Plusieurs bâtiments agricoles se sont effondrés au cours des dernières semaines.

Effondrements de toitures: «C’est un désastre en Mauricie»

Trois-Rivières — Depuis quelques semaines, il n’y a pas une journée qui passe sans qu’un effondrement de toiture se produise dans la région. Le milieu agricole est particulièrement touché. Pour certains agriculteurs, c’est un autre coup dur qui s’ajoute à une année déjà difficile.

«L’impact est majeur. Ça amène du stress pour les familles et les individus. Il y en a qui étaient déjà fortement touchés par rapport au marché qui n’est pas bon comme, par exemple, au niveau du lait, au niveau du bovin. Les fameux traités Canada-Europe et États-Unis-Canada-Mexique, ça a laissé des séquelles dans les champs. Il y en a qui sont en détresse psychologique», déplore Jean-Marie Giguère, président de l’UPA Mauricie.

L’UPA ne tient pas un décompte des bâtiments effondrés, mais M. Giguère estime qu’environ une quarantaine de structures ont été endommagées en raison du poids de la glace et de la neige dans le dernier mois. «Il en tombe tous les jours, c’est effrayant, c’est épouvantable. C’est un désastre en Mauricie. Ça continue à s’effondrer. C’est pareil comme un château de cartes. En une quinzaine de jours, on a eu au-delà de 15 effondrements. Juste depuis jeudi dernier, il y en a eu au moins huit. Régionalement, depuis un mois, on peut calculer qu’il y a facilement eu une quarantaine de structures touchées juste dans le secteur agricole.»

Selon M. Giguère, c’est une épidémie sans précédent. «On n’a jamais vu ça. Il n’y a absolument pas de cas semblable qui s’est produit antérieurement. C’est la première année qu’on en voit autant.»

Saint-Boniface, Saint-Justin, Yamachiche, Saint-Maurice, Saint-Sévère, Saint-Élie-de-Caxton, Sainte-Geneviève-de-Batiscan, peu de municipalités ont été épargnées. Et c’est toutes sortes de bâtiments qui ont été endommagés. «Il y a une quarantaine de structures qui ont été attaquées sous différentes formes: ce sont des effondrements complets ou en partie, et ce n’est pas nécessairement des structures qui datent de 25, 30 ou 50 ans. Il y a des structures de moins de 5 ans et elles étaient dans les normes», mentionne M. Giguère.

Dans certains cas, il y avait tellement de neige au sol qui était appuyée contre les murs des bâtisses, que c’est la base qui a cédé. «Il n’y a pas une structure qui s’effondre de la même façon. Oui, il y a des vieilles granges qu’on se demande tous les ans comment ça se fait qu’elles tiennent debout, mais il y a aussi des bâtiments agricoles pour l’élevage ou pour la machinerie agricole.»

Au moins, il n’y a pas eu de morts ni de blessés. L’UPA prône d’ailleurs la sécurité avant tout. «Il y a des granges qui ont commencé à craquer, donc ça déblaie, ça déblaie. Je le répète souvent: ‘‘N’allez pas grimper, si ça a commencé à craquer’’. (...) C’est sûr que c’est malheureux un effondrement, mais la perte d’une vie humaine, c’est encore bien plus malheureux.»

Tous ces incidents ont beaucoup de conséquences pour les agriculteurs. Des animaux ont péri, d’autres ont dû être déménagés. Et même quand il n’y a pas de bêtes impliquées, perdre un bâtiment peut constituer un véritable casse-tête. «Les machineries, ce n’est pas 5000 $ ou 10 000$. Si c’est une semeuse dans le bâtiment, on en a besoin de bonne heure. À la fin avril, il faut l’avoir dans les champs. Si c’est le foin qui est pris là, le temps de le dégager, ça peut prendre une semaine, 15 jours, mais d’ici ce temps-là, il faut les nourrir les bêtes. Quand tu commences à regarder l’ensemble des problèmes reliés à un effondrement, c’est non seulement majeur, mais c’est critique pour certaines entreprises à savoir si elles vont rester sur le marché ou pas. La question se pose. Il y en a qui se la posent cette semaine.»

De plus, en raison de la quantité de bâtiments à reconstruire ou à réparer, M. Giguère craint que les matériaux soient plus rares et que les prix augmentent.

Depuis l’effondrement de la ferme Pittet, en février 2017, à Saint-Tite, dans lequel un travailleur agricole a péri, l’UPA Mauricie a mis en place une cellule de crise pour ce genre de cas. Disons qu’elle est utile cette année. «On a établi un protocole, et aujourd’hui, ça nous sert, mais en même temps, parfois, on se sent limiter dans notre action, mais au moins, le petit peu qu’on peut offrir, on l’offre.» «C’est le beau temps qui s’en vient et c’est valorisant pour plusieurs, mais pour d’autres, c’est signe d’ouvrage qui s’en vient en double et qui est amplifié en raison des écrasements. Ils voient toute la somme des travaux à faire. C’est la vie, mais en même temps, c’est dur», ajoute M. Giguère.

De l’aide psychologique est offerte. La proverbiale entraide des agriculteurs se met en branle à chaque événement. «On se serre les coudes et tout le monde offre le service qu’il peut. Il faut transporter les animaux et trouver des bâtisses prêtes à les recevoir», note M. Giguère. Certains préparent des repas pour donner un coup de main aux agriculteurs touchés. «C’est la chaîne humaine qui se place autour qui est importante. Ceux qui reçoivent se disent qu’ils ne sont pas seuls. Ce qu’on veut qui se dégage, c’est qu’on est avec eux. »

La population peut montrer son appui aux agriculteurs par l’achat local. «Ce que la population peut faire, c’est continuer à nous encourager en achetant nos produits. À tout le moins, quand on vit des durs coups de même et que Dame nature n’est pas là, la population est proche et elle comprend qu’on a besoin de son soutien.»