Le chef de la Coalition Avenir Québec, François Legault

Le pardon consenti à Éric Caire par François Legault est critiqué

SAINT-GEORGES-DE-BEAUCE — La propension du chef caquiste François Legault à passer l'éponge sur les «erreurs» de ses candidats a été critiquée par le chef péquiste Jean-François Lisée et le ministre libéral de la Santé, Gaétan Barrette.

Le leader a vu une nouvelle tuile s'abattre sur lui, mercredi, moins de 24 heures après la surprenante défection du président du parti et candidat dans le comté de La Prairie, Stéphane Le Bouyonnec.

Celle-ci lui vient gracieuseté du député Éric Caire. Le Journal de Québec a rapporté qu'il avait accepté, avec son ex-conjointe, un prêt personnel de 55 000 $ du maire de l'Ancienne-Lorette, Émile Loranger.

La municipalité fait partie de la circonscription de La Peltrie, que représente l'élu caquiste à l'Assemblée nationale.

«Les gens, dans la vie, ça leur arrive parfois de prendre des mauvaises décisions. Il n'y a pas de corruption là-dedans», a fait valoir François Legault lorsqu'on lui a demandé ce que cette décision disait du jugement de son député sortant.

Celui-ci, réputé pour ses interventions sur les questions d'éthique, n'a pas demandé alors l'avis de la commissaire à l'éthique et à la déontologie avant d'encaisser l'argent.

Il a cependant été prévenu par cette dernière en avril dernier que le prêt le plaçait dans une situation de conflit d'intérêts potentiel.

«C'est normal que des amis peuvent aider financièrement quelqu'un qui en a besoin, donc je pense que c'est dans ce sens-là que ça s'est fait, mais ce n'était pas une bonne idée», a commenté le leader de la CAQ en point de presse à Saint-Georges-de-Beauce.


« C'est normal que des amis peuvent aider financièrement quelqu'un qui en a besoin, donc je pense que c'est dans ce sens-là que ça s'est fait, mais ce n'était pas une bonne idée »
François Legault, chef de la Coalition Avenir Québec

«Il aurait dû peut-être consulter le commissaire à l'éthique avant. Là c'est réglé; il a remboursé», a-t-il poursuivi. Mais il s'agissait néanmoins d'une «erreur», parce qu'«il y a une apparence de conflit d'intérêts», a analysé le chef conciliant.

Ce nouveau pardon a suscité les critiques de Jean-François Lisée, qui le considère «un peu plus grave» que celui accordé à Stéphane Le Bouyonnec.

«M. Legault avait dit que ce serait, sur l'éthique, tolérance zéro. (...) Alors je demande à M. Legault: qu'est-ce que ça veut dire, zéro tolérance sur la question de l'intégrité à la CAQ? Parce ce que pour l'instant, ça ne veut rien dire», a-t-il tranché.

Surtout qu'Éric Caire, «c'est celui qu'on a nommé le shérif de l'éthique de la CAQ; c'est celui qui donnait des leçons à tout le monde», a tenu à souligner le leader du PQ en mêlée de presse à Bécancour.

Le premier ministre Philippe Couillard, de son côté, a offert une réaction plus laconique.

«Écoutez, je ne ferai pas de commentaire là-dessus. (...) Je suppose que M. Caire voudra expliquer la situation», s'est-il contenté d'offrir, précisant n'être «absolument pas au courant» de cette affaire avant qu'un journaliste ne la porte à son attention.

Des «comptes à rendre»

Son ministre de la Santé, Gaétan Barrette, s'est dit sensible au contexte entourant le prêt contracté — une rupture dans le couple du député caquiste —, mais il est d'avis que cela ne justifie pas que le chef caquiste passe l'éponge pour autant.

«Il a eu le temps de réfléchir. Il a posé le geste. Il doit rendre des comptes et François Legault doit aussi rendre des comptes», a-t-il affirmé en entrevue sur les ondes de RDI.

Il a également décoché quelques flèches à l'endroit du député, lequel s'est montré émotif en faisant acte de contrition, mercredi matin.

«M. Caire, c'est la personne qui est monsieur intégrité à la CAQ. C'est celui qui se lève depuis quatre ans en chambre et fait des insinuations et des accusations envers notre parti», a raillé M. Barrette selon la transcription de son entrevue sur le site de Radio-Canada.