La députée sortante de Laviolette, Julie Boulet, en compagnie du premier ministre, Philippe Couillard et du député sortant de Saint-Maurice, Pierre Giguère.

Laviolette-Saint-Maurice: nouvelle circonscription... sans Julie!

SHAWINIGAN — La campagne électorale n’est pas commencée, mais c’est tout comme. Autour des BBQ, des candidats s’activent dans certaines circonscriptions particulièrement chaudes. Les journaux du Groupe Capitales Médias vous proposent chaque dimanche d’ici la fin août six luttes qui feront jaser tout le Québec. Cette semaine, place à Laviolette-Saint-Maurice.

Déjà, on peut prédire deux grands bouleversements en Mauricie lors du prochain scrutin provincial: une nouvelle circonscription, soit celle de Laviolette-Saint-Maurice, et une première élection en 17 ans sans Julie Boulet.

D’ailleurs, on ne peut s’empêcher d’y voir un lien de cause à effet. Députée libérale de Laviolette depuis 2001, la p’tite fille de Saint-Tite a justement perdu sa ville natale dans le redécoupage de la carte électorale. En décrétant la dissolution du comté de Saint-Maurice en mars 2017, la Commission de la représentation électorale ouvrait la voie à une guerre intestine entre le député actuel, Pierre Giguère, et sa célèbre voisine pour représenter le Parti libéral du Québec dans Laviolette-Saint-Maurice.

En février 2018, leur chef Philippe Couillard tranchait enfin la question: c’est Julie Boulet qui allait être la candidate libérale de la nouvelle circonscription, au grand désespoir de Pierre Giguère. Or, à peine trois mois plus tard, coup de théâtre. La ministre du Tourisme annonçait son retrait de la vie politique, sous prétexte de ne plus avoir le feu sacré.

Une décision surprenante qui survenait au moment même où l’appui des militants de Saint-Maurice était loin de lui être acquis et la candidature de son frère, Me Jean Boulet, était sur le point d’être confirmé dans Trois-Rivières... pour la Coalition Avenir Québec! C’est sans compter la présence agaçante de Me Sonia LeBel, tout près, dans le comté de Champlain, comme aspirante caquiste. Les deux femmes avaient croisé le fer de façon mémorable à la commission Charbonneau.

Dès le lendemain de l’annonce du départ de sa «collègue», Pierre Giguère, qui s’apprêtait à rentrer dans ses terres, fut désigné candidat libéral dans Laviolette-Saint-Maurice et ce, à la demande du même Philippe Couillard.

Et comme si la situation n’était pas suffisamment rocambolesque, sa nomination de type plan B a eu lieu sur fond de controverse alors que l’un de ses employés avait amorcé des démarches auprès de la CAQ quelques semaines auparavant.

Avec autant d’actions du côté libéral, on peut se demander si la campagne électorale pourra maintenant rivaliser en intensité. Car la présence de l’imbattable Julie Boulet aura toujours eu pour effet de décourager le moindre candidat vedette dans le camp adverse, comme l’avait fait auparavant son prédécesseur péquiste dans Laviolette, Jean-Pierre Jolivet, pendant 25 ans.

Sauf que cette fois, son absence donne de l’espoir aux représentants des principaux partis. Pierre Giguère peut toujours compter sur sa base libérale pour faire des gains, comme député sortant, mais la candidate caquiste, Marie-Louise Tardif, dispose d’un atout non négligeable: des sondages favorisant sa formation politique.

Pour sa part, la représentante du Parti québécois, Jacynthe Bruneau, peut miser sur les racines péquistes pas si lointaines de ce coin de la Mauricie pour tenter de renverser le mauvais sort qui semble s’acharner sur les troupes de Jean-François Lisée. Encore faudra-t-il que son opposante de Québec Solidaire, Christine Cardin, ne vienne pas trop lui soutirer des votes.

Bref, sans Julie, les paris sont ouverts dans le nouveau comté de Laviolette-Saint-Maurice, le troisième plus grand au Québec, avec des pôles tels que Shawinigan, et sa nouvelle économie, et La Tuque, avec sa foresterie, en passant par le secteur Grand-Mère, plutôt dévitalisé.

Le candidat libéral, Pierre Giguère, en compagnie de son chef, Philippe Couillard, lors d’une visite au Digihub de Shawinigan.

Pierre Giguère (PLQ)

Il y a un peu plus de trois mois, Pierre Giguère se résignait à tourner le dos à sa carrière politique provinciale. Avec l’abolition de son comté de Saint-Maurice et la désignation de Julie Boulet pour représenter les libéraux dans la nouvelle circonscription de Laviolette-Saint-Maurice, il ne lui restait que peu d’options, dont celle d’être candidat indépendant. Un scénario qu’il avait finalement écarté.

Puis arrive ce dénouement inespéré: la volte-face de la ministre régionale qui décide finalement de se retirer. L’homme de 53 ans a beau être membre du club Optimiste, il n’aurait pu souhaiter mieux. Et il n’a pas hésité à se montrer bon joueur en acceptant l’offre du premier ministre de devenir le candidat libéral dans le nouveau comté.

Fort de son passage sur la scène municipale comme conseiller, également pendant quatre ans, cet agriculteur-propriétaire se présente donc comme un gars de terrain bien connecté à son milieu. Il lui reste tout de même à conquérir la haute Mauricie alors qu’il s’agit pour lui d’une nouvelle terre politique à cultiver, à la suite du redécoupage de la carte électorale. Entre autres, il a déjà rencontré le conseil municipal de La Tuque pour se familiariser avec les dossiers.

Déjà, aux élections de 2014, Pierre Giguère avait réussi l’exploit d’évincer le Parti québécois du comté de Saint-Maurice, après deux décennies de domination. D’où sa confiance actuelle, malgré des enquêtes d’opinion publique plutôt défavorables. « Il faut prendre en considération la prime à l’urne », rappelle-t-il.

Celui-ci ne cache pas que les gens vont s’ennuyer de Julie Boulet. « Elle a amené beaucoup. On ne l’oublie pas. On veut continuer à travailler dans la même direction. Moi aussi, je suis très proche du monde. Ça va être une campagne de terrain et les deux tiers du nouveau comté correspondent à mon comté actuel », fait remarquer M. Giguère, dont l’investiture a eu lieu en l’absence d’une certaine Julie....

Marie-Louise Tardif, de la CAQ, avec son chef, François Legault, lors de l’annonce de sa candidature.

Marie-Louise Tardif (CAQ)

Quel que soit le résultat du scrutin provincial, Marie-Louise Tardif sera toujours reconnue pour avoir eu l’audace d’affronter Julie Boulet. Car l’annonce de sa candidature a eu lieu après que la redoutable ministre régionale fut choisie par Philippe Couillard pour représenter les libéraux dans le nouveau comté de Laviolette-Saint-Maurice.

D’ailleurs, lors de la conférence de presse tenue en avril dernier, les médias avaient surtout voulu savoir comment la directrice générale du Parc de l’Île Melville, à Shawinigan, envisageait le défi de détrôner une femme qui s’était relevée de plusieurs tempêtes depuis sa première élection en octobre 2001, dont celle de la Commission Charbonneau.

« Mme Boulet est une dame extraordinaire, mais elle n’est malheureusement pas dans le bon parti. Les gens ont hâte et ont besoin de changement. Je vais lui souhaiter bonne chance, mais je sais que les gens vont voter pour l’équipe de la CAQ », avait-elle répondu.

Un positivisme qui s’est accru avec le désistement imprévu de l’imbattable députée de Laviolette. Car la candidate caquiste l’avouera elle-même aujourd’hui: « on votait Julie ».

«Je n’ai pas eu peur de l’affronter. Je l’admire, c’est une femme intelligente, mais qui n’était pas dans le bon parti», a répété la femme de 56 ans.

Malgré ce nouveau contexte qui la favorise, Mme Tardif dit ne prendre rien pour acquis. «On se croise les doigts. On travaille fort. Depuis que j’ai été annoncée, j’ai commencé déjà ma campagne, ayant rencontré plusieurs maires, organismes et entreprises. Le territoire est grand. Il y a beaucoup de différences entre les réalités de Parent, Wemotaci, La Tuque et Mont-Carmel. L’accueil est fantastique. Les gens veulent vraiment du changement. On le sent sur le terrain», affirme-t-elle.

Après un essai infructueux comme conseillère municipale en 2009, comment va-t-elle compenser son manque d’expérience politique contre le député libéral sortant Pierre Giguère?

« Avec ma formation comme bachelière en foresterie et ayant travaillé pendant 21 ans comme ingénieure en foresterie, ce n’est pas trop long que je comprends les dossiers. Et j’ai de l’expérience au niveau de la gestion et du redressement d’entreprise, ce qui ne s’acquiert pas en politique. Il faut avoir travaillé avant pour être capable de comprendre et gérer les dossiers. L’important, c’est de rencontrer le plus de gens possible », fait-elle remarquer.

La candidate du PQ, Jacynthe Bruneau, lors de son investiture, en présence de sa vice-cheffe, Véronique Hivon.

Jacinthe Bruneau (PQ)

« Je n’ai pas choisi mon parti pour les sondages. Mon allégeance politique, c’est d’abord et avant tout une appartenance à des valeurs. À la base, c’est clair que je n’aurais pas pu m’impliquer dans un autre parti que le PQ. On veut un État fort au service des gens ».

Infirmière syndicaliste, Jacynthe Bruneau ne s’en fait pas avec les intentions de vote qui sont loin de favoriser sa formation politique. Et le retrait de Julie Boulet dans la course ne change rien à sa stratégie.

« Je veux faire une campagne sur le fond des idées. On va à la rencontre des gens, sur le terrain, pour voir les préoccupations de chacun. Je suis allée à La Tuque et j’ai été bien accueillie », rapporte la femme de 45 ans.

Cette vice-présidente de la FIQ-SPSMCQ se dit « bien placée en santé pour connaître la détérioration du réseau ». « Je me suis toujours portée à la défense de ceux qui n’étaient pas en mesure de le faire eux-mêmes. J’ai travaillé dans différents secteurs d’activités notamment en médecine, à l’urgence, en psychiatrie, aux soins palliatifs, en réadaptation gériatrique, mais mes dernières années ont été consacrées à la réponse téléphonique à Info-santé», avait-elle expliqué devant ses partisans.

Celle-ci dit avoir reçu de nombreuses critiques « très négatives » concernant le réseau de la santé, notamment sur le manque d’accessibilité des ressources.

« Parallèlement à ma relation infirmière-patients, j’étais confrontée à un milieu de travail avec des collègues épuisées, à qui on en demandait toujours plus. Des femmes dévouées et inquiètes de ne pas être en mesure d’offrir des soins sécuritaires à leurs patients. C’est cette volonté de préserver ma profession et de soutenir les professionnelles en soins qui m’a poussée à m’impliquer syndicalement », confie Mme Bruneau.

Celle-ci souhaite donc redonner des services de qualité à la population de Laviolette-Saint-Maurice. « On ne peut pas se permettre de baisser les impôts quand on a tellement d’argent à réinvestir en santé et en éducation. On veut présenter un programme qui est crédible, réaliste, avec la conjoncture actuelle », précise-t-elle.

Finalement, cette dernière veut que chaque localité de son comté puisse avoir la possibilité de se développer au niveau entrepreneurial, comme c’est le cas à Shawinigan.

La candidate de Québec Solidaire dans Laviolette-Saint-Maurice, Christine Cardin (2e sur la photo), accompagnée des autres candidats de la Mauricie, Simon Piotte (Maskinongé), Valérie Delage (Trois-Rivières) et Steven Roy Cullen (Champlain).

Christine Cardin (QS)

Christine Cardin milite au sein de Québec Solidaire depuis quelques années. Même que depuis deux ans, elle représentait la circonscription de Laviolette au sein du comité de coordination régional de son parti. Mais voilà qu’elle pousse plus loin son implication en se lançant dans l’arène politique.

Et la future bachelière en psychologie ne cache pas que la grève étudiante de 2012 aura constitué une source de motivation, « un espèce de réveil de conviction profonde ».

La femme de 37 ans considère que la prochaine campagne électorale constituera une belle tribune pour mettre à l’avant-plan les idées ainsi que le programme de son parti.

« Choisir Québec Solidaire, c’est choisir un parti qui propose une alternative progressiste aux partis existants. Une alternative large, rassembleuse, enracinée dans toutes les régions. Une alternative capable de porter et de réaliser les espoirs de changement de tant de femmes et d’hommes du Québec. Une alternative permettant de bâtir un monde à la mesure de nos rêves », soutient-elle.

Sa priorité est de réduire les inégalités sociales. Éducation, accès à l’Internet, soutien au secteur communautaire, salaire minimum à 15 dollars l’heure, accès aux soins de santé: voilà autant de préoccupations pour cette résidente du secteur Grand-Mère.

« Le plus possible, on va essayer d’aller rencontrer les gens sur le terrain, assister à des événements, des rassemblements, couvrir l’ensemble du territoire », révèle-t-elle comme approche.

En ce qui concerne le départ de Julie Boulet, Mme Cardin croit qu’il était temps pour la ministre libérale de tourner la page. À son avis, la politique ne doit pas être vue comme une carrière, mais plutôt un passage dans une vie au cours duquel on met nos idées et notre vision au service de nos concitoyens. En ce sens, la candidate pour QS trouve très noble la décision d’Amir Khadir de quitter la vie politique pour retourner à la pratique de la médecine.

« À ce moment-là, tout est possible, et les autres candidats aussi doivent penser pareil. La lutte n’est pas gagnée d’avance », conclut-elle par rapport aux chances de l’emporter, maintenant que la députée de Laviolette ne fait plus partie de l’équation.

Résultats dans Saint-Maurice en 2014

Pierre Giguère (PLQ): 33,59 %

Luc Trudel (PQ): 30,93 %

Stéphane Mongeau (CAQ): 28,45 %

Marie-Line Audet (QS): 5,31 %

Jonathan Lapointe (PCQ): 1,09 %

Jean Guillemette (ON): 0,62 %

Résultats dans Laviolette en 2014

Julie Boulet (PLQ): 52,58 %

André Beaudoin (PQ): 23,25 %

Sylvain Gauthier (CAQ): 18,76 %

Jean-François Dubois (QS): 4,67 %

Gabriel-Olivier Clavet-Massicotte (ON): 0,52 %

Jean-Paul Bédard (PMLQ): 0, 22 %