La ministre de l’Enseignement supérieur, Hélène David.

UQTR: la ministre ne souhaite pas de loi spéciale

TROIS-RIVIÈRES — À quelques heures du vendredi 15 juin, date à laquelle une loi spéciale devait être adoptée pour mettre fin au conflit qui règne entre la direction et les professeurs de l’UQTR, la directrice des communications de la ministre Hélène David, Anne Marie Dussault Turcotte, écrit au Nouvelliste: «Le gouvernement n’a jamais dit qu’une loi spéciale était souhaitée.»

Pourtant, en conférence de presse, mercredi, le recteur avait déclaré: «Moi, je crois en la parole de mon premier ministre.» M. McMahon affirme en effet que le premier ministre Philippe Couillard s’est engagé à légiférer avant la fin de la session parlementaire qui se termine vendredi, si la médiation n’aboutit pas à l’UQTR.

Le conseil d’administration de l’UQTR, dans une résolution adoptée le 16 mai dont Le Nouvelliste a obtenu copie, prend «acte des engagements pris par le premier ministre du Québec et la ministre responsable de l’Enseignement supérieur à l’effet que si la médiation n’aboutit pas à une entente de principe entérinée par le conseil d’administration et par l’assemblée générale du Syndicat des professeurs de l’Université du Québec ou que le médiateur atteste du manque de diligence ou de collaboration de la partie syndicale, le gouvernement légiférera avant la fin de la session parlementaire qui se terminer le 15 juin.»

Il est vrai que M. Couillard et Mme David n’ont jamais corroboré la menace d’une loi spéciale, mais il est aussi vrai, soulignons-le, qu’ils n’ont jamais désavoué les propos de M. McMahon pourtant diffusés largement dans tous les médias.

Rappelons que Mme David, a subi une salve de questions, ce matin, jeudi, de la part de la députée Carole Poirier devant l’Assemblée nationale concernant la situation actuelle à l’Université du Québec à Trois-Rivières. «Nous voulons une entente négociée», a-t-elle fini par affirmer alors que les parties sont à quelques heures de cette soi-disant loi spéciale.

La porte-parole de l’Opposition officielle en matière d’éducation primaire et secondaire a demandé à trois reprises à la ministre si elle avait toujours confiance au recteur, Daniel McMahon et la ministre n’a pas répondu préférant souligner le fait qu’elle rencontre les parties aujourd’hui à Québec. «On est au travail», dit-elle.

«Après un mois de négociations, absolument rien n’est réglé dans le dossier des relations de travail. Malgré les interventions de la ministre, le recteur de l’UQTR a continué à en faire à sa tête», a poursuivi Mme Poirier. «Il a redéposé la même offre aux professeurs qui l’ont rejetée à 87 %» a-t-elle souligné en rappelant que Mme David avait déjà écrit publiquement (sur Facebook) qu’elle avait retiré sa confiance au recteur. «Quelques jours plus tard, oups! Elle lui demande de poursuivre les négociations comme si de rien n’était. Si la ministre n’a plus confiance au recteur, imaginez-vous les professeurs», a fait valoir la députée. «Près de 70 % ont demandé sa démission. Combien de temps allez-vous laisser le recteur en place? Combien de temps allez-vous le laisser rire de vous, madame la ministre?»

«On va rester digne. On va rester noble et on va rester au travail» a répliqué Hélène David.

«Quand il y a un vote, quand il y a une offre, quand il y a une contre-offre, après ça il y a 48 heures pour laisser les professeurs voter, ce n’est pas le temps pour la ministre d’intervenir», a-t-elle fait valoir. «J’ai attendu le résultat du vote et pendant ce temps, nous, on réfléchit. Nous, on regarde tout ce qui se passe. Il y a un processus de médiation. Il y a eu des séances de conciliation. Il y a eu beaucoup de séances de médiation. C’est normal dans une question de renouveler une convention collective. On continue. On est au travail», a poursuivi la ministre.

La députée Poirier a ajouté que le climat de travail ne faisait que s’envenimer à l’UQTR, pendant ce temps. «C’est à croire que la ministre fait ça simplement pour protéger le recteur. C’est un ancien candidat de la grande famille libérale, on va s’en rappeler», a-t-elle souligné en demandant pour la deuxième fois à Mme David si elle faisait encore confiance au recteur.

La ministre a alors souligné que «nous avons fait lever le lock-out. Je répète: nous avons fait lever le lock-out. Depuis le début, je pense que j’ai été assez claire sur mon opinion, disons, sur cette question de lock-out. Ce qui nous rendait extrêmement inconfortables, c’est la question du lock-out. Maintenant, nous sommes au travail. Nous voulons une entente négociée», a-t-elle déclaré.

La députée de l’opposition a martelé le fait que les professeurs ont rejeté massivement la proposition globale et finale de l’employeur. «Les professeurs n’ont plus confiance au recteur. Il a défié l’autorité de la ministre», a rappelé Mme Poirier, «il n’a pas respecté les dispositions du Code du travail. Il refuse de respecter le plancher d’emploi malgré une décision arbitrale. Avez-vous confiance encore au recteur?», a demandé la députée pour la troisième fois.

«Ce que le professeurs demandent, ce que la direction voudrait — je pense et je l’espère, c’est ce qu’on va vérifier cet après-midi — c’est une entente négociée» s’est contentée de répondre Mme David à cette question.

«Pour qu’il y ait une entente négociée, il faut qu’il y ait de la discussion. Il faut qu’il y ait de la discussion dans un climat serein. C’est ce que je vais faire cet après-midi en rencontrant et la direction et les représentants syndicaux. Nous allons aller le plus loin que nous pouvons aller», a fait valoir la ministre.