Alexandre Taillefer craint des coupures massives dans la fonction publique si la CAQ devait prendre le pouvoir.

Alexandre Taillefer: François Legault est «une menace à la paix sociale»

La paix sociale serait menacée au Québec, si jamais François Legault prenait le pouvoir le 1er octobre, selon Alexandre Taillefer.

Le président de la campagne électorale du Parti libéral du Québec (PLQ), se dit très inquiet de l’éventuelle élection de la Coalition avenir Québec (CAQ).

Et M. Taillefer n’a pas hésité à brandir le spectre d’une crise sociale, si jamais ce scénario s’avérait, au cours d’un entretien de près d’une heure avec La Presse canadienne, dimanche.

Il faut appréhender «une détérioration de la paix sociale», affirme avec aplomb M. Taillefer, un des joueurs-clés de la campagne électorale libérale.

«Moi, ça m’inquiète énormément», ajoute celui qui se décrit comme «un électron libre» de la politique, reconnu pour son franc-parler.

Il associe la CAQ au courant politique libertarien, qui prône un État minimaliste.

«Le libertarisme est un danger» réel qui pourrait frapper le Québec si la CAQ prenait le pouvoir, assure M. Taillefer, en affirmant que M. Legault est entouré de «plusieurs personnes» prônant ce type d’idéologie de droite.

Si la CAQ prend le pouvoir, il craint donc des coupes massives dans la fonction publique, la fin des commissions scolaires et la privatisation de plusieurs services publics, soit un cocktail de décisions susceptibles de créer notamment un affrontement entre les syndicats et le gouvernement.

François Legault, c’est «l’éléphant dans un magasin de porcelaine», à ses yeux.
Il craint aussi que les électeurs qui s’apprêtent à voter pour lui ignorent qui est «le vrai François Legault».

Il craint aussi que les électeurs qui s’apprêtent à voter pour lui ignorent qui est «le vrai François Legault».

«Il dit ce que la population veut entendre», ne révélant pas ce qu’il entend vraiment faire une fois élu, selon lui.

D’où l’importance, capitale à ses yeux, du scrutin du 1er octobre pour le Québec, alors que les électeurs auront le choix entre un gouvernement libéral «progressiste» ou un gouvernement caquiste de droite.

Un homme de gauche

L’homme d’affaires bien connu dit être entré au PLQ par la porte de gauche. Il entend bien y défendre des valeurs progressistes, qui vont se transformer en mesures concrètes dans la plateforme électorale que s’apprête à présenter le parti, qu’il veut tirer toujours plus vers la gauche de l’échiquier politique, avec des investissements importants dans les programmes sociaux.

Il promet que cette plateforme contiendra «des idées novatrices qui vont surprendre beaucoup de monde», en promettant «tout ce qui permet d’offrir une meilleure qualité de vie» aux citoyens.

Homme fortuné, il ne se définit pas pour autant comme un membre de la «gauche caviar», précise-t-il durant l’entrevue, autour d’un café, dans le décor feutré de l’Hôtel Ritz-Carlton.

Il dit croire fermement aux «bienfaits des politiques sociales» pour créer une société plus juste, plus égalitaire, prônant notamment une hausse du salaire minimum à 15 $ l’heure.

Son saut en politique, en mai dernier, n’a pas été de tout repos.

Il en reste traumatisé, au point de remettre en question son engagement politique futur. «Je suis un électron libre. Je ne suis pas un loose cannon, mais je suis un électron libre», soutient l’homme d’affaires, loin d’être sûr de se sentir très à l’aise dans l’univers politique, avec sa culture, ses codes et ses normes, parfois rigides.

«Je pense que je ne suis malheureusement pas fait pour la politique», confesse-t-il.

Ceux qui le voyaient déjà candidat au leadership libéral, si Philippe Couillard démissionnait au lendemain d’une défaite, il répond qu’il est «un gars très intuitif», bien peu disposé aux savants calculs stratégiques destinés à mieux se positionner.

Surtout, il estime ne pas être fait du bois dont on façonne les politiciens.

«Je ne pense pas que je serais capable de travailler dans un moule» comme celui-là, dit cet anticonformiste.

Pas de cravate

Un exemple parmi d’autres : le code vestimentaire.

L’uniforme d’un chef politique est le complet-cravate, idéalement de couleur sombre et de coupe conservatrice.

Or, Alexandre Taillefer ne porte que des jeans, 365 jours par année, accompagnés la plupart du temps d’une chemise sport ouverte, «gougounes» de caoutchouc aux pieds pour plus de confort.

Son cou n’a jamais été encerclé d’une cravate «au cours des 15 dernières années», et pas question que cela change.

Il veut bien «servir la population», mais n’est donc «pas certain» que la politique active et «soit la meilleure façon» pour quelqu’un comme lui.

Le coeur qui bat fort

Il a été échaudé par la couverture médiatique, en mai, quand il a annoncé qu’il allait présider la campagne libérale. Surpris de faire la manchette pendant des jours, il a été critiqué sous toutes ses coutures, certains raillant le fait d’avoir affirmé qu’il rêvait de devenir un jour premier ministre du Québec.

Cet épisode l’a beaucoup affecté, relate l’ancien Dragon de la télé. Il se levait le matin anxieux, se demandant quel média allait l’éreinter ce jour-là. «Le cœur me débattait», raconte celui qui semble encore sonné de constater qu’une expression malhabile — comme lorsqu’il a parlé de l’importance d’avoir les deux mains sur le volant — puisse faire la manchette et susciter autant de commentaires.

Quoi qu’il en soit, il sera très actif durant la campagne électorale, à la fois dans le «war room», le centre décisionnel libéral, et en tournée, menée en parallèle de celle du chef, Philippe Couillard.

En cas de victoire ou de défaite, il reprendra ses activités à la tête de ses entreprises et promet de continuer, d’une façon ou d’une autre, à s’impliquer au PLQ pour influencer ses choix. Mais il pourrait bien dorénavant préférer l’ombre à la lumière.