Le président de Récupération Mauricie et maire de Mont-Carmel, Luc Dostaler.
Le président de Récupération Mauricie et maire de Mont-Carmel, Luc Dostaler.

Élargissement de la consigne: des impacts sur Récupération Mauricie

Brigitte Trahan
Brigitte Trahan
Le Nouvelliste
Saint-Étienne-des-Grès — Le Centre de tri Récupération Mauricie ne sait pas encore avec exactitude quels seront les impacts sur lui de l’élargissement de la consigne des contenants de boissons en plastique, en verre, en métal ou en carton multicouches. «À partir d’aujourd’hui, il va falloir l’évaluer», indique le président de RM, Luc Dostaler.

«Je ne crois pas que ça mette en péril» le centre de tri de Saint-Étienne-des-Grès, dit-il. Le président prévoit toutefois que cette décision apportera néanmoins des changements dans les prochains mois et prochaines années. «Souhaitons que ce soit pour le mieux», dit-il.

Ce n’est pas juste que la quantité de matières diminuera dans le bac bleu. Il faut également envisager «une réforme pour tout ce qui est des redevances qui sont envoyées aux municipalités par rapport aux quantités de tonnage qu’elles ont en recyclage et enfouissement. Tout ce système, j’en suis persuadé, va être revu», prévoit-il.

Déjà, RM n’arrive pas à trouver de débouchés pour les pellicules de plastique et doit les refuser dans le bac bleu. Plus récemment, le marché acheteur de l’Inde a fermé ses portes, après la Chine, aux chargements nord-américains de matières recyclables contenant plus de 1 % de contaminants. Les papiers mixtes sont particulièrement visés. Et voici maintenant qu’avec l’élargissement de la consigne, les centres de tri n’auront plus accès à une multitude de contenants, dont les bouteilles d’eau en plastique. Or, à Saint-Étienne-des-Grès, cette matière était vendue par RM à l’entreprise québécoise Soleno Recyclage qui en fait des produits de drainage. Ces bouteilles, avec la nouvelle consigne, disparaîtront en bonne partie des matières triées et vendues par RM. Or les matières vendues aux recycleurs représentent les sources de revenus de RM.

Avec la nouvelle consigne, RM ne récupérera plus les bouteilles de plastique qu’elle vendait à Soleno.

D’ailleurs, Éco Entreprises Québec a fait connaître son inquiétude à ce sujet, jeudi. L’organisme indique que la consigne élargie privera le système de recyclage, tel qu’on le connaît au Québec avec son bac bleu, de plus de 30 millions $ de revenus de financement. «En effet, il s’agit d’un manque à gagner d’environ 20 % dans un contexte où les coûts du recyclage explosent», souligne l’organisme.

«C’est une baisse du tonnage, assurément», reconnaît Luc Dostaler, donc une baisse de revenus. Malgré tout, le président de RM estime que la consigne permettra au Québec d’obtenir des matières de meilleure qualité et plus facilement vendables sur les marchés mondiaux. «Avec nos coûts fixes, demain matin, si le tonnage baisse un peu, l’incidence sur les frais d’exploitation ne va pas diminuer de beaucoup. Faudra-t-il tenter d’aller cherche du tonnage ailleurs?», se questionne-t-il désormais.

«Il faudra s’adapter à cette nouvelle réalité», dit-il. Selon lui, il y a quand même des côtés positifs. «On élimine l’usage unique», souligne-t-il en rappelant que les bouteilles de bières, par exemple, ont fait la preuve qu’elles peuvent être réutilisées de nombreuses fois.

Le gouvernement devrait implanter environ 400 points de collecte dans lesquels les contenants seront triés à mesure. Ce nombre n’est pas suffisant, assure Luc Dostaler. Ce dernier craint que la majorité de ces points de collecte seront situés dans les grands centres et qu’il en restera très peu pour les gens en région. «Si l’on veut atteindre des taux intéressants de récupération, il ne faudrait pas obliger les gens à faire de grands déplacements pour aller porter leurs contenants», fait-il valoir.

«Est-ce que les centres de tri devraient faire partie de cette nouvelle équation? La réponse est oui», estime le président de RM. Pour l’instant, toutefois, ils n’ont pas été approchés, dit-il, «mais on va faire des représentations pour tenter de se positionner de façon intéressante.»