À 91 ans, le professeur de français Marcel Poirier est toujours désireux d'aider les gens à améliorer leur maîtrise de la grammaire.

Une flamme qui ne s'éteint pas

Certains professeurs ne perdent jamais la passion d'enseigner. À 91 ans, Marcel Poirier a encore à coeur d'aider les gens qui ont des difficultés en français. Attristé par les piètres résultats des élèves et étudiants québécois dans les cours de français, le spécialiste de la grammaire se dit prêt à donner un coup de main si on le lui demande.
M. Poirier est ce qu'on pourrait appeler un vieux routier. À 13 ans déjà, il corrigeait les rédactions de ses camarades de classe à l'école Saint-François-Xavier de Trois-Rivières. Sa facilité pour le français s'est rapidement transformée en passion, ce qui l'a amené à se lancer en enseignement en 1945. Pendant plus de 15 ans, il a donné des cours dans bon nombre d'écoles, notamment au Saguenay-Lac-Saint-Jean et dans le Bas-Saint-Laurent. En 1961, il a été nommé directeur adjoint de la polyvalente Le Gardeur. Il a cependant délaissé ce poste en 1966 pour retourner à l'enseignement, sa vraie passion. Il n'a d'ailleurs cessé d'enseigner dans les écoles qu'en 1988.
Au cours de sa carrière, le professeur de français a multiplié les succès. Durant son passage au Saguenay-Lac-Saint-Jean, il a notamment été élu deux fois récipiendaire de la prime pour succès dans l'enseignement par l'inspecteur de l'époque. Cette reconnaissance attestait qu'il était le meilleur dans son domaine pour l'ensemble de la région du Lac-Saint-Jean. 
Le succès du prof Marcel repose sur sa méthode d'enseignement originale. Cette méthode a la particularité de faire appel aux mécanismes de la grammaire plutôt que d'expliquer son fonctionnement sous forme de règles. C'est, selon lui, ce qui lui a permis d'obtenir de bons résultats. 
«Ça ne prend pas 11 ans d'études pour être capable de performer dans une évaluation de français ou de compréhension grammaticale. C'est possible, en aussi peu que 30 à 40 heures, de passer à travers toute la grammaire française. Il faut utiliser la logique, et non la mémoire. Il ne faut pas apprendre des règles par coeur: il faut comprendre d'abord, et appliquer ensuite», explique-t-il. «Quand on comprend bien, on assimile facilement la matière, et on réalise que c'est simple. La langue française n'est pas à ce point difficile, malgré ce qu'on en dit trop souvent pour se protéger quand on a des problèmes avec la langue. Ce n'est pas difficile si on y met l'effort, et si on y met l'intérêt», ajoute M. Poirier.
Quoi qu'il en soit, l'enseignement du français, tel qu'il se donne dans les écoles du Québec, ne semble pas porter ses fruits. Le nombre d'inscriptions à des cours de renforcement en français a en effet augmenté de 8 % dans les cégeps par rapport à l'an dernier. Depuis dix ans, cette augmentation atteint 50 %. Le professeur de français attaque évidemment la méthode d'enseignement utilisée, mais il pointe également du doigt le système qui l'encadre. 
Il estime d'abord que le ministère de l'Éducation devrait revoir ses cours de récupération afin qu'ils répondent à des impératifs professionnels. Il croit également que ces cours devraient être donnés par des professeurs compétents. M. Poirier dénonce en effet que certains professeurs ne maîtrisent pas bien la matière qu'ils enseignent et que d'autres, malgré de piètres performances, soient protégés par les syndicats. Il invite également les enseignants à oser prendre en charge des groupes en difficulté, et à leur enseigner avec enthousiasme. Il rappelle enfin que l'effort et la constance mènent au succès.
Diffuser ses enseignements
Quand Marcel Poirier a cessé d'enseigner dans les écoles en 1988, il n'a pas pour autant abandonné son rôle de professeur. En plus de donner des cours privés dans son sous-sol, il raconte avoir loué un amphithéâtre de 125 places au pavillon Judith-Jasmin de l'UQAM, afin d'enseigner la grammaire complète en quatre fins de semaine, sur une période 30 heures.
Entre 1990 et 2000, il a également animé une émission de télévision sur la grammaire, qui a été diffusée sur les ondes des canaux communautaires de Saint-Hubert, Repentigny, Sherbrooke, Montréal, Trois-Rivières et de l'Outaouais. Si ces émissions étaient encore récemment en rediffusion, M. Poirier a aussi préparé une série de capsules destinées au Web, afin que son savoir devienne accessible à tous.
Enfin, il a couché ses techniques sur le papier en 1991, et a constitué un recueil de grammaire adapté à son enseignement. La quatrième édition de La grammaire expliquée est toujours disponible en librairies, et sert de guide de référence dans plusieurs pays.
Au sujet de cet impressionnant héritage, M. Poirier a simplement dit qu'il était toujours désireux d'aider. Il a ajouté que, malgré son âge, il mettrait toujours volontiers ses compétences au service de ceux qui veulent améliorer la qualité de la grammaire, que ce soit à l'échelle du Québec ou à un degré plus personnel.