Des membres de l’ex-gouvernement de Pauline Marois sont agacés d’entendre Jean-François Lisée en escamoter l’existence, même si c’est pour des raisons de stratégie électorale.

«15 ans de régime libéral»: une image que Lisée devrait éviter?

BILLET / À quelques heures du premier débat télévisé de cette campagne électorale, des membres de l’ex-gouvernement de Pauline Marois aimeraient ne plus réentendre le chef Jean-François Lisée et d’autres péquistes parler de «15 ans de régime libéral». Ils espèrent que M. Lisée évitera cette expression ce jeudi soir lorsqu’il débattra avec ses adversaires Philippe Couillard, François Legault et Manon Massé.

Ces péquistes sont bien conscients qu’il s’agit d’une caricature politique. Mais ils sont tout de même agacés d’entendre le chef actuel du Parti québécois (PQ) escamoter l’existence du gouvernement Marois, l’entendre faire comme s’il n’avait jamais existé — même si c’est pour des raisons de stratégie électorale.

«Après 15 ans de régime libéral, les Québécois ont honte de leur système de santé et de leur système d’éducation; voient que le français décline dans la région de Montréal et même la justice, avec les délais», a par exemple déclaré Jean-François Lisée en entrevue à TVA avec Mario Dumont lors de la première semaine de la campagne.

Que les caquistes parlent de «15 ans» de régime libéral passe encore aux yeux de ces péquistes — dont certains proches de Pauline Marois. Le chef François Legault était un adversaire du gouvernement Marois, rappellent-ils, mais Jean-François Lisée, lui, en a été membre.

Trop chatouilleux? Lorsque cette interrogation a été lancée à l’un d’eux, celui-ci s’est aussi souvenu que M. Lisée a parlé des erreurs de la campagne de Pauline Marois en 2014… «J’ai un petit livre sur les leçons de la campagne de 2014, qui n’était pas la meilleure de l’histoire du PQ, et une fois de temps en temps je regarde pour être sûr qu’on ne fasse pas les mêmes erreurs, et si possible, le contraire», a affirmé M. Lisée récemment.

Mais c’est surtout l’expression «15 ans» de régime libéral qui trouble. Remarquons que la plupart des anciens membres du gouvernement Marois actuellement en campagne l’évitent. Ils la jugent eux-mêmes inadéquate.

Le Soleil n’a pu parler à Pauline Marois de cette question.

Il faut dire que cette expression roule si intensément depuis des mois dans l’actualité qu’elle s’est imposée et synthétise un message politique.

Pour bien appuyer dessus, le caquiste François Legault a d’ailleurs glissé cette semaine que l’éventuelle réélection de Philippe Couillard le 1er octobre ferait passer ce règne libéral de 15 à 19 ans.

«La réalité»

Si des caquistes, des péquistes et des solidaires parlent de 15 ans, c’est parce que le libéral Jean Charest a été élu premier ministre du Québec le 14 avril 2003 — il y a plus de 15 ans, donc. Si des péquistes en sont agacés, c’est que Pauline Marois a dirigé un gouvernement du Parti québécois du 4 septembre 2012 au mois d’avril 2014 — un gouvernement éphémère, il est vrai, comme le sont souvent les gouvernements minoritaires.

La plupart ne se formalisent toutefois pas de cette «image» de 15 ans. «Parce qu’en 18 mois au gouvernement, on n’a pas eu le temps de faire tout ce qu’on aurait pu faire», résume à micro ouvert le député sortant de Rimouski, le péquiste Harold Lebel.

Pour un autre péquiste, l’expression ne fait que traduire une réalité : «Ce qui a profondément influencé l’État québécois depuis 15 ans, c’est la gouvernance des libéraux, qu’on le veuille ou non». Pas un «gouvernement de 18 mois».