De passage à Trois-Rivières jeudi, la ministre Lucie Charlebois a tiré à boulets rouges sur la candidate caquiste dans Champlain, Sonia LeBel.

«Elle part bien mal sa carrière»

Trois-Rivières — Décidément, la sortie de la candidate caquiste dans Champlain Sonia LeBel au sujet des services dispensés par la Direction de la protection de la jeunesse et sa volonté d’agir pour améliorer les services en protection de la jeunesse a piqué au vif le Parti libéral. De passage dans la région jeudi, la ministre déléguée à la Protection de la jeunesse Lucie Charlebois a vivement critiqué les propos de la candidate de la CAQ, qui aurait dû se garder une petite gêne selon la ministre.

«Elle part bien mal sa carrière, elle serait mieux de rester en droit», a-t-elle lancé sans détour. La ministre Charlebois a spécialement été surprise de constater que Sonia LeBel avait commenté les délais relatifs à l’enquête présentement menée par la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse (CDPDJ) sur les services de la DPJ en Mauricie, une enquête qui dure depuis bientôt deux ans.

«J’ai trouvé ça très étonnant, venant d’une procureure, une avocate d’expérience qui a siégé à une commission importante, qui veut en s’en venant en politique se mettre les deux bras dans la machine. Je trouve ça un petit peu indécent. Si elle pense que c’est comme ça qu’on fait de la politique... Moi je respecte les institutions. Elle le sait très bien qu’on ne peut pas être juge et parti. Quand tu fais de la politique, il y a des instances où comme politicien, comme ministre, on ne peut pas intervenir. La CDPDJ, c’est un tribunal, on n’a pas le droit d’aller s’immiscer là-dedans», indique-t-elle.

Questionnée à savoir ce qu’elle pensait d’un délai de près de deux ans pour mener une enquête concernant des services rendus à des enfants qui pourraient vivre de la négligence ou de mauvais traitements, la ministre a souligné qu’il importait de laisser le temps aux institutions de bien faire leur travail, et non de bâcler des enquêtes dans l’espoir d’aller plus vite. «Ce n’est pas à la ministre de dire: prenez six mois et bâclez-moi une enquête qui ne sera pas bien attachée. Moi ce que je souhaite, c’est avoir des bonnes recommandations et agir de façon adéquate pour les jeunes en protection de la jeunesse. Chaque rapport que j’ai eu de la CDPDJ, j’ai mis en oeuvre toutes les recommandations qu’on a reçues. Je n’ai pas l’intention de faire différent avec ce rapport-là. C’est trop important quand on parle de protection de la jeunesse pour bâcler des choses», ajoute-t-elle, rappelant que le gouvernement libéral a réalisé d’importants investissements en protection de la jeunesse, notamment au point de vue d’accompagnement des nouveaux travailleurs sociaux, du soutien psychologique et d’un plan d’action pour les fugues.

«Il faudrait peut-être qu’elle se renseigne avant de faire des affirmations», a souligné Mme Charlebois.

Sonia LeBel
De passage au bureau du Directeur des élections dans Champlain pour y déposer officiellement son bulletin de candidature jeudi, Mme LeBel s’est montrée étonnée de la réaction de la ministre. «Je pense que ça n’a rien à voir avec ma profession d’avocate. Si c’est ça être un politicien, ne pas intervenir quand il y a des problèmes, c’est le temps que les choses changent et qu’on intervienne autrement. Je suis très inquiète de ce qui se passe à la DPJ. Je reçois, depuis mon intervention, beaucoup de témoignages de gens qui ont encore beaucoup de problèmes avec la DPJ en Mauricie et qui me remercient d’être intervenue», mentionne Mme LeBel.

Pour elle, que les libéraux fassent un rapprochement entre son rôle à la Commission Charbonneau et son intervention sur les services de la DPJ est tout simplement boiteux. «Je m’excuse, mais si on commence à comparer la sécurité de nos enfants à des contrats publics, je pense qu’on a un problème. Mon propos n’est pas contre les intervenants, mais contre la structure et le fait qu’il n’y ait pas eu de leadership dans ce dossier-là de la part de la ministre. Les gens sur le terrain, les intervenants ont besoin d’aide, ils sont débordés. Encore récemment, ça a pris plus de 300 jours pour qu’on intervienne après un signalement. En 2016 et 2017, des juges sont intervenus à leur corps défendant parce qu’ils sont pris avec les lois en vigueur, et ont dû remettre des enfants à leurs parents sans pouvoir s’assurer que c’était la chose appropriée. Il y a encore des choses à faire. C’est notre devoir d’intervenir. Quand on parle de la santé et la sécurité de nos enfants, chaque jour compte», martèle la candidate caquiste.

Visite
La ministre Lucie Charlebois de même que sa collègue Francine Charbonneau étaient de passage en Mauricie jeudi pour venir rencontrer différents organismes et groupes, en compagnie des députés sortants Jean-Denis Girard et Pierre-Michel Auger. Les candidats ont pu se rendre au tournoi de golf de la Fondation Interval, de même qu’à la Table Abus auprès des aînés pour y rencontrer les gens. En après-midi, Jean-Denis Girard et Francine Charbonneau se sont rendus dans différentes résidences pour personnes âgées afin de discuter avec les résidents, alors que Pierre-Michel Auger et Lucie Charlebois ont visité tout près d’une trentaine d’organismes communautaires de Trois-Rivières, Des Chenaux et Mékinac.