Les nouveaux députés de Champlain et Trois-Rivières, Sonia LeBel et Jean Boulet.

Élection historique

C’est une élection qui va passer à l’histoire avec la désignation sans équivoque d’un premier gouvernement depuis près d’un demi-siècle qui ne soit pas issu de l’alternance libérale-péquiste.

Mais aussi en raison de l’effondrement, tant en termes de votes reçus que de pourcentage recueilli des votes exprimés, du Parti québécois, qui n’atteint même plus les seuils requis pour être reconnu comme un parti officiel à l’Assemblée nationale et qui rend désormais son avenir plus qu’incertain.

On ne peut pas parler de tsunami en faveur de la Coalition avenir Québec dirigée par François Legault, mais assurément d’une puissante lame de fond qui a balayé toutes les régions du Québec, à l’exception de l’île de Montréal. Mais la CAQ est quand même parvenue à y installer un premier pied-à-terre dans Pointe-aux-Trembles.

La victoire caquiste est d’autant spectaculaire que si elle pouvait avoir été pressentie, elle a largement dépassé dans les faits les résultats des derniers sondages et les prédictions de la très forte majorité des analyses qui en ont été faites.

On prédisait encore en fin de semaine une lutte au coude-à-coude entre la CAQ et le Parti libéral du Québec, avec une possibilité que ce dernier soit reconduit au gouvernement.

La prime à l’urne, historiquement acquise au PLQ et qui lui assurait historiquement un avantage électoral, est loin d’avoir persisté. Le PLQ n’a même pas livré sa base historique d’une quarantaine de comtés. Certes, le parti en conserve une trentaine et sera maintenu au niveau de première opposition à Québec, mais avec des majorités réduites. C’est une défaite cuisante pour le PLQ.

Il n’a pas fallu un quart d’heure de diffusion des résultats lundi soir pour que la perspective d’une débâcle libérale devienne d’une flagrante évidence et que l’effondrement du Parti québécois s’impose comme une réalité.

Le changement, qui a été un mot-clé de la campagne électorale, a été puissamment exprimé dans les urnes.

Si prime à l’urne il y a eue, c’est davantage à la CAQ qu’elle a été attribuée et… à Québec solidaire, qui a dépassé toutes les attentes et qui a quitté l’île de Montréal pour aller gagner des circonscriptions là où on ne l’attendait pas, comme l’avait prédit lors de son passage à nos bureaux le co-porte-parole du parti, Gabriel Nadeau-Dubois. Après avoir déclassé le Parti québécois, Québec solidaire jubilait lundi soir au moins autant qu’à la CAQ.

La déception doit être indescriptible pour le chef péquiste qui exhortait ces deniers jours les Québécois à lui accorder cette faveur discrète des urnes, lui qui ne l’a même pas obtenue dans sa propre circonscription.

On ne s’attendait pas dans la région à ce que Québec solidaire enlève un comté. Il n’en reste que dans Trois-Rivières, durant un long moment, la candidate solidaire, Valérie Delage, se classait quand même deuxième avant de céder sa priorité au libéral sortant Jean-Denis Girard.

On pourra avancer que dans Trois-Rivières, Québec solidaire a pu profiter du vote étudiant, en raison de la présence de l’UQTR et de deux collèges.

Mais la formation de gauche a quand même franchi la barre des 10 pour cent dans toutes les circonscriptions de la Mauricie, ce qui apparaissait comme un objectif audacieux en début de campagne. Il en a été de même pour QS dans Nicolet-Bécancour.

On a toujours observé que la région représentait généralement comme une synthèse de l’humeur électorale des Québécois.

Avec les larges majorités obtenues en Mauricie par les candidats de la CAQ au détriment des quatre députés libéraux sortants, on comprend que la région a été fidèle à elle-même.

On ne se surprendra pas que dans ce contexte, Donald Martel, qui se révélait déjà comme un pilier caquiste dans Nicolet-Bécancour, ait remporté son élection par une majorité que l’on pourrait presque qualifier d’hégémonique.

Mais c’est aussi le cas de Sonia LeBel, dans Champlain, qui a aussi obtenu plus de 50 pour cent des suffrages.

D’ailleurs, à l’exception de la circonscription de Maskinongé où le libéral sortant Marc H. Plante a offert une certaine résistance, les élus caquistes ont tous obtenu plus du double des voix de leur plus proche adversaire.

Avec 74 élus au moment de mettre sous presse, François Legault aura un moyen casse-tête à résoudre.

Ses rangs comptent plus d’élus susceptibles d’occuper un poste ministériel qu’il n’y aura de sièges à remplir. C’est particulièrement le cas dans la région. On ne doute pas que l’ex-procureure en chef de la commission Charbonneau, Sonia LeBel puisse mériter d’accéder au cabinet. On a l’impression que cela irait de soi.

Mais personne ne doute non plus que l’avocat Jean Boulet puisse tout autant aspirer à de telles fonctions.

Alors que penser de Donald Martel, élu pour une troisième fois dans Nicolet-Bécancour, qui y jouit d’une popularité évidente et qui est celui qui s’est occupé avec le succès que l’on connaît, du recrutement des candidats de la CAQ pour la Mauricie ?