«C'est eux autres qui n'ont rien fait dans les 30 dernières années pis là tout d'un coup, parce qu'il y a un parti qui a le courage de prendre le virage nécessaire qu'exige la lutte aux changements climatiques, ben là ils nous disent qu'on n'est pas réalistes. Ben voyons donc! Allez donc dire à la Grande-Bretagne qu'ils ne sont pas réalistes!», s'est-elle exclamée.

Le transport collectif dans la mire

Après avoir dévoilé la première portion de son cadre financier, lundi, le parti ventile maintenant les dépenses associées à ses engagements électoraux.

Québec solidaire avait déjà fait connaître sa promesse de réduire de moitié le prix du transport en commun, mais il révèle maintenant qu'il engagerait des investissements supplémentaires de 7,6 milliards $ dans ses infrastructures.

Il calcule qu'avec les sommes déjà prévues au Plan québécois des infrastructures, les 13,3 milliards $ consacrés au transport collectif financeraient «le chantier le plus important depuis la Révolution tranquille», générateur de 300 000 nouveaux emplois d'ici 2030.

Manon Massé avance que les automobilistes délaisseraient alors massivement le volant.

«Toutes les études nous disent que ce qui fait que, pour le moment, les gens n'utilisent pas de façon importante le transport collectif, c'est qu'ils sentent qu'ils sont mal desservis», a-t-elle fait valoir.

«Il manque d'autobus, de fréquence, de constance. Quand une ligne de métro s'arrête quelques fois par semaine, ça décourage les gens», ajoute-t-elle.

Ainsi, le parti affirme pouvoir réduire de 95 pour cent les émissions de gaz à effet de serre d'ici 2050 par rapport à leur niveau de 1990.