Denis Jean, coordonnateur de la paroisse Sainte-Marguerite-d’Youville, devant une partie des participants à l’assemblée de lundi soir portant sur l’avenir de l’église Saint-Pierre.

Église Saint-Pierre: fermeture prévue en septembre

SHAWINIGAN — L’équipe pastorale et la fabrique de la paroisse Sainte-Marguerite-d’Youville proposent de mettre en vente l’église Saint-Pierre et de fermer ses portes dès septembre. Des citoyens comptent bien s’activer, au cours des prochains jours, pour repousser cet échéancier et soumettre des idées pour assurer la pérennité de cet immeuble qui trône sur le centre-ville de Shawinigan depuis près de 90 ans.

Environ 120 personnes ont répondu à l’invitation du président du conseil de la fabrique, René Gélinas, lundi soir. Après avoir pris connaissance des défis financiers qui se dressent, dont la fameuse estimation de deux millions de dollars pour réaliser les travaux nécessaires, les participants ont écouté religieusement la proposition soumise. Visiblement ému, Denis Jean, coordonnateur de la paroisse, n’est pas parvenu à en compléter la lecture. M. Gélinas a donc pris la relève jusqu’à la conclusion.

Cette dernière prévoit la mise en oeuvre immédiate du processus de vente, sous réserve de l’accord de l’évêque de Trois-Rivières, Monseigneur Luc Bouchard. Un agent immobilier a déjà été approché, mais aucun contrat n’a encore été signé.

«Il est également proposé et appuyé de mettre en œuvre le processus visant la fermeture officielle de l’église Saint-Pierre en septembre 2018», ajoute la proposition.

Enfin, l’équipe pastorale et la fabrique complètent en assurant qu’elles accueilleront «toute proposition d’achat qui aurait pour effet de préserver le patrimoine architectural» de l’église ou à tout le moins, «de sauver les œuvres renfermées dans l’édifice, notamment les vitraux de Guido Nincheri».

Le coup de masse a été encaissé sereinement par l’assemblée, qui semblait préparée à cette recommandation. Par contre, une dizaine de paroissiens se sont succédé au micro pour commenter ce scénario et personne n’appuyait spontanément la proposition.

André-Jean Bordeleau, porte-parole de Patrimoine Saint-Pierre, a lancé le bal en demandant aux marguilliers de repousser leur décision d’un an. En faisant un parallèle avec les récents exemples de reconversion d’immeubles au riche passé à Shawinigan, il est convaincu que les prochains mois pourraient fournir un nouvel éclairage pour éviter le sombre dessein.

Pour acheter le précieux temps nécessaire à cette réflexion, M. Bordeleau suggère de réunir 400 citoyens prêts à donner 100 $ chacun, pour ainsi couvrir les frais annuels liés à l’exploitation de l’immeuble.

L’organisation d’une loterie, la concentration des activités liturgiques de la paroisse à l’église Saint-Pierre, le prélèvement automatique de la dîme ont aussi été suggérés au cours de la soirée.

Claude Perron propose de faire de cet immeuble la maison des citoyens et des religions. Il croit même qu’Hydro-Québec devrait assumer entièrement les frais d’électricité de toutes les églises qui se convertiront à travers le Québec!

De son côté, Renée Béland a lancé un appel à la solidarité, rappelant les valeurs qui avaient mené à la construction de cette église, achevée en 1930.

«L’église Saint-Pierre n’a pas à être supportée par une paroisse, mais par une municipalité, par une province et même, par un pays!», suggère-t-elle, en souhaitant que l’immeuble demeure un bien public.

Sylvain Houle, organiste à l’église Saint-Pierre, a insisté sur la mission de l’endroit, un lieu de rassemblement qui ne demande qu’à être dynamisé. Il croit que des corvées peuvent être organisées pour redonner un peu d’éclat à l’immeuble, déplorant du même souffle que ses suggestions en ce sens n’aient pas été entendues par le conseil de la fabrique jusqu’à maintenant.

la suite?
L’assemblée a pris fin après 90 minutes d’échanges. Visiblement, le degré de mobilisation des citoyens dictera la suite des événements. Les propositions soumises seront discutées au prochain conseil des marguilliers, le 21 mars.

«La paroisse manque d’argent», réitère M. Gélinas, insistant sur le déficit annuel moyen de 71 000 $ depuis 2010. «Il faut que l’église change de propriétaire. Même en ayant deux millions $ pour la réparer, il faut penser à la faire vivre après.»

Malgré tout, le président a entendu des propositions qui méritent réflexion.

«On prend des notes», assure-t-il. «Des idées seront sans doute développées. Quelques-unes avaient été évaluées, mais pour d’autres, nous ne les avions pas vu venir, comme celle concernant Hydro-Québec.»

M. Gélinas souhaite que cette assemblée marquera le point de départ vers une mobilisation qui permettra, à tout le moins, de gagner du temps. Si la poussière retombe trop rapidement, l’église sera mise en vente et fermera ses portes en septembre.

Shawinigan à l’écoute

Shawinigan — La conseillère du district de la Cité, Jacinthe Campagna, assistait à l’assemblée de lundi soir au sujet de l’avenir de l’église Saint-Pierre. Elle ne veut pas encore s’avancer sur l’intérêt du conseil municipal à supporter financièrement une demande de la fabrique, soulignant que pour le moment, les élus demeurent en mode écoute. «La Ville ne veut pas prendre de décision pour la paroisse», commente
Mme Campagna. «J’avais le goût d’entendre les gens et j’ai trouvé qu’il y avait de l’innovation dans les propositions. Des gens avaient le goût de se prendre en main; donc, il y a de l’intérêt. Je retiens que le dossier n’est pas mort.»
René Gélinas, président de la fabrique Sainte-Marguerite-d’Youville, souligne que lors d’une rencontre le 7 février, le maire de Shawinigan, Michel Angers, lui a dit assez clairement que la Ville ne ferait pas l’acquisition de cette église. «J’étais assis à côté de lui et je lui ai dit que je lui donnais l’église pour 1 $. Il m’a dit qu’il n’en voulait pas, parce qu’il y avait deux millions $ à mettre dessus et que la Ville ne saurait pas quoi en faire.»
Séduite par certaines idées avancées, Mme Campagna affirme qu’elle serait prête à appuyer la campagne de dons de 100 $ soumise par André-Jean Bordeleau pour se donner du temps.