Francis Langlois, membre externe de la Chaire Raoul-Dandurand et professeur d’histoire au Cégep de Trois-Rivières.
Francis Langlois, membre externe de la Chaire Raoul-Dandurand et professeur d’histoire au Cégep de Trois-Rivières.

Élection à la présidence américaine: tout peut arriver le 3 novembre

Brigitte Trahan
Brigitte Trahan
Le Nouvelliste
Trois-Rivières — Les sondages ont beau accorder une avance au candidat démocrate Joe Biden, tout peut arriver le 3 novembre si l’on en croit Francis Langlois, membre externe de la Chaire Raoul-Dandurand et professeur d’histoire au Cégep de Trois-Rivières et Vincent Raynauld, professeur affilié au département des lettres et communication sociale de l’UQTR et professeur agrégé au département de communication du Emerson College à Boston.

«On a une campagne assez exceptionnelle, estime Francis Langlois, étant donné le ton et la COVID. On a un président qui, en temps de pandémie, méprise les recommandations de ses propres institutions. Ce même président encourage certains groupes qui ont des visées relativement agressives, particulièrement à l’extrême droite. On n’avait jamais eu quelqu’un à la Maison-Blanche qui encourageait fortement ces gens-là à passer à l’action, souligne-t-il, ou refusait de les condamner.»

Grâce à (ou malgré) ça, Trump demeure avec un noyau dur de supporters de 30 % à 40 %, constate-t-il. La population est très polarisée, dit-il.

«On a beaucoup tendance à regarder les statistiques comme un examen ou un taux d’approbation, mais ce n’est pas ça que ça veut dire», rappelle-t-il. Les grands électeurs peuvent faire une énorme différence.

La Californie compte 55 de ces grands électeurs, le Texas 38, la Floride 29. En comparaison, le Vermont n’en compte que 3, l’Iowa 6 et le Nebraska 5. «Ça permet d’équilibrer le pouvoir entre les gros États, comme la Californie et les petits États comme le Wyoming qui n’a pas beaucoup de poids», dit-il. Sinon, «la politique américaine serait dirigée par la Californie, le Texas, la Floride, et New York. Ça donne beaucoup de pouvoir aux petits États (où il y a moins d’électeurs) et ça donne une super majorité à des gens qui gagnent, parfois par peu».

«C’est la clef pour comprendre pourquoi George Bush et Donald Trump ont été élus avec une minorité du vote de la population», explique-t-il.

Malgré son slogan «Make America Great Again», Donald Trump «n’a rien fait pour ramener les emplois aux États-Unis. Dans les faits, il n’y a pas eu de grandes rentrées d’entreprises aux États-Unis. Les querelles commerciales qu’il a eues avec le Canada et ses amis européens n’ont pas donné grand-chose. L’ALENA a été modifié, mais pas beaucoup. Ça n’empêche pas les emplois de s’en aller. Beaucoup d’emplois payants, dans les usines de voitures, l’électroménager, l’électronique, partent du nord des États-Unis et vont s’installer dans le sud où l’on a des lois ouvertement antisyndicales. La balance commerciale américaine est immensément déficitaire. Ça n’a pas beaucoup changé ça non plus», analyse M. Langlois.

Vincent Raynauld, professeur affilié au département des lettres et communication sociale de l’UQTR et professeur agrégé au département de communication du Emerson College à Boston.

Vincent Raynauld

Vincent Raynauld, lui, ne dresse pas un meilleur bilan du président. Il souligne que Trump n’a pas de position sur les enjeux actuels. «Il n’a pas vraiment de plan de relance de l’économie. Il n’a pas vraiment de plan pour faire face à la crise sanitaire. Il n’a pas offert de plan pour un régime de santé aux États-Unis.» Bref, il ne dit pas ce qu’il fera s’il remporte l’élection. Biden, lui, a déjà des offres très concrètes, dit-il. Malgré tout, l’affaire n’est pas pour autant dans le sac pour Biden. C’est que la population est fortement polarisée. À gauche, on a vu naître des mouvements comme Occupy Wall Street et à droite, l’avènement de mouvements extrémistes.

Les grandes politiques adoptées dans les années 1980 portent leurs fruits: libéralisation de l’économie, retrait de l’État dans différents secteurs, les services à la population ont été coupés et les emplois exportés vers l’étranger. Face à cela, «le discours de Donald Trump est très populiste. Il va jouer beaucoup la carte de l’élite économique, de l’élite médiatique. Il attaque Wall Street. Il ne dit pas ce que lui faisait. Alors les gens sont restés accrochés à lui», résume M. Langlois.

Trump a utilisé les médias sociaux de manière plus séduisante que Joe Biden pour attirer l’attention. Ceux de Trump portent vraiment son empreinte. «On sent que c’est Donald Trump», souligne le professeur Raynauld. «C’est quelque chose de très séduisant pour l’électorat américain. On cherche des leaders charismatiques.»

D’un autre côté, certaines personnes trouvent que Biden aussi est charismatique, souligne M. Raynauld, surtout lors de ses différentes interventions télévisées. «Il a souvent essayé de s’adresser à la caméra et de ramener ça aux enjeux auxquels font face les différentes familles», dit-il.

D’un autre côté, ce dernier constate qu’avec un seul gazouillis sur Twitter, «Donald Trump est capable de recadrer l’agenda médiatique pour la journée. Les démocrates ont beaucoup de difficultés à contrôler l’agenda».

Même si les études démontrent que les campagnes négatives comme celle menée par Trump, fonctionnent, «on est rendu au point où, peut-être, la campagne négative n’a plus d’effets sur le public. Les gens commencent à s’en lasser», dit-il.

Qui alors remportera la victoire? Nos spécialistes n’arrivent pas à se positionner. Vincent Raynauld estime que le résultat sera dicté par le taux de participation. «Un taux très élevé sera à l’avantage de Biden», dit-il. Toutefois, Trump se concentrerait, lui, à faire sortir le vote le jour du scrutin, ce qui pourrait alors être à son avantage, estime-t-il. Ce dernier constate que le désir de voter, cette année, «est beaucoup plus fort qu’en 2016. «Souvent, aux États-Unis, on juge les présidents à leurs réactions face à des crises nationales», dit-il.

Francis Langlois, lui, prévoit que si la victoire est accordée à Donald Trump, elle passera par la Floride et la Pennsylvanie. «Quand on va savoir si la Floride est républicaine ou démocrate, on va déjà avoir une bonne idée.»

Notons qu’une table ronde sur l’élection présidentielle aura lieu le 3 novembre en mode virtuel en compagnie de Francis Langlois et de trois professeurs de l’UQTR. Pour connaître les coordonnées de cette activité, il faut se rendre sur la page  du site entête de l’UQTR.