Depuis sa vente en 2013, l’église Sainte-Marie-Madeleine se dégrade. La Ville a placardé les fenêtres et les portes en 2017 après avoir reçu un avis du service des incendies qui s’inquiétait de la sécurité des lieux.

Église Sainte-Marie-Madeleine: vendue deux fois au même promoteur

TROIS-RIVIÈRES — Même si l’église Sainte-Marie-Madeleine a été revendue en 2018 parce que la Fabrique n’avait pas été payée entièrement, c’est un des mêmes promoteurs qu’en 2013 qui est dans le portrait. Près de six ans après avoir été vendue une première fois, l’église tombe en ruine et aucun projet ne semble sur les rails pour lui donner une seconde vie ou pour tout simplement la démolir et mettre fin à son agonie.

«C’est le même propriétaire qui a racheté l’église. On attend qu’il nous propose un projet concret», explique Sabrina Roy, conseillère du district de la Madeleine.

Retour en arrière: en 2011, la Fabrique de la paroisse de Sainte-Marie-Madeleine, qui comptait alors trois églises, accumule les pertes financières. Les coûts de chauffage sont élevés et des pierres du clocher de l’église Sainte-Marie-Madeleine se détériorent. La décision est prise de la mettre en vente. Deux ans plus tard, en juin 2013, elle est vendue à la compagnie à numéro 8254389 Canada inc. pour la somme de 415 000 $. Selon les documents de vente, Gabriel Saad en était alors son secrétaire-trésorier. Au registraire des entreprises, on peut lire maintenant qu’il en est le président.

Des acheteurs potentiels s’intéressent à l’église. De 2013 à 2015, il est question de différents projets dont un condo-hôtel, la construction de condos résidentiels dans l’église et de condos commerciaux dans le presbytère, et finalement, des logements pour personnes âgées. Des projets estimés à plusieurs millions $. Aucun d’entre eux ne se concrétise.

Lors de la vente, la Fabrique reçoit un paiement de 125 000 $. Les autres montants prévus ne viendront jamais. La Fabrique s’impatiente et décide de remettre le dossier entre les mains de la justice. En novembre 2015, la Cour supérieure ordonne la vente de l’église sous contrôle de la justice. C’est une huissière qui est en charge de la procédure. Plusieurs offres sont présentées. Une seule aboutit.

La vente survient en septembre 2018 pour la somme de 250 000 $, soit 165 000 $ de moins qu’en 2013. L’acquéreur est la compagnie à numéro 10083739 Canada inc. Gabriel Saad en est le président, selon le registraire des entreprises.

L’église Sainte-Marie-Madeleine et son presbytère.

Le montant de la vente doit être réparti entre les différents créanciers dont la Fabrique. Cette procédure devrait se tenir ce lundi. La Ville de Trois-Rivières fait partie des créanciers en raison de taxes impayées dont le montant s’élève autour de 105 000 $. Une somme d’environ 30 000 $ est aussi due à Hydro-Québec.

La paroisse – qui porte le nom de Père-Frédéric depuis le 1er janvier 2018 – va assurément accuser des pertes dans toute cette saga. «C’est sûr qu’il va y avoir une perte. De quelle ampleur? On n’en a aucune idée pour le moment», note le curé Claude Lapointe, qui est le prêtre-modérateur de la paroisse. Heureusement, la paroisse a pu bénéficier de l’appui de la Mutuelle des Fabriques qui l’a aidée à payer les coûts liés aux procédures judiciaires.

M. Lapointe se désole de voir l’état de l’église. «C’est sûr que ça ne pourra pas rester comme ça longtemps. Le projet qui avait été présenté aux marguilliers à l’époque, c’était un genre de complexe d’habitations pour les personnes âgées. Je pense que ça aurait été bien. Malheureusement, la bâtisse a été laissée à l’abandon. C’est sûr que c’est triste, mais c’est aussi dommage pour les gens qui vivent autour.»

Il ne croit pas que l’église pourra être récupérée. «Elle est tellement maganée. Je ne sais pas comment il pourrait faire autrement que de la démolir.»

Pourtant, les administrateurs de la paroisse croyaient avoir fait preuve de prudence lors de la vente. «On avait quand même assuré une certaine vigilance, mais on n’a pas été assez loin. C’est sûr que je ne suis pas un expert et les marguilliers non plus. Le projet avait de l’allure, tout avait l’air de se tenir. Les informations qu’on avait prises nous donnaient confiance, mais quand est venu le temps de payer, l’argent n’était pas au rendez-vous. C’est sûr que la prochaine fois, il n’y aura pas de signature si l’argent n’est pas déjà là», explique le curé Lapointe.

Pour ce qui est de l’avenir de l’église, il n’a pas été possible de connaître les intentions de M. Saad. «Le propriétaire est en discussion avec les autorités municipales pour évaluer les travaux à faire. Il n’y a aucune décision qui est prise à savoir quel est le projet qui va être mis en place. Est-ce qu’il va y avoir une rénovation, une démolition? C’est un dossier qui est en cours au moment où on se parle», explique Cynthia Simard, porte-parole de la Ville de Trois-Rivières.

Joint au téléphone et questionné sur ses intentions, M. Saad a simplement mentionné qu’il «attendait après la Ville», avant de raccrocher subitement.