Les deux parties devraient s’entendre avant l’échéance.

UQTR: vers un règlement négocié

Trois-Rivières — Deux semaines après la levée le lock-out, l’Université du Québec à Trois-Rivières et ses professeurs entrent enfin dans un blitz de négociations. «La semaine prochaine, tout s’oriente pour qu’une solution soit sur la table», indique France Joyal, vice-présidente aux services à la collectivité du Syndicat des professeur(e)s de l’UQTR.

Le recteur, Daniel McMahon, n’était pas disponible pour accorder une entrevue, vendredi, mais dans un mot envoyé au quotidien Le Nouvelliste, il confirme que «le processus entrera la semaine prochaine dans un blitz final pour en arriver à une entente négociée et acceptée par les deux parties avant que le gouvernement du Québec nous impose une loi spéciale», écrit-il.

Rappelons que le premier ministre, Philippe Couillard, s’était entendu avec le recteur, il y a quelques jours, pour fixer au 15 juin, date de la fin de la session parlementaire, la limite après laquelle une loi spéciale viendrait trancher entre les parties.

Vendredi, le chef du Parti vert, Alex Tyrrell et ses trois candidats dans la région, Adis Simidzija dans Trois-Rivières, Stéphanie Dufresne dans Champlain et Nancy Théberge dans Laviolette-Saint-Maurice, ont convoqué les médias à l’UQTR afin de dénoncer leur inquiétude face à l’usage du lock-out comme moyen de faire taire les négociations, en particulier dans le milieu universitaire.

«Le gouvernement est en train d’improviser dans le dossier. On a vu, avec la ministre (Hélène) David qui a retiré sa confiance (à ceux qui ont décrété le lock-out) pour ensuite que le premier ministre la redonne en parlant d’une loi spéciale», rappelle-t-il.

«On a l’impression qu’en ce moment, ils sont juste en train d’attendre l’application de la loi spéciale», analyse M. Tyrrell puisqu’on n’entend plus parler des négociations.

La porte-parole du Syndicat des professeur(e)s assure toutefois que «ça négocie toujours».

D’ailleurs, depuis peu, c’est le négociateur qui s’est installé à Trois-Rivières alors que les représentants des deux parties avaient dû passer tout leur temps à Québec pour être à la table. «De l’avis de notre négociateur en chef, René Lesage, ça avance et ils ont confiance que ça va dans le bon sens. Ça va bien», dit-elle, en rappelant qu’on est tout de même toujours «en climat de négociation».

Adis Simidzija, candidat du Parti vert et étudiant à l’UQTR, estime néanmoins qu’il «faut mettre en contexte ce conflit-là qui va au-delà de l’enjeu local. Il faut mettre en contexte les politiques libérales depuis les 15 ou 20 dernières années qui ont contribué à fragiliser les négociations», dit-il. «Il faut que le gouvernement soit capable de régler des conflits de travail sans toujours avoir recours à des lois spéciales», résume Alex Tyrell. «On a vu plusieurs lois spéciales depuis les dernières élections. Pour nous, ce n’est pas la façon de faire, surtout pas dans une université», estime-t-il.

Le lock-out imposé aux professeurs de l’UQTR a eu «des impacts majeurs et profonds», estime le Syndicat en se basant sur une enquête réalisée récemment auprès de 39 % du corps professoral.

Ces impacts touchent à l’enseignement, à la recherche, aux services à la collectivité de même qu’au travail administratif réalisé par les professeurs, constate le Syndicat. «Il faut maintenant reprendre les demandes de subventions retardées, soit 112 demandes de subventions pour les 175 répondants d’une valeur de 13 millions $, afin de respecter les délais de soumission», indique le Syndicat.

«La période estivale étant généralement plus propice aux activités de recherche, les professeurs doivent mettre les bouchées doubles afin de relancer les projets de recherche suspendus pendant les 15 jours de lock-out (537 projets identifiés par les 175 répondants) et reprendre rapidement leur travail sur les publications suspendues», soit 360.

Pas moins de 296 projets auprès de la collectivité, d’organismes et d’OSLB, de même que des interventions dans les médias et des activités de diffusion grand public doivent être remises en selle.

La participation d’un grand nombre de professeur(e)s à des colloques a aussi été annulée, selon le Syndicat.

Dans un document envoyé aux professeurs, un peu plus tôt cette semaine, le Syndicat indique que l’UQTR affiche la moyenne la plus élevée du réseau de l’UQ du nombre d’étudiants équivalent temps plein par poste de professeur, soit 22,4 étudiants pour 459 postes par rapport à 22,2 à l’UQAM, 19,3 à l’UQAC, 18,7 à l’UQAR, 19,9 à l’UQO et 17,3 à l’UQAT.

Malgré une hausse de 30 % du nombre d’étudiants équivalent temps complet depuis quelques années, «les professeurs ne donnent toujours qu’environ 50 % de cours», signale le document.

Le Syndicat en profite pour lancer quelques flèches vers la direction. Il souligne notamment que le «salaire moyen des cadres intermédiaire se chiffrait à 129 538 $ (en 2016-2017) alors que celui des professeurs, dont 83 % possèdent des doctorats, était de 114 614 $.»

Le Syndicat déplore également que «les coûts engendrés par des décisions émanant des gestionnaires et parfois du conseil d’administration de l’UQTR se chiffrent à plusieurs millions de dollars».

Il fait notamment allusion à l’implantation du campus de Drummondville dont la rentabilité «tarde d’ailleurs encore à se manifester», dit-il et au dossier de l’édifice des pâtes et papiers où l’UQTR aurait englouti des millions de dollars, sans compter les gros dossiers de relations de travail qui ont créé de coûteuses dépenses d’avocats.