Le député de Chomedey, Guy Ouellette

Le DPCP ne contestera pas la requête d'invalidation de mandats de Ouellette

L'Unité permanente anticorruption (UPAC) n'aura finalement pas accès aux biens saisis l'an dernier durant l'arrestation du député libéral Guy Ouellette.

Le Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP) a annoncé, vendredi, sa décision de ne pas contester la requête d'invalidation des mandats de perquisition qui avaient permis aux policiers de saisir notamment le téléphone cellulaire et l'ordinateur de M. Ouellette.

Les enquêteurs n'y ont toutefois jamais eu accès, ces biens ayant été placés sous scellés après que l'Assemblée nationale eut invoqué le privilège parlementaire pour tenter de les protéger.

À deux jours du scrutin, le candidat Ouellette remporte ainsi une victoire partielle dans ses efforts pour s'affranchir de l'enquête menée contre lui par l'UPAC, qui le soupçonne d'être à l'origine de fuites de renseignements policiers sensibles dans les médias. Aucune accusation n'a été déposée contre lui à ce jour.

C'est donc dire que M. Ouellette pourrait récupérer ses biens - et que ceux-ci et leur contenu ne seraient plus accessibles pour être mis en preuve par l'UPAC - si le tribunal accédait à sa requête.

La cause sera entendue en Cour supérieure mercredi prochain, mais puisque la requête de Guy Ouellette ne sera pas contestée, le tribunal devrait lui donner raison. Dans un communiqué, le DPCP affirme d'ailleurs déjà que «conséquemment, les biens saisis seront remis à monsieur Ouellette par l'UPAC».

«Je viens de recevoir copie d'une lettre du Directeur des poursuites criminelles et pénales ayant pour effet de reconnaître que les mandats de perquisition à mon endroit n'étaient pas valides. Même si plusieurs détails restent à être précisés, il s'agit d'une grande victoire pour la démocratie parlementaire», s'est réjoui Guy Ouellette sur sa page Facebook, vendredi.

«Est-ce que cette décision explique les attaques dont j'ai fait l'objet cette semaine, dont les motivations demeurent encore obscures? Je n'en sais rien. Je sais toutefois que j'ai eu raison de faire confiance au système de justice et que j'aurai l'occasion, dans un contexte plus serein, de faire le point sur tout cela», a-t-il ajouté.

Il a aussitôt été encouragé par la ministre libérale et candidate dans la circonscription d'Anjou, Lise Thériault. «Très heureuse pour toi, cher collègue et ami, a-t-elle écrit. J'espère que tu pourras te concentrer sur ta campagne et ne pas te laisser distraire par nos adversaires.»

Par voie de communiqué, vendredi, le DPCP a rejeté les allégations voulant que les récentes controverses entourant M. Ouellette aient eu un impact sur sa décision.

«Cette décision, qui fait suite à une analyse rigoureuse, n'a aucun lien direct ou indirect avec les allégations portant sur M. Ouellette qui ont circulé dans les médias cette semaine», a-t-on écrit.

«Selon l'échéancier prévu le 27 juin dernier par le tribunal, le DPCP devait transmettre aujourd'hui ses arguments écrits et a donc déposé ce matin une lettre informant la cour de cette position.»

Couillard interpellé

Vendredi, pour un troisième jour d'affilée, le chef libéral Philippe Couillard a dû déroger à son plan de communication et commenter «l'affaire Ouellette».

Que pense-t-il de l'hypothèse de M. Ouellette, selon laquelle un lien existe entre la décision du DPCP et les révélations dans les médias cette semaine à l'effet qu'il a transmis des informations compromettantes sur le Parti libéral à la Coalition avenir Québec en 2016?

«Je n'ai aucun commentaire, je respecte l'indépendance des institutions», a répondu M. Couillard, qui faisait campagne vendredi à Québec.

Il n'a pas nié que son candidat dans Chomedey a pu être une taupe dans le passé. «Je pense que l'avenir va nous amener à travailler ensemble au bénéfice des Lavallois et des Québécois», s'est-il contenté de dire.

Est-il rassuré par la décision du DPCP? «Je n'ai pas à être rassuré ou quoi que ce soit, c'est la décision d'une institution indépendante que je respecte», a-t-il affirmé. Il a assuré par ailleurs que M. Ouellette fera partie de son caucus une fois réélu dans Chomedey.

L'UPAC, de son côté, a diffusé un laconique communiqué dans lequel elle dit prendre acte de cette décision du DPCP et qu'elle ne formulera aucun autre commentaire.

Lisée réagit

«Le DPCP parle d'informations nouvelles, est-ce que c'est simplement les arguments nouveaux que l'Assemblée nationale a fait valoir et l'avocat de M. Ouellette, ou est-ce qu'il y a des faits nouveaux, de la preuve qui fait en sorte qu'ils ne sont plus intéressés par le mandat?» s'est pour sa part questionné le chef péquiste Jean-François Lisée.

«Il y a des bouts qui nous manquent, qui manquent au public, c'est d'intérêt public, ça intéresse l'Assemblée nationale, donc la transparence est de mise», a-t-il ajouté.

Il a été impossible de savoir auprès du corps policier si son enquête sur Guy Ouellette était toujours en cours.