Le site Web en question utilise toutefois deux citations qui proviennent, dans un cas, du chef péquiste Jean-François Lisée lui-même (photo) et, dans l’autre, de sa candidate dans Mercier, Michelle Blanc.

Le PQ veut faire fermer un site parodique et raciste

MONTRÉAL — Le Parti québécois (PQ) demande à la Cour supérieure d'intervenir d'urgence pour faire fermer un site Web qui véhicule des messages qu'il juge racistes en utilisant son logo et son slogan.

Le site Web en question utilise toutefois deux citations qui proviennent, dans un cas, du chef péquiste Jean-François Lisée lui-même et, dans l'autre, de sa candidate dans Mercier, Michelle Blanc.

Le site Web «serieusement.fun» s'ouvre sur une page de la même couleur bleue que celle utilisée par le PQ, avec le logo du parti et le slogan «Sérieusement».

Un bouton sur lequel est écrit «J'ai besoin d'inspiration» mène à des propos dérogatoires lorsque l'internaute clique dessus.

On y retrouve notamment les phrases suivantes : «Un parti de marde. Sérieusement»; «Raciste. Sérieusement»; «À gauche en campagne, à droite au pouvoir. Sérieusement».

Par ailleurs, on y retrouve aussi «En Afrique, les AK-47 sous les burqas, c'est avéré. Sérieusement». Or, il s'agit là d'une affirmation de M. Lisée en entrevue au quotidien Le Devoir le 17 septembre 2016 durant la campagne au leadership.

Quant à une autre page, celle-ci affiche «Ta voix est africaine et je ne t'appelle pas mon petit nègre. Sérieusement». Dans ce cas, il s'agit de la citation d'un gazouillis que Michelle Blanc a effacé depuis, mais qu'elle a reconnu avoir écrit dans un élan de colère après une conversation téléphonique avec un employé d'une entreprise de télécommunications qui insistait pour l'appeler monsieur en raison du timbre masculin de sa voix.

Le Parti québécois s'est d'abord montré très avare de commentaires sur le dossier, invoquant sa judiciarisation. Dans un communiqué, il affirmait avoir demandé une injonction pour faire fermer le site «dans les plus brefs délais» parce qu'il «utilise sans autorisation notre image de marque pour nous accoler des propos que nous estimons être racistes et diffamatoires».

Plus tard, le chef Jean-François Lisée a accepté de commenter, se posant en défenseur de la liberté d'expression pour indiquer que «les gens qui veulent rappeler ces choses-là, ont tout l'Internet pour le faire et ils ne s'en gênent pas».

M. Lisée a surtout insisté sur l'utilisation illégale du logo de son parti. «Ils peuvent dire la même chose, ils peuvent faire les mêmes attaques, ils peuvent faire les mêmes blagues, mais en respectant la marque de commerce du Parti québécois, tout simplement. Le problème c'est que les gens peuvent penser que c'est un site officiel compte tenu de la facture du site», a-t-il fait valoir.

Quant au fait de voir une de ses citations passées venir le hanter en campagne, M. Lisée a encaissé le coup avec le sourire : «Vous m'en parlez tous les jours», a-t-il lancé aux journalistes.

«Préjudice irréparable»

Dans sa requête, le PQ affirme qu'«un préjudice irréparable sera commis si ledit site Internet devait continuer d'être en opération pendant la campagne électorale» et qu'«il y a risque que des électeurs soient induits en erreur sur l'identité du véritable auteur de cette publicité mensongère, diffamatoire et raciste».

Parmi les éléments invoqués dans la requête, la formation politique fait valoir l'atteinte à son droit de propriété intellectuelle, notamment dans l'utilisation de son logo.

Elle souligne également qu'il s'agit d'une violation de la Loi électorale et entend demander au Directeur général des élections du Québec (DGEQ) d'instituer une enquête en vue d'éventuelles poursuites pénales.

Le PQ prévoit demander aussi une injonction permanente dans laquelle il réclamera des dommages moraux et punitifs de 50 000 $ «pour atteinte intentionnelle à la Loi électorale, aux droits fondamentaux et l'utilisation inappropriée et illégale de la propriété intellectuelle et du visuel du Parti québécois».

Il lui faudra toutefois identifier d'abord les auteurs de cette tromperie; les procureurs du parti ont en effet été incapables d'identifier les propriétaires du site, ceux-ci ayant caché leur identité en s'enregistrant à l'aide d'un tiers ayant pignon sur rue en Floride, Respect my privacy LLC, qui a enregistré le nom de domaine auprès d'un registraire situé en Inde, la firme Public Domain Registry.

Ces deux entreprises sont donc visées aussi par la requête, qui demande à la Cour supérieure de leur ordonner notamment d'identifier les propriétaires du site, de donner toutes les informations sur la fréquentation du site et de fermer celui-ci.