Le chef de la Coalition Avenir Québec, François Legault

La CAQ et le PLQ: deux visions de l'immigration s'affrontent

JOLIETTE — Le chef caquiste François Legault a davantage précisé sa vision de l'immigration, jeudi, en disant vouloir une immigration proportionnelle à la population dans chaque ville québécoise.

Il a également promis d'être «souple» avec les immigrants âgés de 65 ans et plus qui arrivent au Québec en vertu du programme fédéral de réunification familiale. Il s'abstiendrait de leur imposer un test de français.

Mais «quand un frère, une soeur vient ici, qu'elle a 40 ans, c'est important qu'elle apprenne le français», a-t-il insisté en marge d'une annonce à Saint-Alphonse-Rodriguez, dans Lanaudière.

Selon lui, Montréal devrait accueillir un maximum de 50 % des immigrants, puisqu'elle représente la moitié de la population du Québec.

«Le grand Montréal, ça représente 50 % de la population, mais il y a plus de 75 % des nouveaux arrivants qui décident de s'installer à Montréal, a-t-il dénoncé. Si Montréal c'est 50 % de la population, ils devraient recevoir 50 % de l'immigration, et des villes comme Québec devraient en recevoir beaucoup plus, toutes proportions gardées.

«Les libéraux, qui sont là depuis 15 ans, n'ont pas réussi à ce qu'une partie proportionnelle des immigrants s'installe à Québec, à Sherbrooke, à Lévis, en Abitibi, dans les différentes régions où il y a des pénuries de main-d'oeuvre», a-t-il renchéri.

Si elle accède au pouvoir, la Coalition avenir Québec abaissera dès 2019 les seuils annuels d'immigration, les faisant passer de 50 000 à 40 000 personnes.

Le parti martèle qu'en admettant moins d'immigrants, le Québec pourra mieux les intégrer et ainsi empêcher qu'ils quittent la province en trop grand nombre.

François Legault aime répéter que 59 % des nouveaux arrivants ne parlent pas français et 26 % quittent le Québec pour aller s'installer ailleurs au pays.

La diminution de 10 000 immigrants se ferait donc à travers toutes les catégories d'immigrants, soit l'immigration économique, la réunification familiale et les réfugiés, a-t-il annoncé mercredi, soit «20 à 24 pour cent» de réduction dans chaque catégorie.

Or, le Québec exerce seulement un contrôle sur la catégorie des migrants économiques, de sorte qu'une négociation avec Ottawa s'imposerait dans les deux autres domaines.

Legault veut «briser des familles»

«Bonne chance», a commenté le chef du Parti libéral, Philippe Couillard, au sujet d'éventuelles négociations avec le gouvernement fédéral.

Il serait «surpris» que le premier ministre du Canada Justin Trudeau acquiesce à la demande.

«Je pense qu'on a besoin de plus de travailleurs au Québec, notamment des travailleurs qui viennent d'ailleurs. Alors de prétendre diminuer ça, en partant, c'est une erreur économique très grave. Je ne comprends pas que quelqu'un propose une chose aussi absurde», a-t-il argué.

M. Couillard a par ailleurs dénoncé le plan de son adversaire caquiste de réduire le nombre d'immigrants accueillis chaque année au Québec, afin de le faire passer de plus de 50 000 à 40 000. La CAQ veut entre autres diminuer le nombre d'entrées pour la réunification familiale.

Selon le chef libéral, M. Legault agit «quasiment comme un extraterrestre» en ignorant la pénurie de main-d'oeuvre au Québec pour abaisser les seuils d'immigration, en plus de vouloir imposer un test de valeurs qui expose celui qui l'échoue à l'expulsion.

«Il (M. Legault) ferme la porte d'entrée, donc moins de travailleurs de l'extérieur, il ouvre la porte de l'expulsion, avec ses tests, et en même temps il est prêt à briser les familles. Quelle vision sociale extraordinaire.»

Le chef libéral pourrait maintenir les seuils d'immigration à 50 000, mais il a entrouvert la porte cette semaine à une augmentation au cours d'un prochain mandat.

S'immisçant dans le débat jeudi, le chef péquiste Jean-François Lisée a dit s'opposer à la «numérologie caquiste et libérale qui dit que ça en prend 40, 50, 60».

«Ça prend 100 pour cent de succès, a-t-il tranché. J'entends M. Couillard dire: “Ah, c'est bin épouvantable, on va en manquer”. Oui mais t'en a fais venir 50 000 et il y en a 25 pour cent qui sont partis. Ils sont partis. Ce n'est pas un succès quand ils ne restent pas.»

Couillard prêt à relever Ottawa

M. Couillard réclame de gérer le programme fédéral de travailleurs temporaires étrangers, si Ottawa est incapable de le moderniser.

Il déplore que les employeurs frappés par la pénurie de main-d'oeuvre soient aux prises avec des tracasseries administratives imposées par le fédéral et datant d'une autre époque.

Dans une mêlée de presse à Longueuil, jeudi, M. Couillard est revenu sur l'exemple d'une boulangère de Québec qui, pour justifier auprès du fédéral le renouvellement du permis d'un travailleur temporaire étranger, doit réaliser par elle-même une étude d'impact pancanadienne et déposer 2000 $, sans connaître l'issue du processus.

Selon le chef libéral, le programme fédéral doit être amélioré considérablement, et si Ottawa ne s'estime pas capable de le faire, Québec s'offre pour prendre le relais.